
Déclaration commune des représentants des Partis Communistes et Ouvriers des douze pays socialistes, dite aussi Déclaration de Moscou de 1957
La situation au sein du MCI après la tenue du XXème Congrès du PCUS à Moscou en février 1956, comme l’offensive impérialiste cherchant à utiliser le rapport secret présenté par Khrouchtchev à ce congrès pour attaquer le camp socialiste et plus généralement les communistes, font que les dirigeants des partis communistes ressentent la nécessité d’organiser une rencontre internationale afin d’unifier les forces communistes et faire face aux agressions impérialistes. Nous avons présenté dans le chapitre II1, les conséquences et les réserves non seulement au sein du PCUS mais également dans les autres partis communistes et aussi dans les pays de démocratie populaire de l’Est de l’Europe à propos de ce rapport secret.
Quel format correspondait à l’objectif principal du MCI qui était de montrer à l’impérialisme ayant à sa tête l’impérialisme US que le camp socialiste était unifié sur une ligne politique claire et que le camp socialiste et tous les partis communistes étaient prêts à faire front de façon victorieuse ? Le format retenu en 1947 pour la création du Bureau d’Information des 9 Partis européens, ou Kominform (voir chapitre I) n’était pas adapté.
Les fêtes organisées à Moscou pour célébrer le 40ème anniversaire de la Révolution d’Octobre de 1917 offrent une opportunité de rencontres.
Une première rencontre rassemble, du 12 au 14 novembre 1957, des représentants des Partis Communistes et Ouvriers des douze pays socialistes. Cette rencontre a lieu après les succès de l’URSS avec l’envoi des premiers satellites Spoutnik 1 le 4 octobre 1957 et Spoutnik 2 le 3 novembre 1957, démontrant la supériorité soviétique sur le camp occidental dans le domaine spatial. Une déclaration est adoptée à l’unanimité : la « Déclaration commune des représentants des partis communistes et ouvriers des douze pays socialistes », dite aussi « Déclaration de Moscou de 19572 »
Cette déclaration précise : « Les représentants [des 12 Partis] ont examiné les problèmes que posent actuellement la situation internationale et la lutte pour la paix et le socialisme, ainsi que les questions de leurs relations mutuelles », et poursuit « Les problèmes généraux du mouvement communiste international ont été également abordés. Lors de l’élaboration du projet de déclaration, les participants à la conférence se sont consultés avec les représentants des Partis frères des pays capitalistes. Les Partis frères qui n’ont pas participé à la conférence décideront eux-mêmes de leur attitude envers les considérations exprimées dans la présente déclaration ».
Ainsi, cette Déclaration de 1957, dans la mesure où les consultations et les discussions ont concerné la plupart des Partis Communistes du monde, et que cette déclaration a été adoptée à l’unanimité, peut être considérée comme définissant la ligne générale du MCI pour la période à venir.
Avant de présenter le contenu de cette Déclaration, il est utile de préciser deux points. D’abord, dans une telle déclaration les problèmes internes à un parti donné ne sont pas discutés. D’autre part, cette rencontre des 12 pays socialistes exclut la Yougoslavie qui n’est pas considérée comme un pays frère, c’est-à-dire un pays socialiste. Mais, selon les documents disponibles rapportant sur cette conférence, il est question « des douze pays socialistes », mais aussi « de douze pays socialistes ». Il ne peut s’agir d’un problème de traduction. A cette période, le PCUS a lancé une grande offensive afin de renouer des liens avec la Ligue des communistes de Yougoslavie et Tito, malgré les déclarations de ce dernier hostiles à la dictature du prolétariat et au marxisme-léninisme que nous avons rappelées dans le chapitre II. Il est possible aussi que, dans la mesure où la Déclaration affirme son attachement au marxisme-léninisme, Tito ait préféré garder une certaine distance pour mieux peser sur certains partis communistes et certains dirigeants communistes. Cette question de la Yougoslavie sera un point de divergence lors du débat début des années 60.
