
S’il dit « faire confiance à la justice » dans l’enquête ouverte après l’attentat raciste du 23 octobre, Bolema Bossio Wangi réclame que toutes les responsabilités dans ce drame soient examinées, y compris celles des dirigeants politiques et des médias qui ont attisé la haine.
Par Alexandre FACHE
C’est une famille éprouvée mais digne qui s’est présentée devant la presse, ce lundi 2 novembre, en fin de matinée. Bolema Bossio Wangi est le père de Pengo Bossio Wangi, le jeune homme de 26 ans qui a été abattu, le 23 octobre, lors de l’attentat raciste de Trappes (Yvelines).
« On n’est pas en colère, on veut simplement la justice ; et la paix », a murmuré péniblement le père de famille, lors d’une conférence de presse organisée au cabinet de son avocate, Maître Zineb Alami, avant d’ajouter : « Pengo, c’était quelqu’un de bien. Ils nous ont enlevé un ange. »
« Peur pour l’avenir et la sécurité de mes enfants »
Parce qu’il savait qu’il serait tenaillé par l’émotion, Bolema Bossio Wangi avait aussi préparé un texte, qui a été lu par sa fille Ambre, la sœur de Pengo. « Issu de l’immigration africaine, j’ai grandi en France dans les années 1980-1990, une période où les ratonnades contre les Maghrébins ou les Noirs étaient malheureusement courantes. Je ne pensais pas que, plusieurs décennies plus tard, mon fils Pengo succomberait de la main d’un individu animé de la même haine », a indiqué l’ancien militant antiraciste, qui dit aujourd’hui avoir « peur, en tant que père d’enfants noirs, pour leur avenir, leur sécurité et pour la place qu’ils pourront occuper dans la société française ».
S’il assure « faire confiance à la justice » pour déterminer toutes les responsabilités dans l’attentat dont a été victime son fils, Bolema Bossio Wangi veut aussi que ce drame personnel permette une prise de conscience. « Si la mort de notre fils doit servir à quelque chose, c’est de sensibiliser sur le racisme, qui gangrène la société française depuis des décennies, un racisme alimenté par certains médias et partis politiques », accuse-t-il sans détour.
Une responsabilité pointée également par son avocate. « Ce drame n’est pas né dans un vide, mais à cause du climat de haine raciste qui ronge notre pays. Quand les mêmes mots reviennent – « invasion », « territoire occupé », « république islamiste de Trappes » –, ils finissent par avoir un impact. Les responsables politiques et les médias qui les propagent ont une responsabilité dans ce drame. »
À l’Humanité, l’avocate indique qu’elle réfléchit avec ses clients à une plainte spécifique qui pourrait viser ceux qui ont attisé la haine raciste à l’origine du geste de Kévin T., l’auteur de l’attentat.
Terrorismes islamiste et d’ultradroite, pas encore sur le même plan ?
Sans attendre cette éventuelle procédure, le père de Pengo avait un message à faire passer au président de la République, avant la tenue d’un hommage national aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et La Verrière. « Nous souhaitons rappeler qu’un tel hommage ne doit pas être uniquement un moment de recueillement, mais aussi l’occasion d’une véritable prise de conscience et d’un engagement contre le racisme et toutes les formes de haine », a réclamé le père de famille.
Pour son avocate, cet engagement a sans doute manqué dans la prise en compte de la dangerosité de Kévin T. « Trois jours avant l’attentat du 23 octobre, il y a déjà eu une agression (menée par Kévin T.) sur une personne noire. Donc, il avait déjà commencé à passer à l’acte, relève Maître Alami. Si les mêmes signaux avaient fait penser à un terrorisme islamiste, est-ce qu’on aurait procédé de la même manière ? Est-ce que ce terrorisme d’ultradroite n’est pas souvent traité comme s’il s’agissait d’actes complètement isolés ? »
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