Législatives en Israël : qui est Gadi Eisenkot, le concurrent de Netanyahou (H.fr-21/10/26)

Issu d’une famille modeste d’origine marocaine, Gadi Eisenkot est le premier chef d’état-major d’origine séfarade à atteindre ce grade dans un pays où la communauté ashkénaze a toujours dominé les postes à responsabilités.© REUTERS/Amir Cohen

Tête de liste de l’opposition aux législatives du 27 octobre, au coude-à-coude dans les sondages avec le premier ministre, le général israélien se présente comme l’alternative à la droite radicale messianique du candidat sortant. Son projet politique s’aligne sur celui de son rival concernant l’autodétermination palestinienne.

Par Sylvain MERCADIER

Parviendra-t-il à tourner la page de l’ère Netanyahou ? Le candidat Gadi Eisenkot, du parti Yashar («intègre », ou «droit »), est la seule alternative en lice aux législatives du 27 octobre en mesure d’y parvenir. Les deux concurrents sont parvenus à rallier suffisamment de partis pour prétendre former une majorité : Benyamin Netanyahou sur une base radicale et messianique juive alors que son rival promeut une vision plus modérée et laïque de la politique.

Issu d’une famille modeste d’origine marocaine, Gadi Eisenkot est le premier chef d’état-major d’origine séfarade à atteindre ce grade dans un pays où la communauté ashkénaze a toujours dominé les postes à responsabilités. Régulièrement discriminées, les communautés séfarade et mizrahi (juifs orientaux) bénéficient de plus en plus de la méritocratie israélienne bien que les stéréotypes envers ces communautés refassent régulièrement surface.

L’ascension d’un général

Le 17 octobre, un éditorialiste pro-Netanyahou n’avait pas hésité à traiter Gadi Eisenkot de « singe », ravivant les fractures communautaires profondes au sein de la société israélienne.

Selon Sylvain Cypel, journaliste du média en ligne Orient XXI et spécialiste de la société israélienne, auteur de plusieurs ouvrages, dont l’État d’Israël contre les juifs (la Découverte, 2024), « Eisenkot est l’archétype du général qui se rêve en politicien, à l’instar d’Ehoud Barak, Yitzhak Rabin et Ariel Sharon avant lui, mais le charisme et l’expérience politique lui font cruellement défaut. Il n’a pas l’esprit retors de son rival qui lui a permis de survivre aussi longtemps ».

Son absence d’aura politique est compensée par un parcours militaire prolifique. Il prend part à l’offensive de 1982 au Liban dans la brigade d’élite Golani, qu’il dirige par la suite. En 2008, il théorise la doctrine Dahiyeh, à la suite de l’invasion israélienne au Liban en 2006, selon laquelle la réponse militaire à une guerre asymétrique passe par l’absence de proportionnalité et donc par la destruction des zones d’habitation où opère l’ennemi. Il mettra aussi en œuvre une répression sanglante des marches du retour organisées dans la bande de Gaza en 2018 : des centaines de manifestants sont tués et des milliers blessés par l’armée israélienne.

Reconversion politique

En 2022, sa conversion politique est faite. Aux précédentes élections législatives, il est élu député de la Knesset en tant que membre du parti de Benny Gantz Kahol Lavan (Blanc et bleu), qui est lui-même inclus dans la coalition de centre droit dite de l’Unité nationale.

La politique israélienne est cependant bouleversée par les attaques du 7-Octobre. Eisenkot rejoint le cabinet d’unité nationale formé par Netanyahou cinq jours plus tard. Il est alors nommé ministre sans portefeuille. Ses rapports avec Benyamin Netanyahou se tendent rapidement et il finit par démissionner le 9 juin 2024. Gadi Eisenkot critique notamment l’absence totale d’objectifs de guerre réalisables et le fait que la libération des otages du Hamas est devenue un objectif secondaire.

Durant la campagne de 2026, son ambition politique s’affirme et il est présenté comme le leader de l’opposition rassemblant des partis hétéroclites : son alliance comprend des sionistes progressistes anti-occupation rangés derrière Yaïr Golan et des nationalistes laïques comme Naftali Bennett et Avigdor Liberman. Gadi Eisenkot bénéficie d’une certaine popularité pour son état de service mais aussi ses sacrifices : son fils et son neveu sont morts à Gaza durant la guerre en 2023.

Le positionnement du candidat s’inscrit dans la continuité du sionisme politique, selon Charles Enderlin, journaliste franco-israélien : « Gadi Eisenkot est opposé à la solution à deux États, et soutient l’existence de colonies entérinées selon la loi israélienne, mais refuse l’annexion formelle de territoires. Certaines de ses positions seraient destinées à attirer des voix de droite pour assurer sa victoire et donc la chute de Netanyahou. Cela dit, Eisenkot qualifie de terrorisme les exactions commises par les colons contre les Palestiniens. »

Comme le résume Yehuda Shaul, fondateur de l’association Breaking the Silence : « Eisenkot est opposé à une annexion totale de jure, mais favorable à une annexion de facto par le biais de l’expansion des colonies, et il est contre un État palestinien. Malheureusement, il s’agit désormais d’une position israélienne modérée. »

SOurce: https://www.humanite.fr/monde/elections/legislatives-en-israel-qui-est-gadi-eisenkot-le-concurrent-de-netanyahou

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