
Ils se sont associés pour le rapatrier en Bretagne. Ces chercheurs ont acquis, pour plus de 300 000 euros, un objet historique à haute valeur aussi bien patrimoniale que culturelle : un manuscrit breton du XIe siècle.
La confirmation est tombée en fin d’après-midi, ce mardi 11 juin, quelques heures seulement après le passage du lot n° 8, lors d’une vente aux enchères de la maison Christie’s, à Londres. « Nous sommes bien les acquéreurs », confirme, dans un sourire, Julien Bachelier. Professeur agrégé en histoire à l’Université de Bretagne occidentale (UBO) et spécialiste de la période du Moyen Âge, le chercheur au laboratoire du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) s’est associé à d’autres collègues de la région pour rapatrier, en Bretagne, un manuscrit daté de la seconde moitié du XIe siècle. Grâce au soutien financier de la bibliothèque des Champs libres de Rennes et de la médiathèque de Quimper, mais aussi au conseil départemental du Finistère et à la Ville de Quimper, ils ont ainsi pu, in extremis, formuler une offre pour acquérir le précieux sésame.
Propriété d’un collectionneur norvégien
La découverte de ce manuscrit ne remonte pourtant qu’à deux ans pour ces chercheurs bretons. « C’est un archiviste qui en a retrouvé trace en 2022. Alors l’un de mes collègues s’est rendu jusqu’en Norvège, dans un village à une quarantaine de kilomètres d’Oslo, pour le consulter », remonte Julien Bachelier. Le manuscrit est alors la propriété d’un homme d’affaires, Martin Schøyen, qui dispose d’une collection remarquable de manuscrits. « Il a été possible de prendre des notes à partir du manuscrit mais évidemment pas de photos », explique le professeur quimpérois.
L’objet ressemble à « un gros livre de poche » de 21 centimètres par 13. Il comporte 88 folios en latin sur un support de luxe : de la peau de vélin. « Son état de conservation est assez remarquable », relève Vincent Belloy. « Grâce, notamment, à la qualité très importante des encres, il se tient vraiment bien en mains », ajoute le spécialiste du département Livres et manuscrits chez Christie’s.
Mais le caractère exceptionnel du manuscrit tient en son texte : un commentaire de l’Évangile par Bède, dit le Vénérable, qui remonterait au VIIIe siècle. Des premiers éléments remontés, il serait très vraisemblable que les religieuses de l’abbaye Notre-Dame de Locmaria, à Quimper, aient demandé une copie de ce texte à celle de Landévennec, entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe. « Il y a une mention faite à Notre-Dame de Locmaria. Ce pourrait être l’une des plus anciennes jamais retrouvée, assure Julien Bachelier. On a également la confirmation d’à quel point les monastères féminins avaient un haut niveau d’éducation et étaient déjà à la pointe de l’érudition religieuse. »
277 200 livres, frais compris !
Quand ils ont appris, il y a à peine un mois, que ce manuscrit faisait partie des pièces de la collection Schøyen mises aux enchères, le collectif s’est rapidement mis en branle pour trouver des fonds. Malgré le délai extrêmement restreint, ils ont tout de même pu formuler un ordre d’achat en amont de la vente de l’ordre. Et ont raflé la mise pour la somme précise de 277 200 livres avec les frais, soit 328 590 euros. La fourchette basse de l’estimation. Ravi, Julien Bachelier ne sait pas encore où sera entreposé le manuscrit. Probablement entre Quimper et Rennes. Une chose est sûre, cette pièce d’histoire reviendra bien en Bretagne.
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