
Les manifestations agricoles se multiplient à travers la France pour contester la politique d’abattage total systématique menée par le gouvernement face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Les réponses pour tout comprendre.
Par Sophie CHAPELLE.
Que réclament les agricultrices et agriculteurs sur les points de blocage ?
Qu’est-ce que la dermatose nodulaire contagieuse, ou DNC ?
Pourquoi abattre tout le troupeau si un seul cas est détecté ?
Que se passe t-il dans les fermes ayant accepté un abattage total ?
Que se passe-t-il si les éleveurs refusent l’abattage ?
En quoi le « statut indemne » est-il au cœur du problème ?
Pourquoi le gouvernement refuse-t-il d’élargir la vaccination ?
Des pays européens acceptent-ils d’importer des animaux vaccinés contre la DNC ?
Où en est la circulation de la DNC en France ?
Existe-t-il des stratégies sanitaires alternatives à l’abattage ?
À quoi faut-il s’attendre dans les prochains jours ?
Que réclament les agricultrices et agriculteurs sur les points de blocage ?
« On poursuit les blocages. On attend d’Annie Genevard [ministre de l’Agriculture, ndlr] qu’elle stoppe l’abattage total. Sinon, on reste », assure Laurence Marandola, paysanne en Ariège, qui participe à un blocage routier à Tarascon-sur-Ariège, pour empêcher l’accès à Andorre et à l’Espagne. « Madame la Ministre a parlé de « guerre sanitaire », alors qu’il s’agit clairement d’une guerre contre les agriculteurs », écrit la Coordination rurale, qui multiplie les appels à se mobiliser.
Depuis le 12 décembre, les manifestations agricoles essaiment à travers la France. Elles dénoncent la politique sanitaire menée par le gouvernement pour « éradiquer » la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

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Qu’est-ce que la dermatose nodulaire contagieuse, ou DNC ?
La dermatose nodulaire contagieuse, DNC, est une maladie strictement animale, et virale. La DNC se transmet entre bovins par les mouvements d’animaux infectés ou via des insectes « vecteurs » (taons et mouches piqueuses, ou stomoxes). Cette maladie n’est pas transmissible à l’être humain, même en cas de contact avec des bovins infectés ou par piqûre d’insecte. Les produits issus de ces animaux (viande, lait, fromage) restent consommables. Le taux de mortalité des bovins infectés se situe entre 5 et 10 % dans un troupeau. Le taux de morbidité, c’est-à-dire le nombre d’animaux malades après le passage du virus, se situe plutôt entre 45 et 50 %.
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Pourquoi abattre tout le troupeau si un seul cas est détecté ?
Le gouvernement insiste sur le fait que « cette maladie virale fortement préjudiciable à la santé des bovins (allant potentiellement jusqu’au décès) conduit à des pertes de production importantes du cheptel infecté ». La DNC est classée en droit européen comme maladie de « catégorie A », c’est-à-dire qui n’est « habituellement pas présente dans l’Union et à l’égard de laquelle des mesures d’éradication immédiates doivent être prises aussitôt qu’elles sont détectées ». La grippe aviaire (influenza aviaire hautement pathogène) ou la peste porcine africaine sont aussi classées en catégorie A.
En raison de ce classement, l’État français impose l’abattage total de l’ensemble du troupeau dès la confirmation du premier bovin infecté par la DNC. C’est ce qui conduit des syndicats comme la Confédération paysanne à réclamer « le déclassement européen de la DNC ».
Pour les maladies de catégorie B comme la tuberculose bovine, le règlement européen impose aux États membres d’abattre les seuls « animaux reconnus en tant que cas confirmés et, si nécessaire, les cas suspects ». Le déclassement de la DNC permettrait donc de sortir de l’abattage systématique des troupeaux.
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Que se passe t-il dans les fermes ayant accepté un abattage total ?
Depuis l’apparition du premier foyer de DNC le 29 juin, près de six millions d’euros ont déjà été versés aux éleveurs pour les accompagner dans cette crise, indique le ministère de l’Agriculture. Des indemnités sont accordées pour chaque animal (2100 euros pour une vache laitière, par exemple) suivi d’un complément, variable selon l’expertise.
