
Elle aurait dû être la première femme exécutée dans l’État du Tennessee depuis plus de deux cents ans. Âgée de 50 ans, Christa Pike devait être exécutée le mercredi 30 septembre, trente ans après sa condamnation. Mais le produit létal n’a pas fonctionné. Elle a « repris connaissance et peut parler », ont annoncé ce mardi 6 octobre ses avocats, qui continuent « à demander au gouverneur du Tennessee de commuer sa peine en prison à vie sans possibilité de libération ».
Par Vadim KAMENKA
Son exécution a « échoué ». Christa Pike respirait encore après avoir reçu deux doses de pentobarbital, le produit létal dédié à sa mise à mort. La quinquagénaire a été transférée d’urgence à l’hôpital. Mercredi 30 septembre, elle aurait dû être la première femme exécutée dans cet État depuis plus de 200 ans. Six jours après l’échec inédit de son exécution, elle a « repris connaissance et peut parler », ont annoncé mardi 6 octobre ses avocats, qui continuent « à demander au gouverneur du Tennessee de commuer sa peine en prison à vie sans possibilité de libération ».
« Contre toute, attente, Christa Pike est consciente, peut parler et continue à recevoir des soins médicaux vitaux », ont détaillé ses conseils dans un communiqué. Et d’ajouter : « Malgré les graves blessures qu’elle a subies aux bras, elle est toujours menottée à son lit. Son rétablissement est sans précédent sur le plan médical. Son pronostic reste incertain mais nous nous attendons au minimum à une longue convalescence ».
Les exécutions suspendues dans le Tennessee
Après cette tentative ratée, le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, avait décidé de suspendre le 1er octobre les exécutions encore prévues cette année dans l’État.
« L’application d’une peine prononcée légalement fait partie des responsabilités les plus graves de l’État, et les habitants du Tennessee s’attendent à ce qu’elle soit menée d’une manière (…) efficace », a-t-il justifié. Il a également annoncé l’ouverture d’une enquête confiée à un tiers sur les circonstances de l’échec de l’exécution de Christa Pike.
En revanche, l’exécution de Jamaal Howard, un condamné à la peine capitale de 46 ans, est prévue ce mercredi 7 octobre au soir au pénitencier d’État de Huntsville au Texas, il s’agira si elle a bien lieu de la 30e depuis le début de l’année aux États-Unis, toutes réalisées par injection létale.
Depuis près de trois décennies, la condamnée attendait seule dans le couloir de la mort du Tennessee. En 1995, la femme, alors âgée de 18 ans, son petit copain et un ami ont torturé et assassiné une camarade de classe, Colleen Slemmer, 19 ans, au Job Corps de Knoxville. Si les deux hommes ont écopé de la prison à vie, seule Christa Pike a été condamnée à la peine de mort.
Des troubles mentaux
Le cas de Christa Pike avait fait l’objet d’une forte mobilisation des opposants à la peine de mort, qui voudraient que sa condamnation soit commuée en une peine de prison à vie. Le lundi 28 septembre, le gouverneur, Bill Lee avait refusé un sursis demandé par les avocats.
Les organisations de défense des droits civiques telles que l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et Amnesty International avaient alors condamné cette décision. « Christa Pike ne serait probablement pas condamnée à mort si elle était jugée aujourd’hui, avait déclaré Robin Maher, directrice générale du Death Penalty Information Center, au New York Times. Beaucoup de choses ont changé. »
Dans un communiqué, ses avocats avaient estimé que l’État du Tennessee ne prenait pas en compte des « décennies de recherches sur le degré de responsabilité » qu’une jeune fille de 18 ans – en particulier une jeune fille ayant subi un traumatisme grave – devrait assumer pour ses actes criminels.
Mercredi 30 septembre, une cour d’appel fédérale avait suspendu l’exécution, qui avait finalement été autorisée quelques heures plus tard par la Cour suprême des États-Unis.
À l’époque des faits, Christa Pike « souffrait d’une grave maladie mentale et d’un traumatisme quasi invalidant », ont rappelé ses avocats, pointant que « tout au long de son enfance, Christa a été délaissée par des personnes et des institutions qui auraient dû lui apporter de l’attention et une prise en charge adaptée ».
Une « enfance marquée par la violence »
Christa Pike n’a jamais nié son implication dans le meurtre de Colleen Slemmer et a fait part de ses remords. En isolement, elle a reçu un diagnostic de trouble bipolaire et de syndrome de stress post-traumatique, qui, selon ses avocats, ont contribué à son état mental au moment du meurtre.
Stephen Ferrell, défenseur fédéral adjoint, a expliqué que Christa Pike avait subi des abus sexuels dès sa plus tendre enfance et qu’elle avait été violée à 11 et 17 ans.
« Son enfance marquée par la violence n’a jamais été évoquée lors du procès, un élément que les défenseurs demandent désormais aux juges et aux jurés de prendre en compte lors de la détermination de la peine », constate le New York Times. Son âge est un autre élément mis en avant par ses soutiens : elle dépassait de peu le seuil légal pour être passible de la peine de mort.
L’ONU demande au renoncement de la mise à mort de Christa Pike
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a appelé ce jeudi 1er octobre les autorités du Tennessee à renoncer à toute nouvelle tentative d’exécution d’une condamnée qui a survécu au protocole d’injection létale.
« Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, appelle les autorités de l’État à renoncer à toute tentative d’exécution de (Christa) Pike », a-t-il indiqué sur X, affirmant que ce cas « met en lumière plusieurs raisons pour lesquelles la peine de mort devrait être abolie ». À cette heure, on ignore l’état de santé de Christa Pike.
Au total, 47 exécutions ont eu lieu aux États-Unis en 2025, le plus haut niveau depuis les 52 enregistrées en 2009.
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