Condamnée pour non-représentation d’enfant, l’Angevine Caroline Gendron raconte son combat judiciaire pour obtenir la garde de sa fille alors qu’une plainte pour inceste visant le père, installé à Rennes, est en cours d’instruction.
Caroline Gendron est-elle victime du syndrome d’aliénation parentale ? Autrement dit, est-elle considérée par la justice comme une mère présumée coupable
d’avoir dénoncé intentionnellement des violences sexuelles sur sa fille par son ex-mari dans un contexte de séparation ?
J’ai honte d’être Française. J’ai la sensation de ne jamais avoir été écoutée. Jamais la justice n’a entendu ma fille. Il faut être armée pour encaisser ça. Je lui ai promis de ne jamais lâcher
, assure l’Angevine âgée de 38 ans.
Son témoignage édifiant a été révélé par nos confrères du JDD le 28 mai. L’histoire commence sur un plan d’eau en 2013. Lors d’une session de sport nautique, Caroline rencontre son futur compagnon. Elle tient un salon de coiffure dans l’agglomération angevine. Lui travaille dans l’immobilier.
Très rapidement, le couple s’installe et donne naissance à Emmy le 23 février 2014. Deux ans plus tard, c’est la séparation. Le début d’une descente aux enfers
selon Caroline. Le juge aux affaires familiales (JAF) fixe une résidence alternée. L’enfant vit une semaine sur deux chez l’un et l’autre dans l’agglomération angevine. Elle est scolarisée dans deux écoles différentes.
Un monde qui s’écroule
En 2018, des plaques d’eczéma, aphtes et infections urinaires apparaissent sur Emmy. Un soir, la petite fille alors âgée de 4 ans confie à sa mère que son père lui touche la zézette
dans la douche et le lit. J’ai senti le monde s’écrouler
, raconte Caroline. Paniquée, elle lance à sa fille : C’est tellement grave que papa peut aller en prison, tu le sais ?
Rétrospectivement, Caroline s’en veut. Un pédopsychiatre m’a dit que j’ai verrouillé la parole de ma fille.
Une première plainte pour agression sexuelle est déposée en septembre 2018 à la gendarmerie. Le père dément. La petite ne voudra jamais parler aux enquêteurs. Un examen médical conclut à une absence totale de lésion gynécologique
. Plainte classée.
Un an plus tard, alors qu’elle conduit la voiture, Caroline est interpellée par Emmy sur son siège : Papa, il a recommencé.
Freinage d’urgence. Arrêt sur le bas-côté. Elle m’a montré avec les mains ce que lui faisait son père.
Retour à la gendarmerie, nouveau passage devant les experts. Encore une fois, l’infraction est insuffisamment caractérisée
. Plainte classée.
Des fausses dénonciations extrêmement rares
Un sentiment d’injustice monte en Caroline. Elle n’est pas seule. Plusieurs professionnels, cités anonymement par le JDD, agitent le spectre du tabou de l’inceste et d’une erreur judiciaire. Plutôt que d’admettre les déviances d’un parent, surtout s’il a de l’influence, la justice préfère conscientiser quelque chose de plus acceptable, soit le comportement de l’ex-conjointe, qui en ferait trop
, analyse un psychologue.
Dans un rapport publié en 2021, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) rappelle l’extrême marginalité
des fausses dénonciations qui concernerait 2 % des dossiers de maltraitance sur enfants.
Pour protéger sa fille
, Caroline Gendron ne respectera pas la garde alternée dès la fin 2018. Sa fille rate l’école une semaine sur deux. Madame Gendron a fait l’objet de plusieurs plaintes pour non-représentation d’enfant. Plaintes qui ont été classées sans suite dès lors que le parquet prenait en compte l’existence d’une enquête en cours
, précise au Courrier de l’Ouest Éric Bouillard, procureur de la République d’Angers.
Une information judiciaire en cours
Le 4 juin 2020, le père de l’enfant la cite devant le tribunal correctionnel pour non-représentation d’enfant. La mère sera condamnée à une peine de prison avec sursis. La petite est confiée à son père. Le JAF et le juge des enfants accordent à la mère un droit de visite encadré. Je me suis sentie humiliée, on m’a traitée comme une folle. J’ai failli perdre mes droits
, souffle Caroline. Elle a eu droit à une expertise qui démontre qu’elle n’est pas folle
, précise son avocate Me Amara-Lebret. Caroline se bat pour retrouver la garde de sa fille. À la faveur d’un signalement émis par une équipe éducative, la cour d’appel d’Angers a finalement autorisé la réouverture des débats le 14 juin dernier. La juridiction n’a pas encore tranché. Une nouvelle date de délibéré doit être fixée.
Sur le plan judiciaire, un autre combat est en cours. Le 12 mai 2020, la mère d’Emmy a déposé une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction. Une information judiciaire a été ouverte le 7 juillet 2020. L’instruction est toujours en cours et nous ne pouvons présumer de son issue. Aucune anomalie mentale n’a été relevée chez le père qui montre une attitude plutôt adaptée dans le cadre du suivi de son enfant
, indique le parquet d’Angers.
À ce stade, le père d’Emmy n’a pas été mis en examen. Fin 2022, il a quitté le Maine-et-Loire pour s’installer à Rennes avec sa fille. Sollicité par le biais de son avocate, ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions. Mon client indique que l’instruction touche à sa fin et qu’il a le statut de témoin assisté
, précise son conseil.
———————————————————–
160 000 enfants victimes d’inceste chaque année
Selon la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), 160 000 enfants subiraient des violences sexuelles chaque année en France. Fondée en 2021, la CIIVISE estime que près de 22 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles commises par leur père. Pourtant, en 2020, seules 1 697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux sur mineur ou pour agression sexuelle sur mineur, quel que soit le lien de parenté avec la victime.
Le 7 juin au Conseil des ministres, Charlotte Caubel, secrétaire d’État chargée de l’Enfance, a présenté un nouveau plan de lutte contre les violences faites aux enfants. Plusieurs mesures y ont été annoncées telles qu’une formation au repérage des violences et une plate-forme téléphonique pour accompagner les acteurs de l’enfance issus des milieux médical, enseignant et de l’animation, la diffusion d’une campagne de sensibilisation.
Auteur : Franck DE BRITO
Source : https://www.ouest-france.fr/faits-divers/violence-sexuelle/jai-honte-detre-francaise-le-calvaire-judiciaire-dune-maman-angevine-1f7d8492-011f-11ee-a1ce-7e6a0e61733b
URL de cet article : « J’ai honte d’être Française » : le calvaire judiciaire d’une maman pour la garde de sa fille. ( OF.fr – 16/06/23 ) – L’Hermine Rouge (lherminerouge.fr)