
Du lycéen dont la main a été amputée à l’adolescent dont la tête a été maintenue dans un ruisseau, les autorités ont multiplié les violences afin de réprimer le mouvement de contestation lancée par les lycéens. Face à cette explosion d’agressions, l’Humanité fait le point.
Par la redaction de l’Huma
L’Observatoire parisien des libertés publiques l’assure : « On n’a jamais constaté un tel niveau de violence contre des mineurs, des enfants. » Loin d’être seule à le répéter, l’entité créée par la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France peut s’appuyer sur les nombreuses violences policières répertoriées depuis le lancement des blocages de lycées. L’Humanité vous récapitule les principales agressions commises par les autorités à l’encontre d’élèves mobilisés :
• À Saint-Denis, les lycéens sont plaqués au sol
Le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis est l’un des berceaux des revendications lycéennes depuis le début du mouvement. Les élèves en ont subi plusieurs fois les frais. Ce lundi 28 septembre, sur le parvis de l’établissement, un adolescent a été violemment plaqué au sol par un policier.
Trois jours plus tôt, les autorités ont utilisé leurs lanceurs de balles de défense (LBD) et leurs gaz lacrymogènes contre les enfants de Paul-Éluard. La faute des lycéens ? Dénoncer leurs conditions d’études : entassement dans des préfabriqués, manque de professeurs, rats dans les couloirs, toilettes insalubres…
• À Saint-Ouen-l’Aumône, la police fracasse la mâchoire d’un enfant
La vie d’Eden, 14 ans, est « gâchée ». L’adolescent a eu la mâchoire fracassée par un tir de grenade lacrymogène, lundi 28 septembre, dans le Val-d’Oise. Le policier à l’origine de la mutilation a été mis en examen sept jours plus tard, a annoncé le parquet.
La famille de la victime réclame une requalification des faits en « tentative d’homicide volontaire ». « On ne peut pas écarter une intention de tuer lorsqu’on tire à 1,50 m d’un enfant, estime l’avocate de l’élève, Me Elsa Marcel. Je souhaite aussi mettre en avant une éventuelle non-assistance à personne en danger de la part des fonctionnaires de police. Ce sont des élèves et des professeurs qui l’ont conduit à l’infirmerie. »
• À Lens, un lycéen perd sa main dans l’explosion d’une grenade
En une fraction de seconde, Evann a vu sa vie basculer. Suite à l’explosion, lundi 5 octobre à Lens, d’une grenade de désencerclement, l’adolescent de 15 ans a été amputé de la main gauche, a reçu une greffe à la main droite et devra guérir de plaies au visage et sur le thorax. Au moment des faits, les policiers n’hésitaient pas à user de leur matériel pour disperser les lycéens mobilisés, avant de les charger.
L’élève, scolarisé en seconde au lycée professionnel Auguste-Béhal, a rapidement été accusé par un syndicat policier d’avoir ramassé la grenade. Une version qu’a contestée une adolescente présente sur les lieux auprès du quotidien local, la Voix du Nord.
L’élève affirme ainsi que le lycéen a « reçu » l’engin « dans sa main » et assure qu’il ne « l’a pas ramassée ». Hospitalisé à Lille, l’adolescent n’est plus « en danger », a détaillé, lundi après-midi, le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch. L’IGPN a été saisie.
• À Rillieux-la-Pape, un étudiant mordu par un chien policier
Au nord de Lyon, la commune de Rillieux-la-Pape est devenue, lundi 5 octobre, le théâtre d’un total lâcher prise des autorités. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre une équipe de policiers lâcher leur chien sur un étudiant, rattrapé puis mordu par l’animal avant d’être plaqué au sol.
Le député insoumis Abdelkader Lahmar a rapidement dénoncé une décision « totalement irresponsable » qui a mené à une interpellation « violente et dangereuse ». Et ce, alors que l’étudiant « ne représent (ait) aucune menace imminente ». Le parlementaire, aussi maire de Vaulx-en-Velin, a saisi le procureur de la République, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, annonce le Progrès.

Un policier a été filmé, lundi 5 octobre à Metz, en train de caresser les cheveux et la poitrine d’une adolescente de 14 ans, interpellée dans le cadre des mobilisations lycéennes. L’IGPN a été saisie dans la foulée pour suspicion d’agression sexuelle, a annoncé le parquet mardi 6 octobre.
À l’Assemblée nationale, la députée insoumise Sarah Legrain a interpellé à deux reprises le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez : « Vous qui voulez supprimer les formations de la police sur les violences sexistes et sexuelles, qu’avez-vous à dire sur ces images d’un policier qui dit à une enseignante « ça me plaît de vous toucher » ou d’un autre à Metz qui touche la poitrine et les cheveux d’une lycéenne ? »
Le ministre de la Justice et le procureur de la République ont publié, mardi, un communiqué indiquant que la jeune fille a, pour l’heure, « réfuté tout acte de violence et tout acte d’agression sexuelle sur sa personne dans le cadre de son interpellation ». Son représentant légal, également entendu, n’a pas encore déposé plainte.
• À Noisy-le-Grand, un jeune hospitalisé après l’inhalation de gaz lacrymogène
Devant le lycée Flora-Tristan à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un lycéen pris de convulsions. Selon une source policière interrogée par le Parisien, le jeune aurait tiré, mardi, au mortier en direction de policiers. La riposte aux gaz lacrymogènes a déclenché chez lui une crise violente de spasmes. Pris en charge par les secours, ces derniers l’ont évacué sur un brancard.
« Quatre policiers l’ont plaqué au sol et lui ont asséné plusieurs coups avant de l’asperger avec une forte dose de lacrymogène alors qu’il était déjà immobilisé et maîtrisé, ont fustigé deux élèves de terminale auprès du Parisien. Il ne se débattait même pas ! »
