
Des pièces aéronautiques, fabriquées en France, doivent être acheminées ce jeudi à Tel Aviv pour être livrées à la société d’armement Elbit Systems. Un vol qui, s’il a lieu, pose à nouveau la question des complicités françaises dans le génocide.
Par Elisabeth FLEURY
Une cargaison de pièces aéronautiques, fabriquées en France par l’entreprise Liebherr-Aerospace Toulouse, doit décoller ce jeudi 5 novembre de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle à destination de Tel Aviv. Destinataire final de cette livraison : la société israélienne Elbit Systems Ew & Sigint – Elisra, filiale du premier groupe d’armement israélien. Le vol, opéré par la compagnie israélienne El Al, est prévu à 15h35.
Alertés par Urgence Palestine et le Palestinian Youth Movement, les syndicats CGT, Sud Aérien et Solidaires appellent tous les salariés intervenant autour de ce vol « à la plus grande vigilance ». « Cette cargaison présente tous les signes d’une livraison de matériel à usage militaire, s’alarment-ils. Des pièces aéronautiques livrées à cette entreprise pourraient servir à équiper les avions et les systèmes militaires utilisés dans les bombardements de Gaza ».
Le 8 octobre dernier, suite aux révélations de l’Humanité, le gouvernement français avait suspendu une livraison, prévue sur un vol Air France, de pièces de chars destinées à Elbit Systems. « Ce que nous avons obtenu le 8 octobre, nous pouvons l’obtenir le 5 novembre », espèrent les syndicats.
« À chaque fois, l’État semble regarder ailleurs »
À la veille de cette nouvelle livraison, ils poussent un cri d’alarme : « Roissy est en train de devenir une plaque tournante pour approvisionner l’industrie militaire d’un État accusé de commettre un génocide à Gaza ».
« Les avions changent, les expéditeurs changent, mais c’est toujours par Roissy-CDG que transitent des pièces destinées à l’industrie d’armement israélienne, constatent-ils. Ce n’est plus un incident isolé : c’est une filière qui se dessine. Et, à chaque fois, l’État semble regarder ailleurs ».
La France a pourtant souscrit des engagements internationaux. Parmi eux, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ainsi que le Traité sur le commerce des armes, respectivement ratifiés en 1950 et en 2013, qui lui imposent une vigilance particulière sur la nature, la destination et l’utilisation finale des pièces livrées. « L’État et les opérateurs de Roissy doivent prendre leurs responsabilités, appellent les syndicats. L’État ne peut pas ignorer ce qui décolle de ses pistes ».
Interrogé par le député LFI Thomas Portes sur nos révélations du 8 octobre, « la France ne livre pas d’armes à Israël », a encore martelé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Une position officielle de plus en plus difficile à tenir.
« Des pièces pour des chars hier, des pièces pour des avions aujourd’hui : l’État français et ses entreprises font tourner la machine de guerre génocidaire, dénonce Thomas Nayla, pour Urgence Palestine. Il est temps que cela cesse. L’argent doit aller à nos services publics, pas aux complices de l’occupation ».
Contactée, l’entreprise Liebherr-Aerospace Toulouse n’a pas répondu aux sollicitations de l’Humanité. Pas plus que la Direction générale de l’aviation civile, elle aussi interrogée. « Cette cargaison ne doit pas décoller, s’exclament les syndicats, Roissy ne sera pas la piste de décollage du génocide ! »
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