« Parce que je suis noire, ça aurait pu être moi » : de Plaisir à Trappes, la population solidaire et sous le choc de l’attentat raciste (H.fr-24/10/26)

Militants, élus et citoyens se sont donné rendez-vous pour rendre un hommage aux victimes de cet attentat raciste, et aussi pour crier leur colère contre un État qui laisse la parole raciste s’exprimer et déborder l’espace médiatique et publique. « Le RN tue », « Bolloré tue », scandait la foule aux yeux rougis par la tristesse. © Scarlett Bain

Au lendemain de l ’attentat raciste commis par Kevin T., 39 ans, vendredi 23 octobre à Trappes, le quartier où il résidait à Plaisir est sous le choc. L’émotion des passants exprimée envers les victimes est aussi traversée par la peur et la colère.

Par Scarlett BAIN

La police poursuivait son enquête, ce matin du 24 octobre. Des agents s’activaient dans les deux locaux à poubelles du 5 avenue Saint-Germain, à Plaisir (Yvelines), un immeuble de huit étages dans lequel résidait l’auteur de l’attentat raciste perpétré la veille dans le centre-ville de Trappes (Yvelines). Ils cherchaient tous ce qui pourrait les ramener à Kevin T., à son parcours et à la préparation de sa tuerie.

Dans cet ensemble résidentiel, les allées sont désertées. « Vous ne verrez pas grand monde aujourd’hui je pense que tout le quartier est sous le choc », affirme un homme, de sortie car il travaille le samedi. Il habite lui aussi le numéro 5, « désormais tristement célèbre », constate-t-il en levant les yeux vers la façade.

Mais il ne se souvient pas avoir échangé de près ou de loin avec l’assassin. Il ne peut pas non plus localiser son appartement. « Entre voisins on se connaît de moins en moins », confie-t-il. Mais il est convaincu d’une chose : « C’est dramatique et je suis profondément meurtri de ce qui s’est passé, mais malheureusement je crois que personne ne peut se dire surpris de ce passage à l’acte, c’est la banalisation de la parole raciste qui nourrit de tels drames. »

Vendredi, il était à son domicile quand la police est venue aux alentours de 11 heures pour évacuer l’immeuble : « Nous avons eu l’autorisation de rentrer chez nous vers 1 heure 30 du matin. » Kevin T. avait mis en place un dispositif de piégeage dans son appartement au moyen de trois bouteilles de gaz et de fils électriques connectés à un minuteur. « Le mec aurait pu faire sauter l’immeuble », dit-il, consterné.

Une marche blanche organisée demain à Trappes

En contrebas des résidences, se situe une petite zone commerciale. Dans le supermarché, une salariée discute à la caisse avec un client, ils partagent les dernières informations qu’ils ont entendues. « Ce qui est sûr c’est qu’il s’agit d’une attaque raciste et islamophobe », rapporte Magalie*. La femme est chamboulée : « Il est possible que j’ai servi régulièrement cet homme, ça me glace le sang ! » songe-t-elle, dans un frémissement. « Je suis noire, ça aurait pu être moi », lance-t-elle. Un autre homme avance au pas de course dans l’allée. « Je n’habite pas ici, je viens juste voir ma sœur qui a peur de sortir », glisse-t-il en poursuivant sa route.

Son périple meurtrier, Kevin T., 39 ans, l’a exécuté hier à dix heures en partant de Plaisir pour se rendre dans le centre-ville de Trappes. Avec une arme automatique, il a tiré en rafales dans deux premières rues sans faire de victime, avant d’arriver aux abords du square Louis-Pergaud, il tire sur un homme, parce que Noir : Pengo Bossio Wangi est touché mortellement. Poursuivant son entreprise terroriste en direction de Coignières, où il sera enfin arrêté, il blesse grièvement sur sa route cinq personnes, dont une fillette de douze ans criblée de huit balles.

Avant une marche blanche qui doit avoir lieu dimanche 25 octobre à Trappes, un premier rassemblement a eu lieu aujourd’hui dans la rue qui jouxte directement le square. Militants, élus et citoyens se sont donné rendez-vous pour rendre un hommage aux victimes de cet attentat raciste, et aussi pour crier leur colère contre un État qui laisse la parole raciste s’exprimer et déborder l’espace médiatique et publique. « Le RN tue », « Bolloré tue », scandait la foule aux yeux rougis par la tristesse. Après Assa Traoré, la tante de Pengo Bossio Wangi a pris la parole. « On n’a pas les mots mais nous sommes debout », a-t-elle lancé sans parvenir à poursuivre.

source: https://www.humanite.fr/societe/antiterrorisme/parce-que-je-suis-noire-ca-aurait-pu-etre-moi-de-plaisir-a-trappes-la-population-solidaire-et-sous-le-choc-de-lattentat-raciste

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