Législatives en Israël : tout comprendre aux enjeux du scrutin qui doit sceller le sort de Netanyahou (H.fr-26/10/26)

Un panneau électoral du parti Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major des forces armées israéliennes, à Tel-Aviv, le 25 octobre 2026. © Jack GUEZ/AFP

Les bureaux de vote s’ouvrent ce 27 octobre en Israël pour élire la prochaine Knesset et décider du devenir d’un premier ministre accablé par les affaires. L’issue du scrutin déterminera la composition du Parlement et l’avenir du pays : théocratie belliqueuse réaffirmée ou infléchissement politique sans pour autant renoncer à la colonisation des territoires palestiniens ?

Par Sylvain MERCADIER

L’étau semble se refermer sur Benyamin Netanyahou. Cerné de toutes parts par les accusations et les procès, le premier ministre vient de faire l’objet d’une demande d’ouverture d’enquête pénale pour haute trahison par le député raciste d’opposition Avigdor Lieberman.

Selon le courrier envoyé par l’ancien ministre qui fut un temps son allié précieux, Benyamin Netanyahou aurait exercé des pressions sur les responsables du système de sécurité afin qu’ils prennent des mesures susceptibles de créer une escalade face à l’Iran, comme il l’explique dans la lettre envoyée à Gali Baharav-Miara, la procureure générale d’Israël : « Cette tentative d’entraîner l’État d’Israël dans une nouvelle aventure militaire, à la veille des élections, dans le but de reporter la date des élections en raison de la crainte d’une défaite électorale, constitue une trahison envers l’État, sa sécurité et les soldats de son armée. Je demande donc officiellement l’ouverture immédiate d’une enquête pénale contre Benyamin Netanyahou et son inculpation pour haute trahison. »

Ce coup de tonnerre dans l’arène politique israélienne vient s’ajouter à la liste déjà longue qui jalonne le parcours du premier ministre sortant à la veille de législatives cruciales, ce 27 octobre, pour l’avenir du pays.

Une campagne contre un ennemi commun

Cette accusation parviendra-t-elle à faire sombrer une bonne fois pour toutes le funambule du Likoud ? Celui-ci affiche la plus longue longévité politique de l’histoire d’Israël, avec dix-neuf années à sa tête en trois mandats séparés. Il faudra attendre le verdict des urnes pour le savoir.

Particulièrement marqués par les fake news et l’usage souvent grotesque de l’intelligence artificielle mâtinée de références xénophobes, la propagande des alliés de Netanyahou et celle des soutiens de Gadi Eisenkot, les deux blocs qui se disputent la majorité au Parlement, se sont étalés dans toute leur splendeur sur les réseaux sociaux et sur les panneaux publicitaires du pays.

Malgré l’apparence de bataille à couteaux tirés entre les rivaux sionistes, cette campagne électorale est éclairante tout autant sur ce qui sépare les deux alliances que sur ce qui les rassemble.

Bien que la figure de Netanyahou et le fondamentalisme religieux qui forme le cœur de son bloc politique lui attirent l’ire de ses rivaux, tous s’entendent globalement sur de nombreux points : la question de la souveraineté palestinienne est une ligne rouge et la colonisation dans les territoires palestiniens doit se maintenir, malgré quelques nuances sur la forme.

La paranoïa obsidionale qui caractérise tous les gouvernements depuis la création d’Israël n’est pas près de disparaître et la stratégie guerrière et agressive mise en place depuis les attaques du 7 octobre 2023 devrait perdurer.

L’autre point de concorde entre les deux blocs concerne les partis arabes (Ra’am, Ta’al et Balad) ainsi que la gauche (Hadash), réunis – à l’exception de Ra’am qui fait campagne indépendamment – dans la Liste unifiée (LU).

Vilipendée comme une cinquième colonne au sein de la société israélienne, la LU a fait l’objet de procédures d’exclusions systématiques par les partis de la droite sioniste (ce qui concerne les deux principaux blocs dont le parti Yashar de Gadi Eisenkot qui mène l’opposition). Une seule de ces procédures a poussé un candidat palestinien d’Israël à démissionner : Sami Abou Shehadeh.

Les autres tentatives de museler l’alternative antisioniste ont été déboutées par la Cour suprême. Faisant feu de tout bois pour contrecarrer les ambitions de cette minorité dans le scrutin mais qui, à la fin, pourrait être faiseuse de rois, le bloc de Benyamin Netanyahou a également mobilisé des fondamentalistes religieux venus agresser les militants de la LU dans un de ses locaux.

