« On va vous défoncer la gueule ! » : à Paris et Lille, l’extrême droite attaque des blocages étudiants (H.fr-22/10/26)

À Paris et à Lille, « l’Humanité » a recueilli des témoignages d’étudiants victimes de cette violence organisée. Certains de ces récits mettent directement en cause l’association étudiante La Cocarde. © SIMON WOHLFAHRT / AFP

Depuis la convergence de la lutte étudiante avec le mouvement lycéen, l’extrême droite a attaqué des opérations de blocages à plusieurs reprises. À Paris et à Lille, des étudiants racontent leur mode opératoire à « l’Humanité ».

Par Arthur THOMAS

Depuis l’éclosion du mouvement lycéen fin septembre, plusieurs blocus ont fait l’objet d’attaques de la part de groupuscules et de syndicats étudiants d’extrême droite. Le mode opératoire est bien huilé. Une fois le blocus installé, les nervis surgissent dans la rue et tabassent les jeunes en lutte au nom de la « liberté d’étudier ».

À Paris et à Lille, l’Humanité a recueilli des témoignages d’étudiants victimes de cette violence organisée. Certains de ces récits mettent directement en cause l’association étudiante La Cocarde, dont les représentants sont régulièrement invités par les chaînes d’info en continu.

Notoirement connue des étudiants parisiens comme le berceau du Groupe union défense (GUD), dissous en 2024, l’université Panthéon-Assas se tient d’ordinaire loin des mouvements sociaux. Mais pour la seconde fois de son histoire, son entrée principale a été bloquée jeudi 8 octobre par une centaine de personnes, en solidarité avec les lycéens réprimés.

« Une quinzaine de personnes cagoulées, barres de fer à la main »

Fort de ce succès, un petit groupe d’étudiants décide de remettre le couvert le lendemain matin. « On était une vingtaine, ce n’était pas suffisant. Vers 6 h 15, on a commencé à prendre des poubelles pour bloquer l’entrée », se souvient Jean (*), étudiant à Sciences Po, actuellement en année de césure. Il n’habite à Paris que depuis un mois et ne connaît pas vraiment la réputation de la faculté. Il n’est donc pas très inquiet, d’autant qu’une patrouille de la police nationale surveille l’action de loin.

« Un quart d’heure plus tard, on voit arriver une quinzaine de personnes cagoulées, barres de fer à la main, et qui hurlent ”bande de salopes, on va vous défoncer la gueule !” », raconte Jean. Dans la panique, il se retourne pour ramasser son sac à dos puis court vers le bout de la rue. La bande arrive à son niveau, l’un d’eux le saisit puis le projette sur les grilles de l’établissement.

« Je me retrouve à terre donc je bloque mes mains sur mon visage. Deux personnes commencent à me mettre des coups de pied et de genoux dans le haut du corps, les épaules et la tête, relate-t-il. À un moment, un pied m’a écrasé la tête, ma main est partie et ils me l’ont écrasée aussi. »

« C’est les gars du GUD »

Au bout de « 15 ou 20 secondes maximum », une patrouille arrive, un policier sort du véhicule et les agresseurs prennent la fuite. « C’est les gars du GUD », lâche-t-il. La main de Jean est couverte de sang, mais le fonctionnaire n’appelle pas les secours et ne tente à aucun moment de poursuivre les gudards en fuite.

Jean part en direction du bout de la rue pour retrouver le reste du groupe. « J’ai directement paniqué quand j’ai vu sa main », affirme Nicolas (*), son compagnon, étudiant à Assas. Selon des documents médicaux transmis à l’Humanité, il a été opéré à l’hôpital Cochin pour une fracture ouverte du cinquième doigt de la main gauche. Il est en arrêt de travail jusqu’au 30 octobre et doit suivre des soins infirmiers pendant 90 jours.

Selon les témoignages que nous avons récoltés, une autre personne a été frappée au visage pendant qu’elle se rendait vers la deuxième entrée de l’établissement pour tenter de la bloquer avec d’autres étudiants. Une étudiante témoigne par ailleurs auprès de Blast que les gudards ont tenté, en vain, de lui arracher son voile.

Après cette agression, le groupe décide tout de même de retourner sur le blocus. Peu après 7 heures, ils sont finalement délogés par des CRS, comme en attestent les images de BFMTV. Contactée, la préfecture de police n’a pas répondu à nos questions.

« Antifa casse-toi ! La catho n’est pas à toi ! »

À Lille, le 14 octobre à 6h30, des étudiants mènent une opération de blocage d’une des entrées de l’École européenne de sciences politiques et sociales (ESPOL). Ils ne sont qu’une quinzaine mais sont, eux aussi, galvanisés par le blocage réussi de la veille. Une heure plus tard, treize individus pour la plupart cagoulés arrivent en scandant « Antifa casse-toi ! La catho n’est pas à toi ! ».

« Ils ont forcément eu des infos, parce qu’ils ont attaqué la porte où il y avait le moins de monde », affirme Paola, étudiante en deuxième année dans l’établissement intégré à l’université catholique de Lille. Sur une vidéo transmise à l’Humanité, on voit ces individus se ruer sur les poubelles qui bloquent l’entrée.

Après quelques coups de pied et jets de bouteilles en verre, Paul (*) est vite pris à partie. « J’étais tout seul face à eux, j’ai fait un grand geste avec ma main et il m’a sauté dessus », décrit-il, évoquant l’individu qui l’a ensuite jeté par terre, avant que quatre autres de ses complices ne le passent à tabac.

Au sol, il reçoit plusieurs coups de poing et coups de pied, dont certains au visage. « J’ai encore une trace de semelle incrustée sur le front », assure-t-il au téléphone, plusieurs jours après les faits. Quelques heures après l’attaque, l’antenne lilloise de la Cocarde la revendique dans une vidéo publiée sur Instagram qui ne montre pas les coups.

Le parquet ouvre une enquête

Grâce à une autre vidéo tournée par une riveraine, puis partagée par le compte « Cerveaux non disponibles », le parquet de Lille a ouvert une enquête de flagrance pour « violences en réunion et participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Sur les images, certaines personnes sont vêtues de pulls estampillés des logos de la Cocarde et de Génération Zemmour. Le journal Libération a aussi identifié des membres de Nouvelle Droite, un groupe créé après la dissolution de Génération identitaire (GI). Parmi eux, Cyril Wayenburg, surnommé « Plumeau » dans les milieux identitaires lillois.

En septembre, cet ancien GI a été condamné en première instance à 18 mois de prison avec sursis pour « violences en réunion » commises lors d’un meeting de la France insoumise en mars. Le 16 octobre, Paul a porté plainte pour « violence commise en réunion sans incapacité » et identifie, dans son procès-verbal, Cyril Wayenburg comme étant l’auteur d’un des coups de poing qu’il a reçu au visage.

source: https://www.humanite.fr/societe/extreme-droite/on-va-vous-defoncer-la-gueule-a-paris-et-lille-lextreme-droite-attaque-des-blocages-etudiants

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