Andrée Guillamet, déléguée finistérienne de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et Jean-Jacques Larzul, adhérent investi et ancien pneumologue, expliquent pourquoi ils veulent que la France aille plus loin dans l’accompagnement de la fin de vie.
Par Pierre FONTANIER.
Andrée Guillamet est la déléguée finistérienne de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Jean-Jacques Larzul, ancien pneumologue, est adhérent. À l’occasion de la 18e semaine de mobilisation sur la fin de vie, ils expliquent pourquoi ils veulent que la France aille plus loin.
Le projet de loi du président Macron sur la fin de vie est soumis à des conditions strictes…
Andrée Guillamet : Oui : être majeur, de nationalité française ou résider en France de façon stable et régulière, être capable de manifester sa volonté, librement et de façon éclairée, être atteint d’une affection grave et invalidante engageant son pronostic vital à court ou moyen terme. Et présenter une souffrance physique ou psychologique réfractaire ou insupportable liée à cette affection.
Quels sont vos désaccords ?
A.G. : Il exclut les maladies dégénératives et les directives anticipées (les souhaits écrits par la personne en pleine conscience). Pour le court terme, inutile de légiférer de nouveau : il existe déjà la sédation profonde et continue. Pour le moyen terme, cela exclut les personnes souffrant de douleurs inapaisables et dont le terme ne peut pas être précisé. Selon nous, c’est à la personne de fixer ce qu’elle supporte. Et on voit bien la ligne rouge du Président : les maladies psychiques et psychiatriques.
Jean-Jacques Larzul : Quand j’étais pneumologue, j’ai pu pratiquer l’euthanasie clandestine en accord avec les patients et leurs familles. On appelle cela « accompagnement de fin de vie ». C’est une décision au cas par cas. Aucun autre pays européen n’a introduit la notion de « moyen et court terme ».
Vous saluez le renforcement des soins palliatifs, qui deviendront des soins d’accompagnement ?
A.G. : Oui, le projet est ambitieux, avec la mise en place de ces soins dans les 21 départements qui en manquent, des maisons d’accueil, le renforcement des soins palliatifs pédiatriques… Dans le Finistère, nous disposons d’une unité à l’hôpital de Douarnenez, à Brest et d’une équipe mobile à Quimper.
J.-J.L. : Accompagner un malade en fin de vie doit être l’affaire de tous les professionnels de santé.
L’ADMD a proposé une loi en 2018 visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté et à assurer un accès universel aux soins palliatifs…
A.G. : Nous demandons notamment qu’en l’absence de directives anticipées, les médecins s’appuient sur le témoignage de la famille.
J.-J. L. : Il faut arrêter le faux débat qui met en avant l’utilisation abusive de l’euthanasie : a contrario, en tant qu’ancien médecin retraité depuis deux ans, je continue de recueillir des témoignages de personnes dont les proches sont morts dans d’atroces souffrances. Il faut simplement être humain. D’ailleurs, le serment d’Hippocrate n’est pas incompatible avec l’aide active à mourir, mais il y a une hypocrisie médicale. C’est le même combat que pour l’IVG : ce n’est pas parce qu’on l’a légalisée et inscrite dans la Constitution que les femmes en abusent !
L’ADMD dans le Finistère, c’est…
A.G. : 1 450 adhérents (76 870 en France) dont dix bénévoles actifs.
Jusqu’au 31 mars, 18e semaine de mobilisation de l’ADMD : jeudi 28 mars à Pont-l’Abbé (9 h 30-12 h 30, place de la République), vendredi 29 à Concarneau (9 h 15-12 h 30, 6, place Jean-Jaurès), samedi 30 à Brest (9 h-12 h 30 au marché de Kerinou, rue du Moulin-à-Poudre) et à Quimper (mêmes horaires, près de Pont Médard). Permanences toute l’année à Fouesnant, Quimper et Brest. Contact : Andrée Guillamet, tél. 07 85 05 60 92, mail : admd29@admd.net.
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