À quoi joue Donald Trump en bombardant une île en Iran ? (H.fr-3/11/26)

La propagande du régime iranien redouble d’agressivité face à l’offensive états-unienne, comme ici à Téhéran le lundi 3 novembre, où une banderole indiquant « nous allons tuer Trump » a été déployée.© Atta Kenare / AFP

À la veille des élections de mi-mandat, en pleines négociations, les États-Unis ont procédé lundi 2 novembre à des bombardements contre l’île iranienne de Qeshm. Mis sous pression par Benyamin Netanyahou, le locataire de la Maison-Blanche envoie des signaux contradictoires quant à la reprise d’opérations de grande ampleur.

Par Lina SANKARI

Parce qu’ils sont affaiblis, ils montrent les muscles. Le 2 novembre, à la veille des élections de mi-mandat pour lesquelles la seule inconnue restait l’ampleur de la vague démocrate, le président états-unien Donald Trump a ordonné une série de bombardements de l’île iranienne de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz.

Washington joue toutefois la mesure. Un responsable du Pentagone, cité par Reuters, a ainsi présenté ces opérations comme autant de « mesures défensives », en réponse à des tirs iraniens. Les Gardiens de la révolution iraniens affirment pour leur part avoir abattu deux drones MQM-170, présentés comme des appareils de reconnaissance, au sud de Qeshm, ainsi qu’un drone MQ-9 à l’est du détroit d’Ormuz.

Le porte-parole militaire iranien, Mohammad Akraminia, a prévenu que toute nouvelle agression entraînerait une « riposte immédiate » et « plus dure et plus étendue que par le passé », c’est-à-dire au-delà de l’Asie occidentale, selon l’agence de presse nationale Mehr. La puissance moyen-orientale a par ailleurs déjà menacé de prendre pour cible des centres de données et des systèmes d’intelligence artificielle, ainsi que les câbles sous-marins dans le détroit d’Ormuz.

De fait, ces bombardements circonscrits dans un contexte hautement inflammable ont ravivé les craintes d’une reprise d’opérations militaires de plus grande ampleur dans le sillage de la guerre entamée par Washington et Tel-Aviv le 28 février, qui n’a pas rempli les objectifs revendiqués.

Le corps des Gardiens de la révolution est toujours en place et les déclarations du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, laissent à penser que le programme nucléaire iranien resterait actif. Pour l’heure, l’armée israélienne dément être impliquée dans les derniers bombardements.

Netanyahou joue sa survie

Quelques jours avant les législatives du 27 octobre, le premier ministre israélien déclarait devant ses partisans : « Il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer cette menace une fois pour toutes : renverser le régime iranien. C’est l’instruction que j’ai donnée à l’armée, au Mossad (les renseignements extérieurs israéliens – NDLR) et aux services de sécurité. »

Celui qui est allé jusqu’à sous-entendre que Téhéran pourrait cibler son pays pour perturber le déroulement des législatives de ce qu’il continue à présenter comme « la seule démocratie du Moyen-Orient » l’assure : le guide suprême, Mojtaba Khamenei, « a dégoupillé la grenade, et l’Iran tente une nouvelle fois de développer des bombes mortelles ». Six jours avant le scrutin, Benyamin Netanyahou allait même jusqu’à dépêcher des dizaines d’avions de chasse à la frontière iranienne pour provoquer le pouvoir islamique et tester sa volonté de réponse.

Selon le Financial Times, Benyamin Netanyahou aurait ordonné à l’armée israélienne de reprendre les bombardements plus tôt ce mois-ci, mais Donald Trump aurait finalement bloqué ce projet. Le président américain a déclaré publiquement qu’il n’avait pas l’intention de reprendre, avant les élections de mi-mandat, les hostilités contre Téhéran, impopulaires aux États-Unis en raison de leurs retombées sur le prix du pétrole. Il n’est toutefois pas à exclure que le premier ministre israélien ait tenté une ultime pression auprès de Donald Trump afin de précipiter la reprise de la guerre.

Cette option aurait potentiellement ouvert la voie à la constitution d’un gouvernement d’union nationale sous sa houlette. En clair, une question de survie politique. Son rival, l’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot, paraît pour l’heure en bonne voie pour constituer une majorité avec le soutien, mais sans la participation, des partis dits arabes. Ce dernier a d’ores et déjà signifié que, jusqu’à la formation d’un gouvernement, il ne soutiendrait des interventions militaires « qu’en cas de danger clair et immédiat pour Israël, ne pouvant attendre la prise de fonction » d’un nouvel exécutif.

Divergences stratégiques

Samedi, Benyamin Netanyahou se serait même entretenu avec Donald Trump par téléphone au sujet d’un calendrier d’intensification des opérations militaires, selon le média états-unien Axios. Le milliardaire fanfaronnait le même jour sur la nécessité de « s’occuper » encore d’un ou deux sites en Iran, expliquant : « Nous pouvons faire ça en dix minutes ». Huit mois de guerre, ponctués d’un cessez-le-feu en avril qui a volé en éclat, ne lui ont pourtant pas permis d’atteindre ses objectifs.

Dans ce contexte, les allégations du commentateur politique états-unien Tucker Carlson selon lesquelles Donald Trump pourrait ordonner une frappe nucléaire contre l’Iran dans les prochains jours peuvent relever d’une stratégie de pression maximale sur le pays. Ce dernier a toutefois mis en garde contre de telles opérations « tactiques » visant Pickaxe Mountain, accusée par Israël d’abriter de l’uranium iranien. Le président estime qu’elles pourraient entraîner une contamination du Golfe et menacer l’approvisionnement en eau d’environ 100 millions de personnes, et surtout créer un dangereux précédent.

L’influence d’Israël, qui avait déjà pesé de tout son poids pour faire échouer les négociations en vue d’un protocole d’accord en juin, n’est pas à sous-estimer alors que le vice-président états-unien, J. D. Vance, expliquait, lundi, que Donald Trump et lui-même se révélaient « plutôt optimistes » quant à un accord négocié pour mettre fin à la guerre avec l’Iran, sans toutefois fixer de calendrier. « (Les Iraniens) tiennent absolument à conclure un accord », insistait de son côté l’hôte de la Maison-Blanche sur Fox News. Dès lors comment expliquer cette volte-face ? La versatilité du président n’aide pas à lire sa stratégie.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, assure que des pourparlers « très intenses » ont eu lieu ce lundi avec des médiateurs qataris et pakistanais pour éviter une reprise de la guerre. Signe de la pression à laquelle est soumis le pouvoir islamique, Téhéran s’est même dit prêt à rouvrir le détroit d’Ormuz sous deux jours, au lieu du plan initial de sept jours.

Reste que les objectifs d’Israël et des États-Unis diffèrent. Tel-Aviv vise un changement de régime quand Washington privilégie un accord sur le programme nucléaire et la levée du blocus dans le détroit d’Ormuz. Des divergences qui compliquent précisément leur victoire sur le plan militaire.

Source:https://www.humanite.fr/monde/etats-unis/a-quoi-joue-donald-trump-en-iran

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