Mais un peu avant la tenue de cette rencontre, un nouveau coup de tonnerre ébranle le MCI à travers l’annonce par le PCUS de l’expulsion d’un groupe « anti-parti ». Le Comité Central du PCUS se réunit en session du 22 au 29 juin 1957, pour considérer la « question du groupe anti-parti de Malenkov, Kaganovitch et Molotov qui s’est formé au sein du Présidium du Comité Central du Parti ». Le bilan de la session, d’après les commentaires présentés, est que le « groupe anti-parti » s’est formé à la suite du XXème congrès du PCUS afin d’en contrer les décisions, mais en réalité déjà auparavant ses membres cherchaient à s’opposer à la tendance s’affirmant, principalement la coexistence pacifique. L’élimination de ces trois dirigeants communistes historiques, comme celles d’autres dirigeants précédemment, montrent l’existence, la réalité, l’importance et la dureté de la lutte entre les deux voies au sein du PCUS. Une nouvelle équipe dirigeante se met en place au sein du PCUS, dont la ligne politique et idéologique se précisera graduellement. Il est possible de considérer que la condamnation et la mise à l’écart des trois dirigeants historiques, Malenkov, Kaganovitch et Molotov signent la victoire de la ligne dirigée par Khrouchtchev au cours d’une lutte de plusieurs années contre la ligne dirigée par Staline, mort en 1953. Il faut relever que la coexistence pacifique telle que présentée par Khrouchtchev ne recueille pas l’unanimité au sein de la direction du PCUS, comme d’ailleurs parmi les Partis communistes. Du reste cette question politique de la coexistence pacifique est mise en avant pour justifier « l’expulsion du groupe anti-parti ».
Contenu de la Déclaration de Moscou de 1953 :
Dans une première partie, il est dit : « Ce qui caractérise essentiellement notre époque c’est le passage du capitalisme au socialisme… A notre époque, l’évolution du monde est déterminée par la compétition des deux systèmes sociaux opposés, et ses résultats » .
Après une description de la situation internationale et le développement des luttes au sein des Etats impérialistes comme celles des pays pour leur indépendance économique, la Déclaration déclare : « Tant que l’impérialisme se maintient, il subsiste un terrain pour les guerres d’agression… La guerre ou la coexistence pacifique ; tel est aujourd’hui le problème essentiel de la politique mondiale…
Les Partis communistes et ouvriers participant à cette conférence déclarent que le principe léniniste de la coexistence pacifique des deux systèmes… constitue le fondement inébranlable de la politique extérieure des pays socialistes , la base la plus sûre de la paix et de l’amitié entre les peuples… Aux intérêts de la coexistence pacifique répondent… les dispositions adoptées par la conférence des pays d’Asie et d’Afrique à Bandung… Aujourd’hui, la lutte pour la paix, la coexistence pacifique sont devenues la revendication des masses dans tous les pays du monde… Les Partis communistes considèrent la lutte pour la paix comme leur tâche primordiale. Avec toutes les forces éprises de paix, ils feront tout ce qui dépend d’eux pour empêcher la guerre ».
Le débat au sein du MCI qui se développera en 1963 montrera que le principe fondamental de la politique extérieure d’un pays socialiste nécessitait une plus grande précision, et en particulier, comment la position de principe, l’internationalisme prolétarien, se déclinait selon la contradiction considérée. Il sera précisé que la coexistence pacifique est le principe régissant les rapports entre pays à régimes sociaux différents, pays socialistes et pays non socialistes. Cette première partie de la Déclaration mélange rapports entre pays socialistes et rapports entre pays à régimes sociaux différents et au cours du débat ultérieur, les questions se préciseront.
Ainsi, pour les uns, dont le PC de l’URSS et le PCF, la politique extérieure d’un pays socialiste – il faut parler de politique extérieure et non de politique internationale – était basée sur la coexistence pacifique.
Pour d’autres, le principe fondamental de la politique extérieure d’un pays socialiste est l’internationalisme prolétarien se concrétisant :
- Avec les autres pays socialistes : solidarité et soutien total, relations fraternelles,
- En direction des prolétariats des pays capitalistes, peuples et nations opprimés : solidarité prolétarienne et soutien. Cela se matérialise par le mot d’ordre : « Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimées, unissez-vous !»
- En direction des pays à régimes sociaux différents : la coexistence pacifique, c’est-à-dire les 5 principes : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et avantages réciproques, coexistence pacifique.
