Après le dinosaure la semaine dernière, c’est une grenouille qui a surgi au cœur du rassemblement, devant le lycée Lesven, à Brest, ce mardi matin. Sous le costume, un prof d’anglais soucieux d’apporter son soutien à ses élèves et de déminer les éventuelles tensions.

Après le dinosaure la semaine dernière, c’est une grenouille qui a surgi au cœur du rassemblement, devant le lycée Lesven, à Brest, ce mardi matin. Sous le costume, un prof d’anglais soucieux d’apporter son soutien à ses élèves et de déminer les éventuelles tensions.
Par Pierre CHAPIN
Mardi 6 octobre 2026, vers 9 h 30 : quelque 200 lycéens sont réunis depuis bientôt deux heures, devant l’entrée du lycée Jules-Lesven, à Brest, quand l’ambiance se tend légèrement. Un petit groupe a commencé à rassembler des poubelles au milieu de la chaussée et se fait immédiatement rabrouer par des adultes craignant un futur brasier. Le ton monte entre les deux groupes, quand surgit une silhouette rondouillarde. Une grenouille, qui sitôt l’incident désamorcé, s’en va coasser plus loin.
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Sous le costume, un prof du lycée Lapérouse : Erwan Lévénez. « J’ai piqué l’idée à un lycéen. Je l’avais vu débarquer déguisé en T. rex devant le lycée jeudi ou vendredi dernier, au moment d’une interpellation. C’était tendu, mais voir un T. rex débarquer au milieu de cette scène avait fait sourire tout le monde. Alors je me suis dit : « Pourquoi pas ? » ».
« On a récupéré des gamins en pleurs »
Car le prof de 56 ans dit avoir été marqué par les scènes de heurts survenus au pied de la cité scolaire de Kerichen en fin de semaine dernière, dans le sillage de blocus conclus dans une forme de chaos. « On a vu des gamins en pleurs, totalement paniqués, venir se replier dans l’enceinte du lycée. Ils étaient partis pour manifester tranquillement leur colère, et ils se sont retrouvés coincés entre des casseurs qui jetaient des pierres et les forces de l’ordre qui répondaient avec de la lacrymo ».
Des scènes que les lycéens voulaient absolument écarter pour cette grande journée de mobilisation. « Une délégation de lycéens est venue nous demander de l’aide lundi, alors qu’on était en assemblée générale. Ils avaient besoin d’une présence adulte pour les entourer, canaliser aussi ceux qui voudraient se greffer au mouvement pour casser ».
Leurs revendications, c’est aussi une manière de défendre nos conditions de travail.
« Trente-six par classe, ça ne marche pas »
Le quinquagénaire note un décalage avec l’insouciance qui gouvernait ses manifs d’étudiant, il y a quarante ans. « J’étais lycéen à Kerichen. Au moment des lois Devaquet, on partait chercher les copains dans les autres lycées, même les étudiants de l’Université de Bretagne occidentale, sans se poser de questions, sans cette tension permanente. Là, les gamins qui sortent, c’est « sois prudent, reste à distance des fauteurs de troubles, fais attention si les forces de l’ordre chargent… ». Je comprends les parents qui leur disent de se tenir à l’écart ».
Ce mardi, fermeture des lycées brestois ou non, le prof aurait sûrement été aux côtés des lycéens. Car, ici, la convergence des luttes n’est pas qu’un concept : « Leurs revendications, c’est aussi une manière de défendre nos conditions de travail. On n’est pas en banlieue, on n’a pas les soucis d’autres établissements sur des questions comme la sécurité. Mais j’ai entre 33 et 36 élèves par classe : enseigner les langues à une classe de 36 élèves, ça n’existe pas », relève celui qui a revêtu ses habits de prof et enfilé un brassard blanc pour défiler. Jusqu’à quand ? « Je n’ai pas l’impression qu’ils veulent revenir au lycée demain », souffle-t-il.
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