
Par Isabelle LABARRE
Pour commémorer le centenaire de l’immigration polonaise dans la région nantaise, une exposition retrace, à partir de samedi 26 août, à la Tour à plomb, à Couëron, le destin de cette communauté née dans l’entre-deux-guerres.
C’est un vieux livret de famille dont le papier jauni est griffé des pleins et déliés d’une écriture fragile. Le document date de 1925 et inscrit dans le marbre le mariage de Joseph Jaworski, manœuvre aux forges de Basse-Indre, et Victoire Szydlak, sans profession, le 19 octobre de cette année-là. L’homme qui le feuillette avec émotion est Olivier Jaworski, leur petit-fils et président de l’association Czesc Nantes-Pologne. Du parcours de son aïeule avant le jour des noces, il sait peu de choses. Mais se promet de consulter bientôt les « fiches d’arrivée » de ses ancêtres dans les archives de la mairie de Couëron.
À l’image de ces mariés de l’entre-deux-guerres, des centaines de Polonais sont arrivés au début des années 1920 dans la région nantaise, plus précisément à Couëron. L’hécatombe de 1914-1918 avait poussé la France à recruter de la main-d’œuvre étrangère pour faire tourner les mines du Nord et les usines métallurgiques. « Ces hommes sont partis de leur campagne, autour de Varsovie ou Poznan, sont arrivés en gare de Toul sans connaître le français, et ont été dispatchés vers les usines sidérurgiques ou les exploitations agricoles », raconte Olivier Jaworski.
Une paroisse, un groupe folklorique, une école
Plus de 1 200 Polonais seront embauchés aux forges de Basse-Indre, principalement hébergés à Couëron, où l’entreprise construit les maisons de pierre de la cité du Bossis. L’arrivée de Polonais (847 habitants recensés en 1934), mais aussi d’Espagnols, d’Italiens, de Russes, etc., fait grossir la petite ville devenue cosmopolite. « Les Polonais ont un peu vécu en vase clos, fidèles à leur culture », souligne Guy Chabior, dont les parents polonais, père ouvrier des forges et mère employée dans une ferme de Normandie, se sont mariés en 1938. « Les familles ont créé une paroisse polonaise, perpétué leurs fêtes religieuses, un groupe folklorique, une école polonaise fréquentée par les enfants le soir et le jeudi. »
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a fixé les familles en France. La paroisse existe toujours, autour de l’église Notre-Dame-de-Miséricorde, où officie un prêtre polonais. Combien sont aujourd’hui les descendants de ces immigrés ? « Difficile à dire tant les familles se sont intégrées et disséminées dans la région, entre Nantes et Saint-Nazaire, répond Olivier Jaworski. Chaque année, on découvre de nouvelles personnes. »
Du samedi 26 août au mercredi 6 septembre, expo Polonia, 100 ans de présence polonaise à Couëron et la région nantaise, de 10 h à 19 h, espace de la Tour à plomb, à Couëron. Et aussi : exposition de peintres polonais et couëronnais, vente du timbre du centenaire de l’immigration polonaise, conférences, balade littéraire en français et polonais le 10 septembre, etc. Programme sur www.ville-coueron.fr
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