« Le chaos dû à la neige » : conséquences des milliards de coupes budgétaires (IO.fr-8/01/26)

Sur le périphérique… 1 000 km de bouchons cumulés en Ile-de-France, le 5 janvier 2026.

L’épisode neigeux que nous sommes en train de vivre n’a rien d’exceptionnel et pourtant il engendre une paralysie de régions entières. Les services publics ont fondu comme neige au soleil.

Par Jo CALATHEA

Ce matin, 6 janvier, on pouvait lire dans la presse : « Cinq morts sur les routes, bouchons record, transports perturbés : le chaos dû à la neige était-il évitable ? » (Sud-Ouest), « Neige-verglas : la pagaille va continuer mercredi » (BFM). Et des centaines de témoignages comme celui de Maximilien, commercial dans l’Essonne, qui a mis « 5 heures pour faire 43 km » pour rentrer chez lui : « On est la risée du monde entier avec 10 cm de neige, c’est inadmissible. Dans un pays développé où l’on passe notre temps à donner des leçons aux autres, c’est ridicule ».

E n effet, lundi soir, nombre d’automobilistes ont été bloqués sur les routes (1 000 km d’embouteillages rien qu’en Île-de-France !), tandis que la circulation des bus a été suspendue dans l’après-midi et celle des métros et RER fortement perturbée. En une soirée, cinq personnes sont mortes en France à la suite d’accidents de la route liés au verglas.

Dans les établissements scolaires, des milliers d’élèves ont été privés de cours dès la rentrée en raison de problèmes techniques liés au froid. Pour exemple, le syndicat FO de Charentes décrit la situation de plusieurs collèges et lycées charentais où il faisait 9 degrés dans les classes, où plus de 800 élèves ont été renvoyés chez eux en raison de canalisations endommagées, pannes de chauffage, inondations dues à des ruptures de canalisation, coupures d’électricité, etc.

Dans l’après-midi, sur ordre des directions académiques en raison de la neige qui commençait à s’accumuler sur les routes, de nombreux établissements ont fermé leurs portes… Trop tard puisque les transports scolaires étaient déjà interrompus sur ordre des préfectures. Conséquence de la décentralisation, des milliers de jeunes se sont retrouvés à attendre leurs parents dans le froid ou à rentrer à pied dans la neige, prenant des risques comme tous les autres piétons puisque, dans de nombreuses villes, les agents n’ont pas eu les moyens de saler les routes et les trottoirs, faute de personnels ou de matériel adéquat (voir article ci-dessous).

Et la neige a également entraîné mardi la fermeture de six aéroports dans l’ouest et le nord du pays et des coupures de courant pour des milliers de foyers (« Environ 8 000 foyers sont privés d’électricité dans les Pays de la Loire et 5 000 en Charente-Maritime », détaille Enedis dans son communiqué du 6 janvier au matin). Des restrictions de circulation pour les poids-lourds restent en vigueur dans plusieurs départements et de nombreuses routes secondaires sont encore impraticables selon France Info.

Alors, est-ce que ce chaos aurait pu être évité ?

Était-ce évitable et doit-on s’attendre à revivre un tel chaos mercredi, ainsi qu’à chaque épisode neigeux ?

Pour toute réponse, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, estime que Météo-France a « un peu sous-évalué » l’intensité de l’épisode neigeux, et demande aux Français de reporter leurs déplacements…

De son côté, l’organisme public Météo France rappelle qu’il avait prévenu « dès samedi » et que les niveaux de neige observés lundi soir ont été dans la fourchette haute des prévisions. Rappelons aussi qu’un millier de postes a été supprimé à Météo France ces dix dernières années et qu’aucune annonce de création de postes n’a été faite par le ministre suite à son commentaire visant le travail des agents de Météo France…

Du côté des agents responsables de l’entretien des routes… pas mieux.

Alors il faut s’attendre à ce que la neige fasse encore beaucoup de dégâts, tant que les gouvernements continueront de détruire les services publics dont l’une des mission primordiale est d’assurer la sécurité de la population.

Qu’ils dégagent, eux et leurs projets funestes !

Réactions, indignations

Jérôme Legavre, député LFI : « -2 degrés. Voilà la température hier matin à l’école Paul-Vaillant Couturier à Clichy-sous-Bois. Ce matin à 10 heures, dans la même école, il n’y avait toujours pas d’eau… Rien n’a été anticipé par ceux dont c’est la responsabilité. L’Éducation nationale, la mairie, doivent apporter des réponses immédiates ».

Julie Garnier, conseillère régionale Ile-de-France LFI : « Ce matin, quais glissants et dangereux dans les transports. Voilà le résultat de la politique de Valérie Pécresse qui a retiré la présence d’agents de gare ».

