
© Kenzo TRIBOUILLARD/AFP
Loin de l’essoufflement attendu par l’exécutif, ils étaient plusieurs dizaines de milliers de lycéens et étudiants à converger au pied de la colonne de la place de la Bastille, au cœur de la capitale.
Par Naïm SAKHI
Sébastien Lecornu pariait sur un essoufflement de la contestation des lycéens et des étudiants avec le retour de la pluie. Mais ce 8 octobre, c’est un soleil éclatant qui a ponctué une nouvelle journée de mobilisation de la jeunesse, place de la Bastille, à Paris. Il n’est pas 15 heures, l’heure de rendez-vous fixé par les organisations syndicales (UE, USL, Unef, Fage), que la foule est déjà rassemblée sous la colonne de Juillet.
Entre deux slogans « Siamo tutti antifascisti », Anaïs est venue de son lycée de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). « Des élèves ont passé le bac de français sans avoir eu de prof l’année dernière, assure la lycéenne de 16 ans. En spécialité Maths et physique, nous sommes 38 en classe et il manque régulièrement des tables et des chaises. » Preuve d’une maturité politique de la jeunesse, Anaïs a suivi la prise de parole du premier ministre, Sébastien Lecornu, la veille. « Il veut calmer les tensions, mais va supprimer 1 500 postes de professeurs », résume-t-elle.
« Louis XVI ? On l’a décapité. Macron ? On peut recommencer ! », hurle au mégaphone un militant des Jeunes Communistes. La foule s’extasie à l’arrivée de chaque cortège venu grossir les rangs des manifestants à Bastille. Sur les marches de l’Opéra, l’intersyndicale improvise une conférence de presse. « Des dizaines de milliers de lycéens ont bloqué leurs établissements ce jeudi. 2 000 lycéens sont encore à l’arrêt. Le mouvement se massifie », mesure le président de l’Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani. Et d’ajouter : « Nous ne choisirons pas entre avoir des profs ou des plafonds qui s’effondrent sur nos têtes. »
À ses côtés, Sabrine Kharbach assène : « cela fait vingt ans que la jeunesse ne s’était pas mobilisée à cette hauteur ». Pour la porte-parole de l’Union étudiante, « le gouvernement doit répondre à la précarité et la sélection sociale des étudiants », au travers d’un plan d’investissements de 10 milliards et la suppression de Parcoursup. Une nouvelle journée d’action aura lieu mardi 13 octobre.
« Ces jeunes doivent bénéficier de leur droit à manifester »
Une poursuite de la mobilisation que salue Yasmine : « En 2023, lors du conflit sur les retraites, j’étais au lycée. La colère était moindre dans la jeunesse. Mais depuis elle déborde, nous avons le sentiment de ne pas être écoutés. » Depuis sa rentrée mi-septembre, cette étudiante en master 2 en biologie à la Sorbonne assure avoir perdu une dizaine d’heures de cours, faute de professeurs. « À défaut de mettre de l’argent dans nos lycées et facs, ce gouvernement illégitime s’attaque au repas à 1 euro dans les Crous et s’attaque aux APL, hallucine-t-elle. Comment peut-on se loger à Paris sans ces aides ? »
Dans la foule, de nombreux adultes sont présents. Les syndicats étaient encore mobilisés pour appuyer une jeunesse déterminée. « Ces jeunes doivent pleinement bénéficier de leur droit à manifester », insiste Caroline Chevé, de la FSU, alors que l’intersyndicale de l’Éducation nationale appelle à la grève le mardi 13 octobre.
Venue avec une pancarte « Les daronnes vous soutiennent », Laeticia se dit « profondément touchée » par ce mouvement. « Ces jeunes veulent simplement étudier dans des conditions décentes et avoir un avenir », mesure celle qui portait un casque blanc pour prémunir le cortège de toutes violences policières. Non loin d’elle, sur la place de la Bastille, une pancarte fait écho aux différents jeunes mutilés : « Un œil pour étudier, une main pour voter. »
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