Mort de Dolores Huerta : une grande figure du syndicalisme américain s’est éteinte (H.fr-29/10/26)

États-Unienne d’origine mexicaine, Dolores Huerta est une figure majeure de la lutte pour les droits civiques. © Robyn Beck/AFP

Fondatrice du principal syndicat agricole en Californie, militante du droit des migrants et des femmes, cette États-Unienne d’origine mexicaine s’est éteinte à l’âge de 96 ans.

Par Christophe DEROUBAIX

Un siècle de luttes. Dolores Huerta, cofondatrice dans les années 1960 de l’United Farm Workers (Union générale des paysans), est morte, mercredi 28 octobre, à l’âge de 96 ans. « Nous savons que beaucoup d’entre vous, à travers le monde, partagent notre deuil, et nous vous tiendrons informés des projets visant à reconnaître et à célébrer sa vie et son héritage extraordinaires », ont expliqué ses proches sur Instagram, sans donner la cause de sa mort. Elle souffrait d’un cancer, selon plusieurs médias américains.

États-Unienne d’origine mexicaine, Dolores Huerta est une figure majeure de la lutte pour les droits civiques. Alors que les travailleurs agricoles étaient exclus des lois du New Deal reconnaissant le fait syndical, elle a milité pour qu’ils aient le droit de se syndiquer : à cet effet, elle a fondé en 1962 le syndicat United Farm Workers avec César Chavez (1927-1993). Dans leur immense majorité, ces travailleurs étaient d’origine mexicaine.

La lutte sociale et la défense des migrants ne faisaient ainsi qu’un. C’est à cette occasion qu’elle forge le slogan « Si se puede » (« Oui, on peut le faire »), qui deviendra un peu l’hymne des manifestations en Californie avant d’être repris, en anglais (« Yes we can »), par le candidat Barack Obama pour conquérir la Maison-Blanche en 2008.

Elle n’avait cessé de s’engager dans la société

Le syndicat a organisé des grèves, des marches spectaculaires vers le Parlement de Californie et un boycott national du raisin pour protester contre les mauvaises conditions des travailleurs, notamment leur exposition aux pesticides. Elle a aussi rejoint le combat pour le droit à l’avortement aux côtés d’Angela Davis ou de Gloria Steinem.

En 1968, elle se tenait aux côtés de Robert Kennedy quelques minutes avant son assassinat. Arrêtée à plus de vingt reprises, elle a été, en 1988, passée à tabac et grièvement blessée par la police lors d’une manifestation à San Francisco.

L’engagement le plus connu de cette militante « totale » était au sein de l’United Farm Workers, et son nom apparaissait indissociable de celui de César Chavez. En début de cette année, au crépuscule de sa vie, Dolores Huerta avait révélé que le syndicaliste l’avait violée dans les années 1970. Elle avait expliqué qu’elle avait gardé le silence, après sa mort en 1993, par peur de détruire l’héritage de leurs luttes syndicales.

Même à un âge avancé, elle n’avait cessé de s’engager dans la société, notamment via sa fondation située à Bakersfield, dans le cœur agricole de la Californie. Après le retour de Donald Trump au pouvoir l’an dernier, elle dénonçait une chasse aux migrants « absolument atroce ». « Je crois que cette maladie qu’est le racisme est ce qui a vraiment contaminé notre système politique, déclarait-elle à l’Agence France-Presse en juillet 2025. Trump exploite en réalité ce racisme lorsqu’il continue à placer des immigrants, principalement des personnes de couleur, dans des centres de détention. »

Source: https://www.humanite.fr/monde/etats-unis/mort-de-dolores-huerta-une-grande-figure-du-syndicalisme-americain-sest-eteinte

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