
Les médecins libéraux entament une grève nationale de 10 jours dès le 5 janvier contre le PLFSS 2026. Une manifestation nationale aura lieu le 10 janvier à Paris. Témoignage du Dr Cyrille Venet, du CHU Grenoble/Voiron.
Par la rédaction d’IO.
Cyrille, ton syndicat a déposé un préavis de grève à partir du 5 janvier, en même temps que les organisations de médecins libéraux. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Oui, j’invite d’ailleurs chacun à consulter notre site SNMH-FO où nous expliquons pourquoi. Nous avions invité la docteure Sophie Bauer, présidente du syndicat des médecins libéraux, à notre assemblée générale le 13 décembre dernier. Nous avons constaté que nous avons les mêmes revendications et que nous partageons le même objectif de défendre le financement par la Sécurité sociale : nous prescrivons, elle rembourse. Nombreux sont les médecins à avoir une activité « libérale » et nombreux sont les médecins « libéraux » à avoir une activité hospitalière. Les patients utilisent les deux systèmes (hospitalier et médecine de cabinet abusivement appelée libérale) et les deux systèmes se complètent.
C’est une erreur de penser défendre la Sécu en fusionnant le tout en seul système. Lorsque l’un des deux est défaillant, selon les secteurs, selon les périodes, cela retentit immédiatement sur l’autre. Il y a une solidarité existentielle entre les deux modes d’exercice et ils sont parfaitement complémentaires. Nous considérons que la médecine est une et indivisible. J’irai même plus loin en affirmant que la coexistence de ces deux systèmes a permis jusqu’ici la préservation de l’essentiel de ce qu’est la Sécurité sociale.
La révolte des médecins « libéraux » pour la préservation de l’indépendance de leurs prescriptions est en lien direct avec la préservation de la Sécurité sociale. À partir du moment où le pouvoir administratif décide du nombre d’arrêt de travail que vous avez le droit de prescrire, de la durée de ces arrêts ou encore du périmètre d’un panier de soins, on bascule dans un nouveau système où le droit aux soins selon le besoin assuré par la perception d’une cotisation n’est plus respecté et se transforme en un droit variable aux soins selon les moyens consentis par l’État ou un autre payeur.
C’est en effet le médecin, qui, par sa prescription, est la porte d’entrée du système. C’est au médecin que le mouvement ouvrier donne la responsabilité de poser un diagnostic, d’établir les besoins d’examen, de traitement, d’arrêt maladie. Pour respecter le principe du chacun selon ses besoins, le médecin doit pouvoir décider en toute indépendance, sans craindre une sanction financière ou une mise sous tutelle. Qui remplacerait la décision médicale indépendante ? Des protocoles appliqués par des professions intermédiaires, soumises à des critères non médicaux ou à des algorithmes ?
Le mouvement ouvrier se doit donc de comprendre et porter les revendications des médecins pour cette raison, très concrète, de préservation de l’assurance maladie.
Avec une conscience plus ou moins nette, les médecins défendent comme nous le droit aux soins garanti pour tous par la Sécurité sociale qui rend possible leur exercice. Ils sont parfaitement conscients que le projet de loi de finance de la Sécurité sociale 2026, est le pire que la France ait connu depuis 1996 (date de publication des ordonnances illégales et illégitimes portant réforme de la Sécu).
L’hôpital est-il concerné ?
L’hôpital est directement concerné, l’augmentation de l’objectif national de 3 % est en réalité une baisse selon l’aveu de la conférence des directeurs généraux de CHU, leur capacité d’autofinancement sera réduite à néant, ils n’auront pas les moyens d’embaucher les personnels nécessaires. Il s’agit d’une seule et même question, c’est pourquoi le devoir des médecins est de s’unir contre cette politique. (Je te renvoie également au courrier, signé par des médecins de tous exercices enjoignant les députés à ne pas voter ce budget de restriction et de destruction.) Nous n’oublions pas que certains ont voté pour, d’autres contre et le pire selon nous étant ceux qui se sont abstenus par calcul pour permettre à cette loi de finance d’exister. Elle est contraire aux principes de la Sécu.
Que penses-tu de la question de la liberté d’installation ?
Sur cette question il faudrait développer pendant des heures. En tant que républicain il apparaît logique d’aspirer à une répartition homogène sur le territoire de l’accès aux soins. Il est donc évident que nous sommes pour une installation harmonieuse des médecins. Il est utile d’insister sur 4 points :
– L’usage du terme désert médical est impropre, il s’agit la plupart du temps de désert de tous les services publics. De plus à partir du moment où 86 % du territoire français est un désert médical en termes de médecine de cabinet, quel sens cela a-t-il d’essayer de corréler cette notion à des tentatives de régulation. Il s’agit de laisser accroire que les médecins s’installeraient tous dans les beaux quartiers, ce qui ne correspond pas à la réalité démographique.