Le PCC avait produit en décembre 1963 une plaquette, « deux politiques de coexistence pacifique diamétralement opposées », discutant ces deux conceptions3.
Afin de bien montrer le contenu de ces deux politiques de coexistence pacifique, et rappeler la position de principe définie par Lénine, la plaquette reproduit une citation de Staline4 :
« Ou bien, nous continuerons à l’avenir à appliquer une politique révolutionnaire, à rassembler les prolétaires et les opprimés de tous les pays autour de la classe ouvrière de l’URSS, – dans ce cas, le capital international s’emploiera par tous les moyens à nous empêcher à aller de l’avant ;
Ou bien nous renonçons à notre politique révolutionnaire et faisons des concessions de principe au capital international – dans ce cas, le capital international, sans doute, ne s’opposera pas à nous « aider » à faire de notre pays socialiste une « bienveillante » république bourgeoise ».
Relevons aussi que dans cette première partie de la Déclaration analysant les différentes contradictions de l’époque, la conclusion considère « la lutte pour la paix comme la tâche primordiale », et les luttes des peuples et pays d’Asie et d’Afrique sont rabaissées au niveau de « la lutte pour la paix, la coexistence pacifique sont devenues la revendication des masses dans tous les pays du monde ». La Conférence de Bandung, tenue deux ans plus tôt, est expédiée en une ligne, et « les dispositions adoptées par la conférence des pays d’Asie et d’Afrique à Bandung » considérées comme faisant partie de la coexistence pacifique. Rappelons que les cinq dirigeants à l’initiative de cette conférence de Bandung avaient refusé la participation de l’URSS malgré la demande de la Chine Populaire. Pourtant une analyse concrète de la situation internationale et des différentes contradictions de l’époque montrait que le maillon faible de la chaine impérialiste était constitué par les peuples des pays dominés, la zone des tempêtes, analyse qui s’imposera un peu plus tard, mais avec difficultés, au cours du débat au sein du MCI dans les années 60.
Cette Déclaration oppose coexistence pacifique et guerre en indiquant : « La guerre ou la coexistence pacifique ; tel est aujourd’hui le problème essentiel de la politique mondiale ». Dans les faits, avancer la coexistence pacifique comme seul moyen de prévenir la guerre est faux. Reprenant les conceptions de Lénine, Staline a rappelé5 : « Pour supprimer les guerres inévitables, il faut détruire l’impérialisme ».
Dans la plaquette déjà citée et publiée en 1963, « deux politiques de coexistence pacifique diamétralement opposées », des passages de l’intervention de Mao Tsé-toung à cette Conférence de Moscou sont reproduits: « le camarade Mao Tsé-toung fit une analyse détaillée des changements intervenus dans les relations internationales depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et montra que la situation internationale était parvenue à un nouveau tournant. Il décrivit cette situation de façon vivante par l’expression « le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest », emprunté à un roman classique chinois. Il dit : « A mon avis, la caractéristique de la situation actuelle est que le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest. Ce qui signifie que les forces socialistes ont acquis une supériorité écrasante sur les forces impérialistes ».Le camarade Mao Tsé-toung a tiré cette conclusion d’une analyse du rapport international des classes. Il plaça sans équivoque possible, du côté du « vent d’Est », le camp socialiste, la classe ouvrière mondiale, les partis communistes, les peuples et nations opprimées, et les pays pacifiques, et réserva le « vent d’Ouest » aux forces de guerre de l’impérialisme et des réactionnaires ».
Malgré ces explications développées dès 1957, on peut lire dans la « lettre ouverte du Comité Central du Parti Communiste de l’Union Soviétique aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union Soviétique6 » publiée le 14 juillet 1963 : « on ne peut manquer d’attirer l’attention sur le fait qu’au lieu de s’en tenir à la façon internationaliste et de classe d’envisager les choses, façon qui est exprimée dans l’appel « Prolétaires de tous les pays unissez-vous », les camarades chinois s’obstinent à prôner le mot d’ordre « Le vent d’Est prime sur le vent de l’Ouest », mot d’ordre dénué de tout contenu de classe ».
Cette question de principe sur les rapports entre la guerre et la paix, sera un point important du débat au sein du MCI début des années 60. Tout en considérant les développements et discours tenus, il sera déterminant d’analyser les positions respectives des différents Partis communistes dans les relations internationales.