Le chiffrage des pertes d’exploitation n’est pas immédiat. Beaucoup d’administratif incombe aux éleveuses et éleveurs touchés. Selon les races, il est plus ou moins possible de racheter des animaux. Il n’existe ainsi pas de pénurie sur les vaches montbéliardes. En revanche, des races rustiques à faible effectif sont menacées de disparaitre. Sur les 20 000 vaches Gasconne des Pyrénées par exemple, 17 000 sont aujourd’hui en zone réglementée.
« Ce que ne saisit pas la froide logique bureaucratique, c’est qu’un troupeau n’est pas « substituable » : la perte n’est pas seulement celle d’un outil productif qu’on pourrait remplacer une fois le foyer « éteint », expliquent des éleveuses et éleveurs de la coordination agricole des Soulèvements de la Terre dans un communiqué. Le troupeau et sa lente sélection, construction, sur plusieurs générations, est ce qui fait la singularité quasi artisanale du métier d’éleveur, que rien ne viendra remplacer. La destruction intégrale d’un troupeau est l’anéantissement des décennies de travail paysan et de compagnonnage sensible avec ses bêtes. »
Un accompagnement psychologique est proposé par la Mutualité sociale agricole (MSA) aux éleveuses et éleveurs concernés par les abattages. Certaines fermes touchées ont décidé de cesser l’activité.
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Que se passe-t-il si les éleveurs refusent l’abattage ?
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Les éleveurs chez lesquels un cas de DNC est suspecté sont menacés de 5000 euros d’amende jour en cas de refus d’abattage total. Certains évoquent aussi des menaces de suppression des subventions. Pierre-Jean Duchêne, qui avait appelé à se mobiliser devant sa ferme en Savoie, indique avoir été convoqué à la gendarmerie d’Aix-les-Bains dans les jours qui ont suivi : « on m’a auditionné deux heures, pris les empreintes, pris en photo contre le mur, de profil, de face, comme un délinquant, pour entrave à la fonction des agents de protection des populations et pour non respect d’une mesure sanitaire sur maladie réglementée. On m’a dit que j’encourais six mois de prison et 15 000 euros d’amende ».
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En quoi le « statut indemne » est-il au cœur du problème ?
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C’est ce statut qui conditionne le commerce des animaux et de leurs produits, lait et viande, au niveau européen et international. Toutes les zones placées actuellement en « zone réglementée », c’est-à-dire touchée par la DNC, perdent ce statut, et ne peuvent donc plus exporter.
Pour les autorités, soutenues dans leur stratégie d’abattage total par la FNSEA, il s’agit de circonscrire la maladie pour épargner les cheptels voisins non contaminés, mais aussi pour ne pas condamner les filières bovines et laitières largement exportatrices. L’enjeu est de préserver l’export à l’international.
« C’est une maladie des politiques agricoles, analyse Stéphane Galais, co-porte-parole de la Confédération paysanne. Celles et ceux qui ont mis une vie à constituer un troupeau, dans le souci de faire une alimentation de qualité, doivent sacrifier leurs vaches et leur travail sur l’autel de l’export. »
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Pourquoi le gouvernement refuse-t-il d’élargir la vaccination ?
La zone de vaccination était jusqu’à présent de 50 kilomètres autour d’un foyer de DNC. Dans les zones qui ne sont pas concernées par la DNC, les éleveurs ne peuvent pas avoir accès au vaccin pour leurs animaux. Ils aspirent pourtant à protéger les élevages pour cet hiver, mais surtout en prévision de la probable nouvelle émergence du virus au printemps.
La Confédération paysanne réclame depuis plusieurs semaines une vaccination élargie dans les régions voisines des foyers, pour l’instant indemnes. La Coordination rurale plaide, elle, pour la généralisation de la vaccination sur tout le territoire français.
Le gouvernement français s’y est refusé jusqu’à maintenant, soutenu par la FNSEA. Lorsqu’une campagne vaccinale est lancée dans une zone, la réglementation européenne interdit les mouvements d’animaux et restreint les ventes de bétail jusqu’à quatorze mois. Le ministère de l’Agriculture a toutefois infléchi sa position : le 12 décembre, il a instauré une zone vaccinale couvrant les départements de l’Aude, de la Haute-Garonne, du Gers et des Pyrénées-Atlantiques.
