
Faute de repreneur, la Fonderie de Bretagne devrait être placée en liquidation judiciaire ce jeudi 15 octobre par le tribunal de commerce. Une situation qui menace les 244 salariés de l’entreprise et qui signe l’épilogue d’une année de reprise par Europlasma, un groupe au modèle économique trouble.
Par Scarlett BAIN
Après plus de trois mois à espérer des offres de reprises, les salariés de la Fonderie de Bretagne (FDB) ont appris à l’issue du comité social et économique (CSE) de l’entreprise, ce mardi 13 octobre, qu’aucun dossier n’avait été retenu par le tribunal de commerce de Lorient (Morbihan). La juridiction devrait donc prononcer, lors de l’audience prévue ce jeudi 15 octobre, le placement de l’ancienne filiale historique de Renault en liquidation judiciaire. Un dénouement dramatique, qui laisserait sur le carreau 244 salariés.
« Le sentiment qui règne auprès des salariés, c’est la rage, la haine. Les gars sont dépités, dégoûtés… Ça nous fout les boules »,a déclaré Éric Guyomard, représentant CGT auprès d’ICI Bretagne, qui décrit un « gâchis monumental ». Il vise notamment le groupe Renault, donneur d’ordre historique du site de Caudan, qui a « balancé à la mer sans bouée de sauvetage » les salariés, ainsi que l’État, actionnaire de référence du groupe automobile.
Un repreneur s’est retiré au dernier moment
Éric Blanchier, autre élu CGT de la Fonderie de Bretagne, détaille les raisons de ce fiasco. D’après ses informations, un repreneur sérieux s’était bel et bien manifesté mais après négociation avec l’État et Renault, « il n’a en fin de compte pas obtenu ce qu’il voulait ».
En cause : le potentiel repreneur, un « industriel européen », dont le nom n’a pas été dévoilé, aurait réclamé, sans succès, un délai de 14 à 15 mois pour « apporter des volumes de production » suffisants à la fonderie.
De son côté, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin assure pour sa part que « la mobilisation de l’État a été totale avec les collectivités locales ». Dans la suite de cette réaction transmise à l’AFP, il prétend avoir joué toutes ses cartes : « Encore ces derniers jours, j’ai tenté de convaincre un groupe industriel intéressé de confirmer son offre, en lui proposant un soutien financier de l’État pour l’aider à la reprise. Malgré ces efforts, il n’a pas souhaité confirmer son offre ».
Des promesses non tenues par Europlasma, d’après la CGT
Il faut remonter à 2025 pour comprendre l’histoire de cette faillite prévisible. L’usine, après une première liquidation judicaire évitée de justesse, était reprise par Europlasma. Le groupe, spécialisé dans la dépollution et la fabrication de pièces forgées pour l’industrie de la défense, s’était alors engagé à investir sur le site de Caudan 15 millions d’euros sur trois ans et affirmait vouloir diversifier la production, notamment avec la fabrication de corps creux pour des obus de mortier.
Mais selon la CGT, le groupe, habitué aux rachats des entreprises en difficulté et connu pour modèle économique trouble, n’a jamais versé l’intégralité des sommes promises et la production de FDB, interrompue après un incendie en janvier 2026, n’a pas réellement repris. La FDB s’est ainsi vue placée en redressement judiciaire en juillet 2026.
L’issue semble désormais inévitable ; le ministre de l’Industrie a d’ores et déjà promis d’être « particulièrement vigilant à ce que le PSE (plan social) soit favorable » aux salariés. La CGT, de son côté, se prépare. « Maintenant, on va malheureusement rentrer dans une négociation du plan social », a anticipé Eric Blanchier, qui réclame par ailleurs la participation financière de Renault dans le PSE à venir.
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