
Incapable de répondre aux urgences sociales qui s’expriment depuis la rentrée, le chef de l’État a annoncé l’interdiction des manifestations dont la demande ne serait pas déposée par les organisations syndicales, après les débordements du 17 octobre.
Par Naîm SAKHI
Emmanuel Macron ne répond pas à la colère sociale. Pire, il la muselle. « La consigne générale : pas de manifestations dans les jours à venir », a déclaré le président de la République ce 22 octobre. La provocation élyséenne est la seule réponse apportée aux 800 000 manifestants pacifistes du 17 octobre.
À l’issue d’une réunion de crise, le chef de l’État a déroulé la « doctrine arrêtée », à la suite des débordements survenus samedi dernier. Ainsi, si des demandes de manifestations sont déposées « par des gens qui n’ont aucune légitimité pour le faire, elles seront interdites par les préfets ».
Et pour celles organisées par les centrales syndicales, « des tracés alternatifs » seront proposés pour protéger les centres-villes. Sont concernés les villes du Mans, Rouen, Le Havre ou encore Bourg-en-Bresse.
« La décision d’Emmanuel Macron n’est pas légale car elle généralise les interdictions, en dépit des réalités locales, insiste Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH). On ne répond pas à des revendications sociales par la répression. »
« Une réponse sécuritaire à une crise sociale »
À Paris, la préfecture a autorisé le tracé déposé par la CGT entre la place de la Bastille et celle de la Nation, mais interdit celui prévu par l’Interfac, vers la place de l’Opéra. « Le gouvernement apporte une réponse sécuritaire à une crise sociale, souligne Vincent Gautheron, de l’union régionale CGT d’Île-de-France. Je mets au défi de trouver une expression syndicale appelant à ce qu’une manifestation dégénère. »
Plus inquiétant, à Lyon, où l’office de tourisme a brûlé le 17 octobre, le préfet interdit toute manifestation ce samedi. Une décision que conteste, devant le tribunal administratif, la LDH.
En renvoyant la tenue de l’ordre public sur les organisations syndicales, l’exécutif se défausse de ses responsabilités. À plusieurs reprises depuis l’explosion de la colère sociale, le maintien de l’ordre à l’abord des cortèges syndicaux a été interrogé. Avec leur propre service d’ordre, les centrales assurent la bonne tenue des cortèges syndicaux, derrière une banderole de tête.
En revanche, les syndicats ne peuvent être tenus responsables de heurts qui surviennent, notamment au-devant des manifestations. « En République, l’État doit garantir la liberté de manifestation. Le maintien de l’ordre public est une de ses prérogatives. Cela nécessite de changer en profondeur de stratégie de maintien de l’ordre et de mettre un terme à la répression », commente, dans une déclaration, la CGT.
Des syndicats attaqués par la police
Ainsi, le 6 octobre à Paris, alors que des affrontements ont lieu 300 mètres plus loin entre des black blocs et des forces de police, un cordon de CRS a intimidéle service d’ordre intersyndical. À Toulouse, le 17 octobre, le carré de tête syndical CGT-FSU a été attaqué par des policiers, blessant plusieurs responsables syndicaux, dont Natacha Pommet.
« On peut s’interroger sur une volonté d’intimidation des manifestants pacifiques. Le droit de manifester est fondamental. C’est ce qui nous distingue des dictatures », tance la secrétaire générale de la fédération CGT des services publics.

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