
Au lendemain de l’explosion d’une grenade policière qui a arraché la main d’Evann, 15 ans, près du lycée Auguste-Béhal, ses camarades racontent la violence de l’intervention. À Lens, les rassemblements sont restés clairsemés. La peur de retourner manifester s’ajoute à la colère contre les conditions d’études dégradées.
Par Lise GUILLEMIN
Une poignée de militants, d’élus et d’enseignants devant la gare de Lens. Ce mardi 6 octobre, le rassemblement appelé par le PCF 62, les Jeunes communistes et la CGT Éduc’action reste clairsemé. « Je n’ai jamais vu de violences de ce type à Lens, même lors des gilets jaunes », lâche Michèle Carbonnier Ben Azouz, élue communiste à Sallaumines. Pour Bastien Lanoi, du PCF 62, « la répression a foutu la peur aux jeunes ».
Léa et Anna, 18 ans, ont pourtant franchi le pas. Ces étudiantes à Lille racontent les conditions d’études « pourries » au lycée Condorcet, quitté l’an dernier, la cantine toujours plus chère. La grave blessure d’Evann les a décidées. « On se soutenait sur les réseaux sociaux, mais concrètement, on ne s’était pas engagées. »
À Béhal, au pied de la ZUP, presque personne. Une camionnette de CRS stationne devant l’entrée. C’est près de ce lycée qu’Evann a perdu sa main la veille. Sur les réseaux sociaux, les images de la scène sont insoutenables. Julie, en terminale, était là. « Nous étions pacifiques, puis quelques jeunes se sont ramenés. Je ne pense pas qu’ils étaient du lycée. » Elle poursuit : « Ils ont tiré des feux d’artifice sur les CRS, puis ont commencé à mettre le feu à des caddies dans l’herbe. Les CRS ont alors chargé les lycéens pour que les pompiers puissent intervenir. »
L’IGPN saisie, les témoins contestent la version policière
C’est alors qu’une grenade est lancée vers un groupe de lycéens, affirme-t-elle. « Je l’ai vue atterrir à côté de sa main. Il ne l’a pas saisie. J’ai vu sa main exploser. » Un syndicat policier soutient que l’adolescent l’aurait ramassée pour la relancer. L’IGPN a été saisie pour violences ayant entraîné une mutilation permanente.
« Sous le coup de l’adrénaline, il n’avait même pas remarqué qu’il lui manquait sa main », raconte Julie. « C’est en partant en courant et en allant dans une rue plus loin que ses copains le lui ont fait remarquer. Ils l’ont alors allongé. » Elle reste figée. « Un CRS m’a chargée et a commencé à lever sa matraque. J’étais sous le choc, je n’arrivais pas à bouger. C’est une copine qui m’a tirée. » Pour l’instant, elle préfère rester chez elle.
Non loin, six lycéens et deux collégiens parlent sous couvert d’anonymat. Selon eux, les charges ont continué après la blessure : « Ils étaient encore deux fois plus énervés, j’ai l’impression. » Arrivé après le drame, le maire PS Sylvain Robert attend les conclusions de l’enquête. « On ne doit pas arriver à des violences de cette façon-là », estime-t-il, évoquant un adolescent « amputé, avec une vie qui n’est plus du tout la même ». Les revendications, qu’il juge « légitimes », sont désormais « complètement occultées ».
Les jeunes, eux, doutent jusqu’au poids de leur parole. Aux articles, ils préfèrent les vidéos : « Quand on écrit, ils vont dire : les jeunes, ils disent n’importe quoi. »
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