– Le choix d’un lieu d’installation et des conditions d’exercice fait partie intégrante d’une liberté qu’il est indispensable de laisser au médecin. En effet l’exercice de la médecine est nécessairement consenti. Il ne peut être rendu sous un quelconque régime de coercition. Tous les médecins le comprennent dans leur for intérieur.
– Si vous voulez réellement augmenter la densité médicale, dans le Limousin ou la Beauce, augmentez donc les reçus à l’université respectivement à Limoges et à Orléans. Paris étant le plus grand désert médical, augmentons aussi le numerus clausus à Paris!
– La caporalisation et la fonctionnarisation sont contraires à l’article 5 du code de déontologie médicale. Cet article 5 est la clé de voûte des rapports entre la Sécurité sociale et le corps médical.
En conclusion encamisoler et contraindre la médecine ce n’est pas acceptable.
| « A partir du 5 janvier, la médecine libérale ne répond plus » Communiqué du 17 décembre 2025 des syndicats médicaux (Avenir Spé/Le Bloc, CSMF, FMF, MG France, SML, UFML, Jeunes Médecins, Médecins pour Demain, Anemf, Isnar-Img, Isni et ReAgjir) « La loi de finances de la Sécurité sociale 2026 acte un choix clair : celui d’étouffer la médecine libérale par des mesures répressives. Le gouvernement et certains parlementaires ont décidé : – d’ouvrir la voie à une baisse autoritaire des actes de la CCAM, – d’imposer des amendes massives aux médecins n’utilisant pas le DMP (Dossier médical partagé), – de pénaliser financièrement les consœurs, mères de famille, en cumul emploi-retraite – de restreindre toujours davantage la liberté de prescription, – de fragiliser tous les modes d’exercice… et, in fine, la santé des Français, – de réaliser une année blanche de la médecine générale sans aucune nouvelle installation avec la mise en place de la 4 ème année de médecine générale. Avec la PPL « lutte contre les fraudes », ils imposent les MSO (Mise sous objectifs)Avec les PPL Garot et Moullier, ils suppriment la liberté d’installation. Avec la mission sur la décentralisation, ils préparent une planification étatique de la santé, sans les médecins, sans les soignants, sans les usagers. à compter du 5 janvier 2026, la médecine libérale ne répond plus. Tous les syndicats médicaux appellent à un arrêt d’activité entre le 5 et 15 janvier. Tous les médecins, toutes générations confondues, manifesteront à Paris le samedi 10 janvier. Chers concitoyens, ces décisions vont aggraver davantage votre accès aux soins. Soyez en conscients et soutenez vos médecins. » |
| « Soutien aux médecins en grève. En défendant leurs patients, ils défendent la Sécurité sociale ! » Communiqué de la chambre syndicale des employés et cadres CGT-FO des organismes de Sécurité sociale et allocation familiales de la région Île-de-France, le 5 janvier 2026 « La chambre syndicale apporte son soutien plein et entier aux médecins en grève contre les mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026. En se mobilisant pour leurs revendications, les médecins se mobilisent pour continuer à soigner selon le principe de 1945 : recevoir en fonction de ses besoins. Ils ont raison ! Non content d’avoir mis à genoux les hôpitaux, de s’en prendre au transport sanitaire, ce gouvernement s’attaque maintenant à la médecine libérale ! En effet, pour restreindre l’accès aux arrêts maladie, aux ALD, pour entraver l’accès à l’hôpital, ce gouvernement entend sanctionner les médecins qui ne lui obéiraient pas. Voilà l’objectif de la destruction du service du contrôle médical : celui de mettre au pas le corps médical en remettant en cause leur liberté de prescription et leur dicter ce qu’ils doivent faire au risque de sanctions ! Force Ouvrière refuse que ce soit le budget qui détermine l’accès aux soins !La chambre syndicale FO des employés et cadres des organismes de Sécurité sociale et Allocations familiales Île-de-France est du côté des médecins qui en se battant pour leurs revendications défendent les assurés. Abrogation des LFSS. Retour du service du contrôle médical. » |
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Source: https://infos-ouvrieres.fr/
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/a-la-veille-de-la-manifestation-nationale-des-medecins-io-fr-9-01-26/
