Grève du 5 novembre : « Ces jeunes nous réveillent » : la cause des lycéens en tête de la manifestation de Lorient (OF.fr-5/11/26)

4 600 manifestants selon la police, plus de 10 000 selon les syndicats : ce sont plus vraisemblablement 8 000 personnes qui ont défilé ce jeudi 5 novembre 2026 à Lorient (ici rue Jean-Jaurès). | OUEST-FRANCE

Les lycéens sont venus grossir les rangs, déjà épais, des manifestants contre la vie chère ce jeudi 5 novembre 2026 à Lorient (Morbihan). Une thématique que cinq femmes, de 24 à 56 ans rencontrées au fil du cortège, développent ici.

Par Marion LESCUYER, Stéphane BACRO, et Yvan DUVIVIER

La manifestation se termine, les discours vont débuter place de l’Hôtel-de-ville à Lorient (Morbihan). La majeure partie des 8 000 participants s’est déjà dispersée. Ingénieure en environnement, Isabelle n’en est pas à son premier cortège, ce jeudi 5 novembre 2026 : Je suis là pour soutenir les jeunes, eux qui n’ont jusqu’alors connu que des crises, des guerres, des pollutions, un monde où il est dur de se loger, manger, étudier… Ils ont tout compris et nous mettent un bon coup de pied au cul, ils nous réveillent.

Car aujourd’hui tout est lié, développe la Lorientaise de 56 ans. Les inégalités, le climat, le capitalisme… Il est temps de changer de système, et si nous avons manqué de courage, eux en ont. Ils nous montrent le chemin vers plus de solidarité, de coopération entre les âges. C’est pourquoi, selon Isabelle, il faut continuer à manifester car c’est le système qui veut que l’on pense que ça ne sert à rien. Quand on voit la répression féroce, la sauvagerie avec laquelle ces enfants sont traités, il ne faut surtout pas lâcher. Je suis contre la violence mais celle-ci est institutionnelle, et ce n’est pas normal. Nous tous, citoyens, devons avoir conscience que nous devons être là pour ces jeunes, être à la hauteur de leurs attentes, pour notre avenir à tous.

Isabelle, une manifestante, dénonce « la répression féroce » dont seraient victimes les lycéens qui se font, eux aussi, écho de violences subies. | OUEST-FRANCE

« Positivement secouée »

Marion, circulant ce jeudi entre les lycées Marie-Le-Franc et Colbert, est venue garder un œil sur son fils assez actif dans le mouvement de la jeunesse, tout en soutenant la grève du 5 novembre contre la vie chère. Il a 17 ans, il pense par lui-même, je ne vais pas lui interdire de manifester. Mais c’est bien d’être là en sécu, ces histoires de violences policières c’est flippant, même si on est à Lorient poursuit cette travailleuse indépendante de 48 ans qui se dit positivement secouée par cette jeunesse qui s’exprime bien, est consciente, présente.

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Elle-même se rappelle avoir manifesté lycéenne, puis étudiante contre la loi LMD (Licence-Master-Doctorat) : Il faut toujours essayer, c’est pire quand on ne fait rien. J’espère que les lycéens vont être entendus, leurs demandes sont légitimes. Ils ont des toilettes qui, depuis trois ans, n’ont toujours pas été réparées. C’est plein de détails mais, mis bout à bout, ça ne sent pas le respect.

La Vilaine cantoche à déguster en fin de cortège à Lorient. | OUEST-FRANCE

« Seule, je ne m’en sors pas »

Retour sur la grand-place, près de la Vilaine cantoche qui reversera ses bénéfices aux lycéens. Madly échange avec deux autres manifestants en blouse blanche comme elle. C’est sa première manifestation et si elle arbore un badge GenZ, c’est parce que je soutiens les jeunes après avoir, moi aussi, galéré. Mais j’ai trouvé la bonne façon d’y arriver, dans la légalité, dans la bienveillance pour moi-même et les autres. Si certains tombent dans les dérives, même si je ne suis pas d’accord, je les comprends.

La Quévenoise de 25 ans, aide-soignante en Ehpad, défend aussi le médico-social et invite les éventuels candidats à ne pas se décourager, même si nos conditions de travail ne donnent pas envie : je travaille 45 heures par semaine, touche le Smic et quelques primes, ce n’est pas énorme, même pour moi qui vis seule. Ainsi je gagne trop pour être aidée, pas assez pour vivre bien et, finalement, je ne m’en sors pas. Aussi, en manifestant, je me sens moins seule, je vois que nous sommes beaucoup à galérer et à espérer être un peu plus entendus.

Anne-Sophie et Thelma ont misé sur l’humour pour dénoncer leurs conditions de travail. | OUEST-FRANCE

« Combien de temps tiendra-t-on ? »

Soignantes de la clinique mutualiste, Anne-Sophie (30 ans) et Thelma (24 ans) n’ont pas hésité à mettre des couches pour pointer le manque de moyens de matériels, de personnel et de reconnaissance. On travaille dans l’humain mais nos conditions de travail ne sont pas humaines. On ne nous parle que de chiffres, de rendement… On fait partie de cette génération qui fuit les CDI (contrats à durée indéterminée) parce qu’on est mieux payé en CDD ».

Par conséquent, on ne prend pas de vacances, on assure des remplacements quand des collègues sont malades… On s’en sort grâce à ces à-côtés, mais c’est de la poudre aux yeux. Combien de temps tiendra-t-on ? Dans nos métiers, il n’y a plus de carrière longue. En moyenne, une infirmière travaille trois ans avant de changer de branche. On aime notre travail, mais on ne peut pas l’exercer dans des conditions acceptables.

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« Centres sociaux en danger »

Plusieurs salariés du centre social de Keryado ont pris part à la manifestation : Nous sommes une association, mais nous dépendons des finances publiques. On nous donne de mois en moins, tout en nous demandant de plus en plus. L’austérité à laquelle nous faisons face menace notre modèle. Les centres sociaux sont en danger. Or, nous jouons un rôle important dans de nombreux quartiers, en assurant la garde d’enfants, en faisant de l’accompagnement scolaire ou numérique, en donnant des cours de français, en permettant à des gens de partir en vacances… Un centre social, c’est un lieu de mixité, c’est du vivre-ensemble.

Source: https://www.ouest-france.fr/societe/manifestation/greve-du-5-novembre-ces-jeunes-nous-reveillent-la-cause-des-lyceens-en-tete-de-la-manifestation-de-lorient-a6f18e06-d92e-11f1-a1e1-ae8104d72c9a

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