Jean-François Corty, président de l’association Médecins du monde : « À Stalingrad à Paris, cette nuit [5 janvier], -4 prévu, des dizaines de personnes sous les ponts dont des mineurs, pas de mise à l’abri effective, une décadence capitale ».

Paul Vannier, député LFI : « Dans un froid glacial, 330 000 personnes dont 3 000 enfants dormiront à la rue ce soir. Un record. En 2017, Macron promettait d’en finir avec le sans-abrisme. Résultat : depuis, les morts dans la rue ont été multipliés par 1,6. Le droit au logement est une urgence vitale ».

Post instagram France insoumise de Poissy (78) : « Trottoirs, sorties d’écoles gelés, des conditions de circulation dangereuses pour les habitants… À force de réduire les moyens humains dans les collectivités et les moyens matériels, on se retrouve avec des trottoirs et des sorties d’écoles gelés, etc. La charge de travail pour les personnels territoriaux est énorme. Il ne s’agit pas d’un épisode neigeux ingérable mais plutôt de choix budgétaires qui fragilisent nos services publics auxquels, au contraire, il faudrait allouer tous les moyens nécessaires pour répondre aux besoins même ponctuels d’une collectivité. Au lieu de cela, Macron et ses soutiens entendent supprimer 4,6 milliards d’euros aux collectivités territoriales et augmenter de 6,7 milliards les dépenses militaires. Ces politiques sont dangereuses pour les conditions de vie des habitants. Aux élections municipales, la France insoumise portera l’exigence de rupture avec ces politiques délétères. »
Chutes de neige et verglas
Des suppressions de postes et de moyens qui paralysent la France

« Trois personnes sont mortes dans deux accidents liés au verglas dans les Landes, et deux personnes sont décédées en région parisienne, le conducteur d’un VTC qui a chuté dans la Marne, ainsi que le chauffeur d’un fourgon en Seine-et-Marne. » C’est une information que donne la presse comme conséquence meurtrière du verglas. C’est en France, ce 6 janvier.Régulièrement, année après année, les mêmes causes conduisent aux mêmes conséquences, milliers de kilomètres de bouchons, automobilistes « naufragés », et même donc, des morts. Pour une situation qu’aucune presse, sauf Informations ouvrières, ne révèle, alors que les données sont archi connues : un effondrement régulier, systématique, de tous les services dédiés à la sécurité et à l’entretien routier.Suppression de postes à Météo FranceD’abord, avant même que la neige ou le verglas ne s’installe, il y a la prévention, la connaissance du risque, permettant de prendre les dispositions pour mettre hors de danger les populations : l’existence de Météo France avait cette fonction.Il faut écrire « avait », car les faits, les chiffres sont là : Météo France a perdu 23 % de ses effectifs en 13 ans, passant de 3 444 postes en 2012 à 2 581 en 2025. Une baisse inéluctable des effectifs, alors que Météo France est plus sollicitée que jamais avec l’accélération des conséquences du changement climatique. Baisse de budget, suppression de postes : ce n’est pas la fatalité mais la conséquence concrète des milliards de coupes budgétaires qui interviennent budget après budget. Des milliards en moins d’un côté, et des milliards en plus de l’autre, celui de l’armement.Suppression d’agents des routesEnsuite, le risque connu, il a les mesures visant à « la mise au noir », formulation des agents des routes visant à maintenir ou rétablir « le noir » des routes goudronnées. Donc pour le « sablage » préventif ou les engins de déneigement, des effectifs et du matériel. Là aussi effondrement : « En 2007, on était 1 200 agents, aujourd’hui, on est plus que 750 » déclare Claude Vanni, secrétaire CGT DIR-Est. Et c’est ainsi pour toutes les DIR (directions interrégionales des routes), dont la plus importante, celle d’Ile-de-France, censée sauvegarder un réseau « stratégique » autour de la capitale, comme cela a été dénommé lors de la création des DIR en 2006, après le transfert massif des routes nationales et départementales aux collectivités locales. Depuis lors, les budgets des collectivités locales fondent comme neige au soleil. Les derniers budgets ont particulièrement sabré à coup de milliards les dotations des collectivités locales, municipales et départementales en particulier.Une situation qui non seulement réduit quasiment à néant les capacités techniques d’intervention, mais crée une dislocation d’une gestion cohérente avec des gestionnaires différents, selon que le réseau routier est sous la compétence de la commune, de la région ou de l’État.D’où les réponses devenues systématiques des « autorités » : « il neige, alors restez chez vous ».

Correspondant

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Source: https://infos-ouvrieres.fr/

URL de cet article:https://lherminerouge.fr/le-chaos-du-a-la-neige-consequences-des-milliards-de-coupes-budgetaires-io-fr-8-01-26/

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