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Des pays européens acceptent-ils d’importer des animaux vaccinés contre la DNC ?
À l’heure actuelle, en Europe, deux pays ont marqué leur accord pour recevoir, sous conditions (comme un examen clinique et une absence de foyer depuis au moins trois mois dans les 20 kilomètres autour de la ferme d’origine), des bovins depuis une zone où les bêtes ont été vaccinées contre la DNC : l’Italie et la Suisse.
Les exportations françaises de bovins ont repris depuis le 8 décembre vers ces deux destinations. La Confédération paysanne demande que soient négociés d’autres accords bilatéraux avec les pays importateurs.
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Où en est la circulation de la DNC en France ?
Depuis le début de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, en juin 2025, plus de 3000 animaux ont été euthanasiés en France. Entre le 29 juin et le 14 décembre, 113 foyers ont été détectés dans onze départements : Savoie, Haute-Savoie, Ain, Rhône, Jura, Pyrénées-Orientales, Doubs, Ariège, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Aude.
De nouveaux foyers ont été confirmés ces derniers jours dans le Sud-Ouest. Jeudi 11 décembre, plus de 600 personnes se sont mobilisées pour bloquer l’abattage d’un troupeau de 208 vaches sur une ferme située aux Bordes-sur-Arize, en Ariège.

« Ce cas de DNC est apparu à une centaine de kilomètres de la zone réglementée, c’est la preuve de l’inefficacité de cette politique sanitaire basée sur l’abattage total et une vaccination restreinte, interpelle la Confédération paysanne. Comment la ministre peut encore aujourd’hui prétendre que la maladie est sous contrôle ? » demande le syndicat. Le ministère de l’Agriculture reconnaît dans un communiqué du 12 décembre une « dégradation soudaine de la situation sanitaire » avec une situation « préoccupante en Occitanie ».
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Existe-t-il des stratégies sanitaires alternatives à l’abattage ?

À la suite du cas détecté en Ariège, l’ensemble des syndicats agricoles locaux ainsi que les chambres d’agriculture des deux départements d’Ariège et de Haute-Garonne s’étaient mis d’accord sur un nouveau protocole sanitaire, rapidement proposé à l’État. Ce protocole avait pour but de suspendre l’abattage total et d’engager un protocole expérimental comprenant notamment une surveillance renforcée, un abattage ciblé des seuls animaux positifs à la DNC ainsi que l’élargissement de la vaccination. Ce protocole a été rejeté par le gouvernement le 11 décembre.
Quelques jours plus tôt, sur la ferme des Lhomme, dans le Doubs, les forces de l’ordre avaient déjà été envoyées pour déloger les agricultrices et agriculteurs, et abattre le troupeau. « On dénonce ces méthodes, parce qu’elles ajoutent de la violence à la souffrance », explique la Confédération paysanne.
Dans une étude de 2016 réalisée après l’apparition de la DNC dans les Balkans, l’Autorité européenne de sécurité des aliments estimait que la vaccination étendue, couplée aux restrictions de déplacement, était le principal levier permettant de freiner, puis de stopper la maladie.
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À quoi faut-il s’attendre dans les prochains jours ?
Cas après cas, les mobilisations contre l’abattage total prennent de l’ampleur. « Le bras de fer avec la ministre de l’Agriculture a bien été lancé et va s’intensifier dans les prochains jours avec les prochaines mobilisations et les blocages, avertit la Confédération paysanne. Vu le développement de la maladie et l’ampleur des mobilisations, il n’y aura pas d’autre issue que l’arrêt de l’abattage total. »
Les éleveurs et éleveuses de la coordination agricole des Soulèvements de la Terre appellent également « à rejoindre les blocages organisés partout à travers le pays ». Ces mobilisations interviennent alors que le Conseil européen pourrait voter en faveur de l’accord UE-Mercosur ce jeudi 18 décembre.
Interrogée sur France 2 lundi 15 décembre, Annie Genevard indique que « la discussion est ouverte » sur une éventuelle suspension des abattages systématiques des troupeaux de bovins touchés par la DNC.
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Source: https://basta.media/Dermatose-nodulaire-comprendre-la-crise-agricole-en-dix-points
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/dermatose-nodulaire-comprendre-la-crise-agricole-en-dix-points-basta-16-12-25/
