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Des blocus de lycées parisiens aux cortèges improvisés dans le Quartier latin, lycéens et étudiants ont poursuivi leur mobilisation ce mardi 3 novembre, sans emprunter le parcours imposé par la préfecture. Malgré les nasses, les charges et les lacrymogènes.
Par Lisa GUILLEMIN
Place de Clichy, les lycéens ont pris le boulevard. Dès le matin, les élèves de Jules-Ferry, Chaptal, Jacques-Decour et Condorcet ont bloqué la circulation. Les poubelles s’amoncellent, les bus s’alignent. Seuls les secours passent. « Bande de connards, retournez bosser ! » hurle un passant. D’autres automobilistes les encouragent. « Ça me fait chier, mais on vous soutient », leur lancent certains, rapporte Gabriel.
Gabriel et Roxane, élèves de première et de terminale à Jules-Ferry, se sont improvisés coordinateurs du blocage. La place de Clichy, dans le nord de Paris, était le point d’arrivée de la manifestation du 17 octobre. « On avait besoin de se la réapproprier d’une manière un peu illégale », explique Gabriel, qui espère une « convergence des luttes contre la politique de Macron ». Les annonces du gouvernement ne convainquent guère.
« Nous, on demande à changer de système d’admission, pas juste de plateforme », souligne Roxane, à propos du remplacement annoncé de Parcoursup. « On ne peut pas continuer à juste bloquer les lycées », ajoute-t-elle. « Ils ne nous écoutent pas. »
« Ce mouvement est un mouvement de solidarité nationale »
Vers 9 h 30, une trentaine de CRS dégagent les poubelles. « ACAB ! », scandent les jeunes. Leur professeur de SES les soutient : « Il y a une stratégie de pourrissement du mouvement social, donc forcément ils sont obligés d’en arriver à des méthodes plus virulentes. »
Au lycée Montaigne, une quarantaine de CRS interviennent, et repoussent vigoureusement les élèves contre les barrières. Selon les lycéens, un camarade a été placé en garde à vue pour outrage à agent après un doigt d’honneur ; deux autres ont été verbalisés pour avoir dissimulé leur visage. Un élève reproche au proviseur d’avoir appelé la police et de brandir l’excellence de Montaigne pour discréditer leur action : « On a quand même des choses à revendiquer, et ce mouvement, c’est un mouvement de solidarité nationale ! »
À la cité scolaire Voltaire, dans le 11e, des enseignants se mettent en grève pour dénoncer une présence « massive » des forces de l’ordre. L’Union syndicale lycéenne dénonce des jeunes « plaqués au mur ». Elle revendique 500 établissements bloqués, contre 48 recensés à 9 h 30 par le ministère de l’Éducation nationale. Les syndicats réclament l’abrogation de Parcoursup et 10 milliards d’euros pour l’éducation et le supérieur.
Le parcours imposé reste désert
À midi, dans les boulangeries, une question revient : Panthéon ou porte de Charenton ? La préfecture a refusé le parcours déclaré par l’Interfac entre le Panthéon et le siège du Medef, n’autorisant qu’un trajet sur les boulevards des Maréchaux, de la porte de Charenton à celle de Montreuil. « On s’en tape, on reste au Panthéon. Ils vont pas nous dire où on doit manifester. C’est un droit fondamental », tranche Paul, en terminale.
Le tribunal administratif rejette le recours à une demi-heure du départ, et c’est la préfecture qui l’annonce sur ses réseaux sociaux. Derrière le Panthéon, les étudiants réunis en assemblée générale refusent de rejoindre les portes de Paris. Le parcours imposé reste désert ; les gendarmes attendent porte de Charenton.
Plusieurs milliers de jeunes manifestent au contraire dans le Quartier latin. Rue Soufflot, des dizaines de fourgons bordent la chaussée, sous le portrait de Marc Bloch accroché au Panthéon. Des CRS sont équipés de fusils HK G36. « Contre des lycéens… » s’indigne une passante.
Rue Rataud, les manifestants se retrouvent pris entre deux cordons policiers. Ils se dispersent, se retrouvent quelques rues plus loin, bifurquent à nouveau. Pendant des heures, les CRS les poursuivent dans les rues du 5e, chargent et tentent de les encercler. Un manifestant reçoit un coup de casque à la lèvre et saigne. La BRAV-M est déployée. Un palet de lacrymogène passe au-dessus des têtes.
Mais les cortèges se reforment. Rue Mouffetard, un homme âgé applaudit depuis sa fenêtre du troisième étage. « Papy ! Papy ! » lui répondent les manifestants. Des groupes convergent rue Pierre-Brossolette, ça ne s’invente pas. Des ouvriers interrompent leur chantier pour applaudir. Une trompettiste et une saxophoniste jouent : « J’ai deux passions, la fanfare, la révolution ! » entame-t-on joyeusement.
Depuis sa fenêtre du rez-de-chaussée, une habitante interpelle les jeunes qui se dispersent pour échapper aux encerclements : « Ça sert à rien de vous disperser, vous serez plus puissants en groupe ! » – « Ben non madame, on les a à l’usure. » Elle insiste : « Mais pourquoi vous faites la pagaille ? » Un lycéen lui répond : « Vous savez, quand on est pacifiques, ils nous écoutent pas. »
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