Budget 2027 : tout comprendre aux principales mesures de cette prochaine saignée sociale (H.fr-29/10/26)

Les mobilisations du 17 octobre dernier, ici dans le centre-ville de Toulouse, visaient aussi à dénoncer la hausse du coût de la vie. © Frédéric Scheiber / Hans Lucas via AFP

Si les discussions autour des lois de finances sont encore en cours, le budget 2027 devrait encore taper sur les pauvres et ménager les riches, compte tenu de la présence de la droite et de l’extrême droite dans les deux assemblées du Parlement.

Par Hélène MAY

En force avec un 49.3 ? Promulguées sous forme d’ordonnances ? Avec un parcours chaotique entre les deux chambres ? Si nul ne peut prédire comment seront adoptées les lois de finances 2027, une chose, en revanche, est déjà claire : il s’agira d’un budget de classe, sans doute le plus violent sous les mandats d’Emmanuel Macron. Le gouvernement peut bien assurer que « tout le monde va contribuer aux efforts ». En vérité, ce PLF suit la même philosophie que les précédents : dur avec les pauvres et tendre avec les riches. Jusqu’à la caricature.

« Une mère seule à la tête d’un foyer modeste va voir son niveau de vie baisser de 1 %, tandis que le revenu d’un ménage du top 20 % ne sera tout simplement pas affecté par les mesures générales du budget, résume l’économiste Michaël Zemmour. Sans même parler des millionnaires et des milliardaires, eux aussi absents de la copie budgétaire. »

Prisonnier de sa promesse de faire baisser le déficit public de 5,4 % à 5 % du PIB, dans un contexte d’accroissement de la charge de la dette, le gouvernement table sur 43 milliards d’euros d’économies. Première catégorie mise à contribution : les bénéficiaires de minima sociaux. Dans un pays qui a pourtant vu s’envoler son taux de pauvreté depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron (+ 1,2 million de personnes en neuf ans, 15,4 % de la population), les filets de protection continuent d’être affaiblis.

Avec toujours la même méthode : la désindexation, ce qui, en période d’inflation entre 2 % et 3 %, revient à baisser ces revenus. Sont concernées : les allocations familiales, la prime de rentrée scolaire et la prime pour l’emploi. Idem pour les APL, par ailleurs retirées aux étudiants étrangers et à ceux restés sur les déclarations d’impôts parentales. Des coupes budgétaires qui vont impacter, au premier chef, les ménages pauvres et modestes, déjà étranglés par la hausse des prix de l’énergie et de la nourriture.

Effectifs et salaires des fonctionnaires revus à la baisse

Autre cible : les agents de la fonction publique. Leur point d’indice sera lui aussi gelé, pour la quatrième année consécutive… « Inadmissible, dénonce la CGT. Le pouvoir d’achat des fonctionnaires a chuté de 28,6 % depuis 2000, et l’État est aujourd’hui contraint de verser une indemnité différentielle – une prime – à quelque 862 000 agents, deux fois plus que l’an dernier, pour éviter qu’ils ne tombent sous le Smic ! »

À ce gel s’ajoute le non-renouvellement de plus de 1 000 postes dans la fonction publique, en priorité dans les secteurs sociaux et à France Travail. « Ce budget n’annonce pas le recrutement massif d’effectifs supplémentaires dans tous les secteurs qui en manquent : hôpitaux, écoles, lycées », déplore la centrale syndicale.

Le passage par le Parlement, s’il n’est pas court-circuité, pourrait permettre aux retraités et aux collectivités locales d’échapper aux mesures d’économies initialement prévues. En première lecture, les députés ont rejeté la proposition gouvernementale de faire passer de 4 400 euros à 3 000 euros le plafond sous lequel les retraités bénéficient d’un abattement de 10 %, mesure qui devait rapporter 1,4 milliard d’euros.

Quant à la baisse des dotations aux communes, départements et régions, qui devaient s’élever à 5,5 milliards d’euros, elle a été repoussée en première lecture à l’Assemblée. Elle ne devrait pas, non plus, franchir l’étape des sénateurs, dont les mandats dépendent directement de ces mêmes collectivités.

La droite et l’extrême droite main dans la main

Reste le côté recettes. Si la dette de la France s’est creusée comme jamais sous Emmanuel Macron, c’est d’abord en raison des multiples cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises via la suppression de taxes et cotisations. « Un manque à gagner cumulé de l’ordre de 400 milliards d’euros », estime Vincent Gath Drezet, spécialiste de la fiscalité et membre du conseil scientifique d’Attac.

Pour autant, pas question d’infléchir la trajectoire. Ce budget 2027 ne propose pas de remettre à plat les 211 milliards d’aide aux entreprises, ni les niches fiscales qui font pourtant perdre des rentrées colossales à l’État. Il exclut aussi de mieux taxer les plus riches, dont la fortune a pourtant explosé ces dernières années. Le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France s’élève à 1 128 milliards d’euros (contre 170 milliards deux décennies plus tôt) et les 53 milliardaires que compte le pays possèdent, à eux seuls, une fortune supérieure à celle de 32 millions de Français.

Sur ce point crucial, droite et extrême droite font front commun avec le gouvernement. Les députés, RN comme LR, s’unissent pour s’opposer aux tentatives de la gauche de rétablir l’impôt sur la fortune ou encore de remettre sur le tapis la taxe Zucman, qui propose une imposition à 2 % des patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. De modestes mesures, mais déjà insupportables pour les farouches défenseurs des inégalités.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/budget/budget-2027-tout-comprendre-aux-principales-mesures-de-cette-prochaine-saignee-sociale

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