
La mobilisation du 24 octobre avait réuni près de 80 000 personnes dans la ville rose. Pour la journée de grève du 5 novembre, les syndicats toulousains ont décidé de braver l’interdiction de manifester en centre-ville. © Matthieu RONDEL / AFP
Paris, Toulouse, Lille, Marseille, Lyon en passant par Rouen ou Montpellier, l’intersyndicale a décidé de passer outre les interdictions de cortège dans les centres-villes ce jeudi 5 novembre par les préfets. « l’Humanité » fait le point.
Par la redaction de l’Huma
À quelques heures de la journée de grève et de mobilisation nationale du jeudi 5 novembre à l’appel de la CFDT, la CGT, FO, UNSA, FSU. L’intersyndicale appelle le gouvernement et les préfectures à respecter le droit de manifester devant les interdictions qui se multiplient et les cortèges seulement autorisés à défiler loin des centres-villes dans plus d’une vingtaine de départements.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, déplore « un moment extrêmement grave avec une dérive autoritaire très dangereuse du gouvernement ». De Marseille à Paris, en passant par Toulouse, Le Havre ou Annecy, l’Humanité fait le point sur les autorisations des préfectures ville par ville.
Paris
À Paris, la préfecture a finalement répondu, ce mercredi 4 novembre que la manifestation « pourra se tenir », non pas de la place de la Bastille à la place de la Concorde, comme déposé par l’intersyndicale depuis le 21 octobre mais « entre la place de la République et la place de la Nation », selon un arrêté préfectoral. Dans la foulée, l’intersyndicale a décidé de maintenir son recours devant le tribunal administratif contre l’arrêté d’interdiction partielle et du parcours alternatif imposé par la Préfecture de police.
Les syndicats dénoncent « un contexte plus large de restrictions de la liberté de manifester : arrêtés d’interdiction, saisies de banderoles revendicatives, entraves à l’expression des manifestants ou encore mesures d’assignation à résidence » alors que ce droit est « une liberté fondamentale » et ils restent déterminés à le faire respecter.
La secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon avait rappelé aux autorités : « Il faut être sérieux sur les parcours qu’on nous propose et nous expliquer qu’il ne faut pas être dans les centres-villes, ce n’est pas acceptable : le principe d’une manifestation, c’est sa visibilité ».
Les 24 et 31 octobre derniers, les manifestations contre la vie chère avaient dû se tenir sur les boulevards des Maréchaux, qui ceinturent Paris, après l’interdiction de parcours plus centraux. Face à cette menace, Sophie Binet avait prévenu : « cette journée, ça fait un mois qu’on l’a annoncée » et « à Paris, ça fait plus de quinze jours qu’on a fait une demande ».
Marseille
À Marseille, le départ de cortège syndical a été fixé à 10 h 30 aux Réformés (1er) pour descendre Gambetta, remonter vers la préfecture et terminer sur la place Castellane.
La mobilisation s’annonce massive entre les salariés du secteur privé et du public, les étudiants et les retraités. D’autres collectifs annoncent des actions dès 8h30. À 9 heures, d’autres appellent à un rassemblement devant les numéros 63 et 65 de la rue d’Aubagne, en mémoire aux victimes. D’importants effectifs de police et de gendarmerie sont prévus.
Lyon
La préfecture du Rhône a interdit, par arrêté préfectoral, les manifestations dans une grande partie du centre-ville de Lyon, jeudi de 9 heures à 20 heures. Les syndicats ont déposé un recours devant le tribunal administratif.
Lille
À Lille, les syndicats annoncent un départ Porte de Paris à 14h30. La préfecture n’a pas encore autorisé le parcours et son passage par le centre-ville.
Montpellier
À Montpellier, la préfecture a rejeté la demande des syndicats de partir de la place Albert-1er et imposé un parcours alternatif pour que le cortège ne passe pas dans le centre.
Le rendez-vous est à 10 heures, place Max-Rouquette, pour finir place de l’Europe. Le 24 et le 31 octobre la préfecture avaient prononcé une interdiction totale de manifester.
Toulouse
À Toulouse, les huit syndicats qui appellent à la mobilisation ce jeudi ont décidé de braver l’interdiction de manifester en centre-ville décidée par le préfet. Ils maintiennent leur itinéraire via les boulevards alors que la préfecture impose une boucle au départ des Arènes, à 14 heures. Un recours a par ailleurs été déposé devant le tribunal administratif par les syndicats.
Nantes
L’intersyndicale a également prévenu qu’elle n’acceptera pas la mise en place d’un périmètre d’exclusion à Nantes, comme les 24 et 31 octobre. Les organisations syndicales annoncent qu’elles manifesteront au départ du miroir d’eau, quelle que soit la décision du préfet.
Rouen
À Rouen, le parcours en centre-ville déposé par l’intersyndicale a été retoqué par le préfet de la Seine-Maritime. Pour l’heure les syndicats donnent rendez-vous à 10 heures cours Clemenceau.
Annecy
La préfecture de la Haute-Savoie a refusé le parcours déposé par les syndicats qui ont saisi le tribunal administratif de Grenoble en référé pour contester cet arrêté.
L’État déploie tout un « arsenal administratif » pour empêcher au maximum la population de manifester dans la rue, ont déploré lors d’une conférence de presse à Paris de nombreuses organisations non gouvernementales, syndicats, dont le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (Saf) ou encore la Ligue des droits de l’homme (LDH). Ils ont condamné une « bascule autoritaire » du pouvoir depuis le début du mouvement de contestation sociale.
Une guérilla administrative contre les manifestations syndicales
Manifester, mais où ? À Paris, le tracé Bastille-Concorde, déposé dès le 21 octobre, est resté lettre morte. L’intersyndicale francilienne a saisi le tribunal administratif, ce mercredi, pour obtenir une réponse. La préfecture de police a fait savoir qu’elle interdisait le tracé syndical, mais a donné son accord pour un cortège au départ de la place de la République vers Nation. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’intersyndicale et les organisations de jeunesse avaient donné rendez-vous aux manifestants à 14 heures à Bastille. Le lieu de départ définitif doit être connu dans la matinée.
Les préfets ont interdit l’accès aux centres-villes dans une vingtaine de départements. Agacés par l’attitude des autorités, les syndicats maintiennent leurs défilés à Nantes et Toulouse sur les parcours habituels. Des recours administratifs ont été déposés à Lyon et Annecy.
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