Le Billet d’humeur de la semaine de Christophe Prudhomme. ( FB – 15/08/22 ) 

Un SDF nommé Sylvain

Il y a quelques jours, la police était présente dans l’impasse derrière notre immeuble du fait du décès de Sylvain, un SDF que nous connaissions depuis pas mal de temps. En effet, l’arrière du bâtiment offrait l’abri d’un auvent protecteur où Sylvain avait élu domicile il y a plusieurs années. Au départ, nous pensions que comme d’autres sans abri, il resterait là quelques jours mais finalement le calme de l’endroit et l’accord tacite des habitants l’avait incité à rester. Généralement affable et de contact facile, il était pris régulièrement d’accès de délire paranoïaque, centré sur un frère qui selon lui voulait le tuer. Peu loquace sur son parcours et les causes de sa situation, il évoquait uniquement une agression ayant nécessité une opération à la tête dont il montrait la cicatrice. Il était alors très volubile, avec une agressivité indifférenciée, en voulant à la terre entière qui ne faisait rien pour l’aider, en particulier pour le protéger contre ce frère soi-disant à sa recherche pour se débarrasser de lui. Quand on évoquait avec lui en lien avec les travailleurs sociaux de la maraude la recherche d’un hébergement et d’une prise en charge médicale, son refus était catégorique craignant d’être alors « repéré et liquidé ». Une autre caractéristique de Sylvain était sa propension à stocker dans son petit coin tout ce qu’il trouvait sur la voie publique et qu’il considérait comme intéressant. Malgré nos demandes, il refusait de s’en séparer. C’est ce qu’on appelle un syndrome de Diogène, autre caractéristique de sa personnalité, qui confirme les tristes statistiques indiquant que près de la moitié des gens à la rue présentent des troubles psychiatriques qui sont une des principales causes de leur situation. L’état de dégradation de la psychiatrie publique a comme conséquence une absence de prise en charge et de suivi de très nombreux patients, en particulier les plus fragiles socialement, qui se retrouvent à la rue ou en prison. Sylvain en est un exemple typique. Chaque cas est bien entendu particulier, mais il existe une constante que nous répètent les travailleurs sociaux. Quand une personne se retrouve à la rue, ce qui peut arriver brutalement à la suite par exemple de la perte d’un emploi ou d’un logement, si une prise en charge ne permet pas d’en sortir dans les 6 premiers mois, il est ensuite très difficile d’agir avec succès. C’est sûrement ce qui est arrivé à Sylvain. Un homme attachant que l’on retrouvait souvent le soir en train de lire les livres qu’il avait récupérés ou qui le matin balayait la rue autour de son « chez lui ». Il devait avoir la cinquantaine. Il portait les traces d’une plaie récente au niveau du crâne. Conséquence d’une chute ou d’une agression ? L’enquête de police est une cours mais elle sera sûrement infructueuse. Cette indifférence et ce rejet de notre société des plus précaires sont le reflet du recul des valeurs collectives et de solidarité qui ne devraient jamais être oubliées, car chacun d’entre nous peut se trouver un jour en difficulté et en avoir besoin.

Dr Christophe Prudhomme

Source photo : UN SDF NOMMÉ SYLVAIN – Le Billet d’humeur du Docteur Christophe Prudhomme – Commun COMMUNE [le blog d’El Diablo]

Source : Christophe Prudhomme | Facebook

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