Dans une seconde partie de la Déclaration, sont précisés « les rapports entre les pays du système socialiste mondial, entre tous les partis communistes et ouvriers reposent sur les principes éprouvés du marxisme-léninisme, sur les principes de l’internationalisme prolétarien ».
Dans une troisième partie, la Déclaration souligne l’importance de l’éducation des masses dans l’esprit du marxisme-léninisme afin de rejeter les agressions idéologiques de la bourgeoisie impérialiste. La Déclaration confirme « la justesse de la thèse marxiste-léniniste selon laquelle le déroulement de la révolution socialiste et de l’édification du socialisme obéit à un certain nombre de lois essentielles, propres à tous les pays qui s’engagent dans la voie du socialisme », et ces lois sont développées.
La Déclaration rappelle que « le marxisme-léninisme exige que ces principes généraux de la révolution et de l’édification socialistes soient appliqués en tenant compte des conditions historiques concrètes de chaque pays ».
L’importance de la lutte idéologique est soulignée : « L’accentuation de la lutte contre les courants opportunistes dans le mouvement ouvrier et communiste revêt une grande importance à l’étape actuelle… Tout en condamnant le dogmatisme, les Partis communistes considèrent comme le principal danger, dans les conditions actuelles, le révisionnisme, instrument de l’opportunisme de droite en tant que manifestation de l’idéologie bourgeoise qui paralyse l’énergie révolutionnaire de la classe ouvrière, et demande le maintien ou la restauration des capitalismes… Aussi, pour répondre à la question « Qui l’emportera ? le capitalisme ou le socialisme ? » faut-il un laps de temps assez prolongé. L’influence bourgeoise constitue la cause intérieure de révisionnisme et la capitulation devant la pression de l’impérialisme en est la cause extérieure ».
Dans cette troisième partie, la critique du révisionnisme est très précise : « Les révisionnistes s’évertuent à dépouiller le marxisme de son esprit révolutionnaire, à saper la foi de la classe ouvrière et du peuple laborieux dans le socialisme. Ils se dressent contre la nécessité historique de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat lors du passage du capitalisme au socialisme, nient le rôle dirigeant du Parti marxiste-léniniste, répudient le principe de l’internationalisme prolétarien, exigent l’abandon des principes léninistes dans l’organisation du Parti, avant tout, du centralisme démocratique ». Il s’agit là d’une critique systématique du révisionnisme yougoslave alors que Khrouchtchev et la nouvelle direction du PCUS s’efforce de nouer des relations « fraternelles » avec la Yougoslavie et Tito.
Dans une quatrième et dernière partie, la Déclaration aborde les « grandes tâches [qui] se posent devant les Partis communistes et ouvriers ».
Il est affirmé en premier et pour en souligner l’importance, que « La tâche la plus importante, à l’heure actuelle dans le monde entier, c’est la lutte pour la défense de la paix ».
Certes, les douze Partis communistes au pouvoir veulent et ont besoin de la paix pour construire et consolider le pouvoir populaire socialiste. Mais cette Déclaration vise à définir la ligne générale concernant tout le MCI. La situation internationale est caractérisée, et nous l’avons déjà dit, par le développement des luttes des peuples dominés contre l’impérialisme, luttes sous toutes ses formes, y compris la lutte armée et la tâche la plus importante du MCI est le soutien et la solidarité avec ces peuples en lutte. Cette formulation est certainement le résultat d’un compromis entre partis communistes car comment affirmer que la défense de la paix soit la tâche la plus importante pour, par exemple, des pays en lutte armée pour conquérir leur indépendance ?
Plus loin, il est précisé : « Dans les différents pays, les formes de passage au socialisme peuvent être très variées. La classe ouvrière et son avant-garde, le parti marxiste-léniniste, aspirent à réaliser la révolution socialiste d’une manière pacifique. Cela correspondrait à l’intérêt de la classe ouvrière et du peuple tout entier, à l’intérêt du pays.
Ecrit comme cela, en prenant en plus une forme conditionnelle, tout communiste ne peut qu’être d’accord.
