
© Capture d’écran vidéo de « Libération »
À Nice, Montpellier ou Rouen, les procédures judiciaires s’accumulent contre les commandos masqués d’ultradroite qui ont attaqué les cortèges du 24 octobre, souvent sous le regard des forces de police accusées de passivité voire de connivence.
Par Stéphane SAHUC
Des hommes en noir, masqués, armés de matraques et de gazeuses, qui attaquent des cortèges et frappent des manifestants pacifistes. Voilà l’une des images marquantes du 24 octobre. À Nice, à Montpellier, à Rouen et dans bien d’autres villes, les mêmes scènes de violence. Ce ne sont pas des faits isolés ou des dérapages. Cela ressemble furieusement à une stratégie méticuleusement mise en place et appliquée. À tel point que la justice est obligée de regarder ça de plus près. Et sur le bureau des procureurs, les dossiers judiciaires s’accumulent.
À Nice, le procureur a dû ouvrir en urgence une enquête en flagrance pour « violences aggravées ». Sur les 59 personnes placées en garde à vue lors de cette journée, 11 appartiennent directement à la mouvance d’ultradroite — dont un mineur et cinq déjà bien connus des services de police. Ils vont être jugés pour association de malfaiteurs en vue de commettre des violences volontaires aggravées, a annoncé ce lundi le procureur, ajoutant que « des réquisitions de placement en détention provisoire » ont été prises jusqu’à leur comparution mardi 27 octobre.
À Montpellier, c’est le maire, Michaël Delafosse qui effectue un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, exigeant que la justice identifie et poursuive les membres de cette « milice d’extrême droite » venue charger le cortège et dégrader le bar associatif Le Quartier généreux.
À Rouen, le parquet est également saisi pour « violences aggravées ». La préfecture de Seine-Maritime y a procédé à 30 interpellations visant des faits de port d’armes, de dissimulation du visage et de participation à un groupement violent. De Tours, où la presse locale recense des affrontements physiques, jusqu’à Lyon, où la préfecture analyse les images de défilés identitaires et de saluts nazis, en passant par Nancy : une dizaine de villes sont aujourd’hui le théâtre de ces procédures d’urgence.
Sentiment d’impunité
Si ces groupuscules se sentent suffisamment fort pour aller « casser » du manifestant, ce n’est pas par hasard. Quand, sur les plateaux de télévision et dans la bouche des ministres, on passe des semaines à diaboliser le mouvement social et à criminaliser la moindre contestation, le message est entendu.
L’extrême droite l’a reçu cinq sur cinq. Elle se sent autorisée et s’arroge même, selon les mots du ministère de l’Intérieur, la mission de « protéger les commerces ». Des milices privées, en somme, qui prétendent suppléer l’État avec, si ce n’est sa bénédiction, la neutralité bienveillante de ses services.
Les images tournées à Rouen par le média Blast sont édifiantes. On y voit des militants d’extrême droite attaquer des manifestants sous les yeux des forces de police. Libération a publié de son côté des images de Nancy, où une trentaine d’agresseurs chargent un cortège en lançant des projectiles, avant de se replier derrière les gendarmes. La passivité de la police dans plusieurs de ces affrontements interroge.
« Non, on ne protège personne, certainement pas », s’est agacé le ministre Laurent Nuñez mis en cause. Policiers et gendarmes « sont intervenus à de nombreuses reprises pour disperser, empêcher les affrontements entre l’ultragauche et l’ultradroite », a-t-il relaté. Le ministre a promis « des suites » judiciaires et administratives. Une manière de couper court aux accusations d’indulgence face à ces commandos organisés, alors que la moindre manifestation syndicale ou lycéenne est matraquée et gazée au premier slogan.
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