
© Jean Pierre Nguyen Van Hai Barbier/ABACAPRESS.COM Résolution :
À l’initiative de la CGT, une grande soirée festive de soutien à l’audiovisuel public s’est tenue lundi 31 mars au soir à la Bourse du travail à Paris. Un moment important pour faire le point sur les graves conséquences de la réforme de holding voulue par Rachida Dati.
Par Scarlett BAIN.
Ce mardi 1er avril, les salariés du groupe de France Télévisions et Radio France entament leur deuxième jour de grève. Et la soirée initiée par la CGT lundi soir a permis aux grévistes de retrouver de l’élan et de s’armer d’arguments. Durant trois heures, syndicalistes, salariés précaires, politiques, chercheurs et personnalités publiques se sont succédé sur scène pour dire non à la réforme de l’audiovisuel public. Plus que jamais dans la salle, où une centaine de personnes s’est agglutinée, on a senti le moment décisif à la croisée des chemins. Car si la proposition de loi élaborée par le sénateur (UDI) Laurent Lafon, et soutenue par la ministre de la Culture Rachida Dati, venait à passer à l’Assemblée nationale, la nature des instances de l’audiovisuel public serait radicalement transformée et profondément affaiblie.
Un « projet idéologique dangereux pour la démocratie »
L’ambiance était bon enfant avec des intermèdes musicaux proposés par des artistes venus soutenir les grévistes, à l’instar d’Emily Loizeau et de Sarah Nkaké, qui ont chanté leur solidarité a cappella devant un public conquis, et alors que la teneur des propos échangés portait tous la marque de la gravité du moment. La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a ainsi démonté un à un les arguments de la ministre de la Culture, la jugeant totalement « hors sujet » et « hors sol ». Elle a insisté sur la qualité des services existants et leurs « audiences records », mais aussi sur le coût économique et humain qu’engendrera cette réforme.
À l’inverse, Rachida Dati persiste et signe dans un entretien donné dimanche au Parisien arguant qu’il sera de zéro. « Soit la ministre ment, soit l’objectif est bien celui de réaliser des économies comme cela a été le cas avec la fusion déjà opérée de France 2 et France 3 », a tancé Sophie Binet. « L’objectif pur et simple qui se cache derrière ce projet de holding est la destruction du service public. »
Sur ce point l’économiste Julia Cagé a étayé la démonstration, accompagnée par la sénatrice PS Sylvie Robert et le député LFI Éric Coquerel : tous estiment que derrière cette réforme, il existe un « projet idéologique dangereux pour la démocratie », à l’heure où nous assistons à la bollorisation des médias et à une trumpisation des esprits. L’historien des médias Alexis Levrier, dans une vidéo de soutien aux grévistes, parle à ce titre « d’une attaque organisée par Emmanuel Macron, qui s’inscrit sur le temps long de son règne jupitérien ».
Il estime que cette « réforme est anachronique dans le contexte de guerre informationnelle que nous vivons. Or, dans ce moment où les démocraties libérales sont attaquées, elles ont plus que jamais besoin d’un audiovisuel fort, indépendant et autonome ». Selon le chercheur, « cette holding aura l’effet inverse et bénéficiera à un seul vainqueur : l’extrême droite. Car elle prépare la prise en main de la holding par ce nouveau pouvoir : l’extrême droite, si elle dit vouloir privatiser l’audiovisuel public, en réalité on le constate partout, elle le conserve et établi sur lui sa tutelle pour servir ces intérêts ».
Un autre moment fort de cette soirée a été la prise de parole des précaires des différentes structures de l’audiovisuel public : correspondants à l’étranger, pigistes, salariés dans les radios locales Ici (anciennement France Bleu), et prestataires. Ils ont témoigné avec force et émotions de leurs conditions de travail : déjà gravement dégradés, la reforme viendra affaiblir encore davantage leurs moyens de production et signerait la perte d’autonomie des journalistes et un affaiblissement du pluralisme.
La proposition de loi de portée par Laurent Lafon doit être étudiée en début d’après midi en commission à l’Assemblée nationale, avant d’être mise à l’ordre du jour probablement le 10 avril prochain. Un rassemblement est prévu ce jour à 14 heures près du Palais Bourbon.
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