Mais la Déclaration précise un peu plus loin : « Dans les conditions actuelles,… la classe ouvrière est à même d’infliger une défaite aux forces réactionnaires et antipopulaires ; de conquérir une solide majorité parlementaire et de faire du Parlement, instrument au service des intérêts de la classe bourgeoise, l’instrument du peuple travailleur, de développer largement la lutte de masse extra-parlementaire, de briser la résistance des forces de la réaction et de créer les conditions nécessaires pour réaliser pacifiquement la révolution socialiste… Mais si les classes exploiteuses recourent à la violence contre le peuple, il faut envisager une autre perspective : le passage au socialisme par des moyens non pacifiques. Le léninisme enseigne, et l’expérience historique confirme, que les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir… Les Partis communistes sont pour la coopération avec les partis socialistes ».
La rédaction de ce paragraphe de la Déclaration rappelle les documents du XXème Congrès du PCUS. Elle est bien prudente (!!!) lorsqu’il est dit : « si les classes exploiteuses recourent à la violence contre le peuple, il faut envisager [mot souligné par nous] une autre perspective… ». Il conviendrait de commencer à réfléchir à cette « autre perspective » après que les classes exploiteuses aient déclenché la violence contre le peuple ???
Le PCC publie le 6 septembre 1963 un document « Les divergences entre la direction du PCUS et nous – Leur origine et leur évolution 7» dans lequel un historique sur ces divergences est présenté :
« La réalité est que les divergences de principe au sein du MCI ont pris naissance il y a plus de sept ans… Elles ont surgi en 1956 avec le XXème Congrès du PCUS.
Le XXème Congrès du PCUS fut le premier pas de la direction du PCUS dans la voie du révisionnisme. Et depuis, la ligne révisionniste de la direction du PCUS a connu le processus suivant : naissance, formation, développement et systématisation. La connaissance de cette ligne révisionniste a passé également par un processus d’approfondissement graduel… La répudiation totale de Staline sous prétexte de « lutte contre le culte de la personnalité » et le passage au socialisme par la soi-disant « voie parlementaire constituent, en particulier, deux erreurs de principe d’une extrême gravité ».
Dans ce document de 1963 est abordée aussi « la Conférence des Partis frères réunie en 1957 à Moscou ». Ce document s’inscrit en faux avec la lettre ouverte du Comité Central du PCUS publiée le 30 mars 1963, et reproduite dans le livre déjà cité8 : « Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International ». Il déclare : « le XXème Congrès du PCUS a joué un rôle très important dans l’élaboration de la ligne générale du mouvement communiste international ».
Il apparaît que sur plusieurs points la Déclaration adoptée à cette conférence rectifiait plusieurs thèses du XXème congrès. En particulier, sur cette question du passage pacifique au socialisme, plusieurs discussions se sont développées, le PCC fournissant un document9 diffusé durant cette réunion et publié pour la première fois en 1963, reproduit en annexe dans ce document. Il apparaît que la question du passage pacifique développée dans le rapport au XXème Congrès est reprise, avec comme ajout « que le léninisme enseigne et l’expérience historique confirme que les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir » ; et à l’idée de la « conquête d’une solide majorité parlementaire » est ajoutée « la nécessité de développer largement la lutte de masse extra-parlementaire ».
En fin de Déclaration, une référence est faite au XXème Congrès du PCUS : « Les décisions historiques du XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique n’ont pas seulement une grande importance pour ce parti et l’édification communiste en URSS, elles ont aussi marqué le début d’une étape nouvelle dans le mouvement communiste international, contribué à son développement sur la base du marxisme-léninisme ».
A propos de ce passage de la Déclaration, le texte du PCC de 1963 indique : « la délégation du PCC fit des compromis nécessaires. La formulation concernant la question du passage pacifique mise à part, nous n’étions pas d’accord avec le passage sur le XXème Congrès du PCUS et nous proposâmes des modifications. Mais prenant en considération la situation difficile dans laquelle la direction du PCUS se trouvait, nous n’insistâmes point pour que ce passage fût modifié ».
