A69 : les raisons d’une lutte qui va perdurer (reporterre-3/01/26)

Des arbres coupés sous surveillance policière pour faire place à l’A69, en septembre 2024. – © Antoine Berlioz / Reporterre

Si la justice administrative a décidé que le chantier de l’A69 pourrait se poursuivre en 2026, ses opposants ne baissent pas les bras. Reporterre rappelle leurs cinq principales raisons de lutter contre cette autoroute.

Par Louise Mohammedi

Ce projet est contesté depuis 2022 par de nombreux collectifs et associations avec des manifestations, grèves de la faim et de la soif, pétitions et recours en justice. Leur combat va continuer en 2026, puisque les militants ont annoncé un pourvoi en cassation. L’A69, devenue un symbole de la lutte écologiste en France, a été longuement relatée par Reporterre. Retour sur les 5 raisons pour lesquelles ce projet d’autoroute est aussi contesté.

1. L’A69 est une absurdité écologique

Plus de 1 500 scientifiques, dont Christophe Cassou, directeur de recherche du CNRS, et Valérie Masson-Delmote, directrice de recherche du CEA, qui ont décrié le projet de chantier de l’A69 dans une tribune publiée dans le Nouvel Obs en octobre 2023.

Sa construction occasionne des dommages écologiques importants. « 13 hectares de zones boisées sont voués à l’abattage, dont ce bel alignement de Vendine qui est remarquable », indiquait à Reporterre Thomas Brail en mars 2023, rappelant au passage que les arbres centenaires jouent un rôle important dans la séquestration du carbone.

Au total, 310 hectares seront artificialisés si le projet arrive à son terme. Pour tenter de les sauver, des « écureuils » — des militants qui grimpent et s’installent dans les arbres menacés d’abattage — ont créé des zad. Les derniers d’entre eux ont été expulsés en octobre 2024.

Les usines à bitume destinées à produire le goudron qui doit être coulé sur les 53 kilomètres entre Toulouse et Castres posent des risques pour la santé. Les opposants craignent que des particules toxiques s’échappent de leurs cheminées avec la vapeur d’eau, notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques dont certains sont classés cancérigènes par l’OMS. Ces usines risquent aussi de polluer les exploitations agricoles à proximité du chantier.

Fin novembre, la cellule d’investigation de Radio France a constaté que plus de 40 hectares de terres ne figuraient pas dans le périmètre autorisé par le dossier d’autorisation environnementale, et seraient utilisés illégalement par le concessionnaire.

2. Un projet antisocial

Depuis le début des travaux de l’A69, de nombreux agriculteurs ont vu leurs terrains scindés en deux. D’autres se sont fait exproprier, tout comme certains habitants comme Alexandra, qui a été contrainte de céder son terrain où elle vivait depuis dix ans après de nombreuses négociations. En tout, 820 personnes ont été expropriées. Certains gardent des séquelles psychiques et financières, comme le racontait Reporterre en mars dernier.

Les bulldozers de l’A69 ont aussi enseveli le terrain du club de Football de Montcabrier, village à mi-chemin entre Toulouse et Castres. « Un précieux tissu social rompu », dénonçait Olivier Pech, le président du club. Parce que, dans la petite équipe, paysans, patrons, ouvriers et ingénieurs se côtoyaient.

3. Un chantier coûteux pour une autoroute chère

Le projet autoroutier est aussi un chantier qui coûte cher : 530 millions d’euros, dont 23 millions de subventions publiques. Un chiffre colossal pour une route qui ne sera utilisée que par 5 640 automobilistes par jour selon la Dréal.

Par ailleurs, pour faire le trajet avec l’A69, il faudra débourser 8,47 euros l’aller, et 17 euros l’aller-retour. Ce qui la place dans la catégorie des autoroutes les plus chères de France.

4. Un projet qui se construit dans la violence

Depuis le début du chantier, l’État a déployé un colossal arsenal répressif pour contrer l’opposition. En 2024, Reporterre estimait ce coût à 276 millions d’euros.

En août dernier, un rapport des Observatoires des pratiques policières (OPP) de Toulouse et du Tarn a rendu publique une analyse des opérations de police lors d’une mobilisation contre l’A69 qui s’est tenue du 4 au 6 juillet.

« Déluge de grenades », nombre de policiers disproportionné, opposants criminalisés… Les auteurs du rapport ont recensé plus de 120 tirs de grenades en 119 minutes, le 5 juillet, lorsque certains manifestants ont quitté le domaine privé du château pour essayer de s’introduire et de danser sur le chantier de l’autoroute.

Les gendarmes de la cellule nationale d’appui à la mobilité, qui a délogé les activistes occupant des arbres, ont été [mis en cause dans les chutes graves de militants.

Cinq écureuils ont été condamnés à 3 000 euros d’amendes avec sursis pour « opposition par violence ou voie de fait à l’exécution de travaux publics ou d’utilité public ». Accusée d’avoir incendié une pelleteuse, sur le chantier de l’A69, une militante trans a été emprisonnée quatre mois dans une prison pour hommes. Elle a témoigné de son itinéraire carcéral, empreint de transphobie à Reporterre en avril dernier.

Les pro-A69 ont lancé plusieurs offensives violentes contre les opposants. Dégradation de matériel agricole, intimidations, graffitis sur les maisons… Plusieurs personnes ont été directement visées.

Des milices privées de pro-A69 se sont aussi organisées contre les militants sur Facebook et TikTok. Derrière ces comptes, beaucoup d’hommes, dont des élus et ouvriers, affiliés à l’extrême droite qui appelaient à la violence, voire au meurtre d’après notre enquête de septembre 2024.

5. L’A69 a une alternative

Malgré les travaux et les arguments du concessionnaire, qui estime le chantier trop avancé pour l’annuler, il n’est pas trop tard pour faire machine arrière. Sur place, les travaux ne sont pas aussi avancés qu’annoncé publiquement. Le retard est visible, notamment sur les ouvrages d’art, encore loin d’être terminés.

Pour les opposants à l’A69, un autre projet est encore possible. Baptisé « Une autre voie », il se base sur trois voies de transports interconnectées et multimodales. Concrètement, la route nationale 126 serait réaménagée pour améliorer l’offre de transports en commun et le covoiturage, les lignes ferroviaires seraient renforcées, et une véloroute nationale de 87 kilomètres entre Toulouse et Mazamet serait créée.

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Source: https://reporterre.net/A69-les-raisons-d-une-lutte-qui-va-perdurer

URL de cet article: https://lherminerouge.fr/a69-les-raisons-dune-lutte-qui-va-perdurer-reporterre-3-01-26/

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