Le ministre des Finances et colon messianique Bezalel Smotrich a déclaré qu’il allait organiser le déploiement d’observateurs armés, probablement issus des établissements fondamentalistes juifs, pour « surveiller » les bureaux de vote dans les quartiers arabes. Une mesure fustigée par la LU qui dénonce une tentative d’intimidation sans précédent de la minorité arabe déjà fortement discriminée dans le pays.

Netanyahou : corruption et intrigues

La fuite en avant d’Israël dans les guerres sur plusieurs fronts dans la région et le génocide à Gaza ne peuvent être dissociés des affaires qui ont entaché le mandat du premier ministre. Les récentes unes du New Yorker sur les liens peu avouables de Benyamin Netanyahou avec le Qatar avaient déjà fait l’objet de révélations dès 2021 par le média français Blast.

Pour Marc Eichinger, lanceur d’alerte et agent privé de renseignement1, le chef du Likoud s’est enfermé dans une spirale guerrière pour éviter les poursuites judiciaires. « Les premières affaires avérées de corruption datent de 2012. Netanyahou a développé un système de corruption qui l’a financé et qui bénéficiait également au Hamas par le biais du Qatar. Les dérives s’accélèrent, malgré les alertes lancées dès 2018 par le renseignement israélien pour limiter l’aide à Gaza. Ce n’est qu’après que le Hamas n’a pas obtenu de concessions économiques lors de négociations secrètes avec le gouvernement israélien que Yahya Sinouar a décidé d’une escalade militaire en 2023 », rapporte-t-il.

Selon Marc Eichinger, Netanyahou avait nombre d’options plutôt que la destruction de la bande de Gaza, la mise en danger de soldats et de citoyens israéliens dans une guerre sans fin contre le Hamas, l’Iran et le Hezbollah. « On aurait pu sauver les otages en les échangeant contre 4 000 détenus palestiniens retenus sans charges. Il y a aussi la volonté affichée d’éliminer tous les témoins des affaires ayant lié le Hamas, le Qatar et Netanyahou : ils avaient tous les mains dans le même pot de miel », ajoute-t-il.

La récente tentative de relancer la guerre contre Téhéran est l’ultime fuite en avant du gouvernement d’extrême droite, stratagème auquel le chef d’état-major israélien Eyal Zamir se serait opposé directement lors des réunions de sécurité, arguant que la menace n’était pas avérée et que les hostilités allaient reporter le scrutin inutilement.

Déboutés dans leur volonté de relancer le conflit avec l’Iran, les ministres suprémacistes mobilisent les moyens à leur disposition pour tenter de faire peser la balance de leurs côtés. Les raids militaires et le blocus de Hébron, que l’armée juge inutile, mais qui satisfont l’électorat extrémiste, ont été maintenus sur décision du premier ministre.

La Liste unifiée prise en étau

Le Parti sioniste religieux mené par Bezalel Smotrich a également recruté quelque 5 000 militants, principalement des adolescents et des étudiants de yeshiva et loué 65 bus, pour mobiliser sa base électorale.

De son côté, l’électorat ultra-orthodoxe, en grande partie allié au gouvernement sortant, s’est rassemblé en masse dans les rues de Tel-Aviv et Jérusalem. La communauté a été particulièrement active dans l’espoir de préserver ses privilèges qui l’affranchit de service militaire et de nombreuses taxes fiscales.

« Comme le veut la plaisanterie, les ultra-orthodoxes affichent un taux de participation de 110 %. Lors du dernier scrutin, ils ont réussi à mobiliser encore davantage d’électeurs, enregistrant une hausse impressionnante de 8 % par rapport aux élections de 2021 et obtenant 18 sièges », rapporte Amit Segal, analyste politique israélien.

L’opposition sioniste mise grandement sur la frustration qu’engendre ce traitement de faveur pour attirer le vote de la population laïque du pays.

La troisième voie portée par la LU se retrouve prise en étau entre deux visions de la politique qui ne pensent pas l’avenir du pays en dehors du sionisme et de la suprématie des Israéliens juifs sur les autres communautés.

Elle n’a d’autre choix que d’espérer faire un score suffisant pour contraindre l’opposition à Netanyahou de faire des concessions sur son programme, en premier lieu sur la colonisation et les discriminations envers les Palestiniens d’Israël. Mais s’il en venait là, Gadi Eisenkot ne risquerait-il pas de renier les idées qui l’auront porté aux portes du pouvoir ?

  1. Les Trahisons ordinaires, de Marc Eichinger, auto-édition, 2026. ↩︎

source: https://www.humanite.fr/monde/benyamin-netanyahou/legislatives-en-israel-tout-comprendre-aux-enjeux-du-scrutin-qui-doit-sceller-le-sort-de-netanyahou

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