Ainsi donc, et la lecture attentive de cette Déclaration le montre, la Déclaration adoptée est le résultat de plusieurs projets de résolution discutés, modifiés, corrigés. Elle est le résultat d’un compromis. Mais qui dit « compromis » ne veut pas dire qu’il s’agit d’un document qu’il fallait et qu’il faut rejeter ! Il nécessaire d’analyser sur quels points porte le compromis : question théorique fondamentale ? question non fondamentale ? Compromis permettant d’ouvrir une discussion en vue d’aboutir à une meilleure compréhension et sur cette base, une décision d’accord ou de désaccord. Compromis qu’il faut aussi rapporter à la situation, à la lutte politique du moment.
En l’occurrence, concernant la Déclaration de 1957, face à l’offensive de l’impérialisme contre le camp socialiste, en s’appuyant sur le contenu du « rapport secret » et du désarroi dans les pays de démocratie populaire, il était important de montrer et d’opposer un front uni et ferme du camp socialiste et de tous les partis communistes. Quitte ensuite à prolonger, approfondir le débat en interne , et en fonction du résultat, aviser de la conduite à tenir.
La Déclaration précise également les rapports ultérieurs entre Partis Communistes: « les participants à la Conférence ont conclu que, dans les conditions actuelles, parallèlement aux rencontres des dirigeants et à l’échange d’informations entre deux Partis, il est opportun d’organiser, en cas de besoin, des conférences plus larges des Partis communistes et ouvriers pour examiner les problèmes actuels… ».
Ainsi à cette Conférence, réunissant des délégués des Partis des douze pays socialistes, mais à laquelle les représentants de plus de soixante Partis communistes ont été associés et leur accord recueilli, il est précisé qu’au sein du MCI, il n’y a pas de Parti dirigeant. La forme d’organisation adoptée en 1919 entre Partis communistes avec la création de la Troisième Internationale, et le rôle dirigeant du Parti communiste de l’Union soviétique, ne correspond plus aux besoins des échanges et des liens entre Partis communistes. Pour la période à venir, les échanges entre deux Partis communistes sont toujours évidemment utiles. Quant à une Conférence plus large, si une Déclaration était décidée, celle-ci doit exprimer une position unanime sur la base des principes du marxisme-léninisme.
En conclusion, dans la mesure où cette Déclaration de Moscou de 1957 a recueilli l’accord unanime des participants, il est juste de considérer cette Déclaration comme définissant la Ligne Générale du Mouvement Communiste International, tout en sachant que des compréhensions du contenu de cette déclaration peuvent être différentes, des différences apparaîtront au cours de la lutte des classes à venir. Mais, en s’appuyant sur les principes du marxisme-léninisme il sera possible de résoudre les contradictions et de porter l’unité à un stade supérieur.
Cette Conférence des représentants des douze pays socialistes était une nécessité afin de souder les rangs des communistes face aux agressions de l’impérialisme cherchant à mettre à profit les difficultés créées au sein des pays socialistes après le XXème congrès du PCUS et le rapport de Khrouchtchev. La Déclaration adoptée à l’unanimité au terme de cette Conférence a atteint les objectifs visés. Des différences d’appréciation sur la situation internationale et sur les tâches des communistes existent. Le développement de la lutte des classes à l’échelle de chaque pays et à l’échelle internationale pouvait permettre de résoudre positivement ces points de vue différents, ou au contraire approfondir les divergences. Il était envisageable que, partant d’une situation d’unité entre communistes, il serait possible de discuter patiemment, arguments et expériences à l’appui, et qu’une unité plus solide puisse se construire afin de partir à l’assaut de l’impérialisme, et quant aux pays socialistes progresser dans la révolution et l’édification socialistes.
Manifeste pour la Paix de 64 Partis Communistes et Ouvriers ; novembre 1957
« Les délégations des Partis Communistes et Ouvriers qui ont participé aux fêtes du 40ème anniversaire de la grande Révolution Socialistes d’Octobre ont décidé de mettre à profit leur présence à Moscou pour organiser une rencontre amicale et examiner les questions intéressant tous les partis ». Cette réunion, s’est tenue à Moscou du 16 au 19 novembre 1957 à laquelle ont pris part les représentants de 64 Partis Communistes et Ouvriers, plus 4 délégations non officielles dont celle du PC des USA pour des raisons de sécurité.
Cette rencontre a adopté un Manifeste pour la Paix10, dans le prolongement de l’affirmation dans la Déclaration de 1957, que « La tâche la plus importante, à l’heure actuelle dans le monde entier, c’est la lutte pour la défense de la paix ».
