
Un employé au sein de l’usine des Forges de Tarbes (Hautes-Pyrénées), récemment placée en redressement judiciaire, le 4 avril 2023.© Lionel BONAVENTURE / AFP
Les Forges de Tarbes ont été placées, ce lundi 27 octobre, en redressement judiciaire à la suite de la demande déposée auprès du tribunal de commerce par Europlasma. Seule usine française à produire des corps d’obus de 155 mm, destinés notamment aux Canons Caesar, l’entreprise fera l’objet d’une enquête sur la gestion financière de son propriétaire, qui enchaîne les liquidations judiciaires.
Par Scarlett BAIN
Les Forges de Tarbes, principale société française d’armement, ont été placées lundi 26 octobre en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Le propriétaire de l’usine, Europlasma, avait lui-même sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, ouvrant la voie à l’arrivée d’un repreneur pour cette entreprise stratégique du secteur de l’armement.
Une situation surprenante au vu de la conjecture militaire, avec un gouvernement qui investit massivement dans le budget de la défense afin de réarmer la France à marche forcée. D’autant plus que le site des Forges est la seule entreprise française à produire des corps d’obus de 155 mm destinés au canon Caesar – fournies par la France à l’Ukraine – pour son client unique Nexter KNDS, dont le donneur d’ordre n’est autre que la Direction Générale de l’Armement (DGA).
Une gestion financière catastrophique de la part du groupe
Les difficultés qui mènent à ce placement en redressement judiciaire ne sauraient donc être imputables au manque de commandes mais bien à « la gestion financière catastrophique » dénoncée par les salariés depuis 2021, année du rachat du site par ce groupe. Dernièrement, ces derniers expliquaient dans les colonnes de l’humanité ne même plus avoir de matière en quantité suffisante pour produire et que la trésorerie était si désastreuse qu’ils ne disposaient même pas de gants pour travailler.
En 2025, pour renflouer les caisses, la direction pilotée par l’ancien banquier Jérôme Garnache-Creuillot a réalisé dans une opacité totale une opération de cession-bail pour une valeur de près de 2,5 millions d’euros, sans que personne n’en soit informé.
Or malgré leurs alertes répétées par voie de presse ou lettres ouvertes, les administrations publiques, en premier lieu la préfecture et la DGA, ont répondu toutes ces années aux abonnées absents. Jusqu’à récemment quand, hasard du calendrier ou non, les autres entreprises aux mains d’Europlamsa, notamment Valdunes ou Les Fonderies de Bretagne, ont été placées en quête de repreneur pour la première et en liquidation pour la seconde.
Ainsi le 9 octobre la préfecture des Hautes-Pyrénées a ordonné à l’entreprise de « régulariser sa situation sur les normes de pièces qui mettent en mouvement les presses servant à forger les corps d’obus » sous peine de mise en arrêt du site.
Ni une ni deux, l’administration de la direction générale de l’Armement a été dépêchée le lendemain sur le site de Tarbes, pour examiner l’état des outils de production, « Une première dans l’histoire du site ». Dans la foulée de cette inspection l’armée annonçait saisir la procureure de la République au titre de l’article 40 pour demander une enquête relative à la gestion financière du groupe.
Les Forges de Tarbes emploient actuellement une soixantaine de salariés. Parmi eux, certains avaient confié auprès de l’Humanité leur volonté de voir l’entreprise être temporairement nationalisée par l’État, afin de passer le pic de la crise. Ils espéraient également que le futur repreneur soit leur client KNDS.
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