Il est précisé que « La réunion s’est déroulée dans une atmosphère de collaboration et de cordialité caractérisant les relations mutuelles des partis fraternels unis par l’idéologie marxiste-léniniste et les principes de l’internationalisme prolétarien ».
Mais il est à noter que parmi les 64 Partis figure la Ligue des Communistes de Yougoslavie rejette le marxisme-léninisme…
Ce Manifeste de sept pages est un appel lancé par les représentants des Partis Communistes et Ouvriers de différents pays « aux ouvriers et paysans, aux travailleurs de la science, de la technique et de la culture, aux hommes de bonnes volonté de tous les pays » à s’unir de manière à prévenir le danger de guerre.
Ce Manifeste pour la Paix est un appel à l’organisation et à la lutte pour :
- « La cessation immédiate des expériences atomiques et thermo-nucléaires ;
- L’interdiction absolue, dans les délais les plus brefs, de la production et de l’emploi des armes A et H. »
Cet appel a permis un développement international du Mouvement pour la Paix. Mais il faut constater concernant cet appel, que la ligne supportant cet appel, se limite au mot d’ordre sur lequel il se termine, « PAIX AU MONDE », et ne prépare en rien les peuples à la lutte pour la libération sociale, pour la révolution socialiste.
C’est cette conception qui débouchera en France, aux mots d’ordre de « Paix au Vietnam », « Paix en Algérie » pour s’opposer aux politiques agressives de l’impérialisme français au Vietnam et en Algérie au lieu de mobiliser la classe ouvrière et le peuple autour des mots d’ordre de « victoire du peuple vietnamien », « victoire du peuple algérien », « le colonialisme français doit être battu », comme cela avait été fait dans les années 20 lors de la guerre du Rif marocain pour le mouvement de soutien impulsé par le PCF.
Le PCF et la Déclaration des représentants des Partis Communistes et Ouvriers des pays socialistes, et la Conférence de 64 Partis Communistes et Ouvriers réunie à Moscou11 :
« Le Comité Central affirme son accord avec la Déclaration des représentants des Partis Communistes et Ouvriers des pays socialistes » [le nombre de pays socialistes n’est pas précisé…].
« Cette déclaration… confirme pleinement les décisions historiques du XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique ainsi que la ligne définie par le XIVème Congrès de notre Parti. Elle souligne la justesse de notre lutte contre le révisionnisme, danger principal actuel, pour la défense et le développement créateur non dogmatique des conceptions marxistes-léninistes… ».
« Toutes les contradictions de la société capitaliste – contradiction entre les classes, contradiction entre le colonialisme et les peuples en lutte pour leur indépendance, contradiction entre les différentes puissance impérialistes – s’expriment avec une force croissante dans notre pays ».
Et cela se concrétise à propos de la question principale qu’affrontent les classes en France en 1957 par : « Les initiatives hardies du Parti Communiste tendant à réaliser l’union des forces de gauche sur la base d’un compromis susceptible d’aboutir à un règlement négocié du problème algérien rencontrent un accueil de plus en plus favorable dans les milieux ouvriers et démocratiques non communistes ».
Ainsi, il n’est pas question du soutien à la lutte armée du peuple algérien pour son indépendance ! Le PCF cherche un compromis entre le pouvoir colonial de la bourgeoise française et le FLN qui conduit la lutte armée du peuple algérien, un compromis pour un règlement négocié ! Les enseignements de Lénine sont jetés par-dessus bord comme les 21 conditions de l’Internationale Communiste !
Puis la résolution aborde le Manifeste pour la Paix adopté à Moscou. [Le Comité Central] « recommande à tous les communistes de contribuer de toutes leurs forces au succès des nobles entreprises du Mouvement de la Paix, à la multiplication et au renforcement de nos comités de base ».
La résolution se termine par ce passage : « L’étude approfondie de la déclaration des Partis Communistes et Ouvriers des pays socialistes aidera sérieusement les communistes français dans l’accomplissement de leurs tâches dans la lutte contre l’offensive du capital, pour la paix en Algérie, pour un gouvernement conforme aux exigences du suffrage universel, conforme aux intérêts vitaux de la classe ouvrière et de la nation».
Ici, le PCF utilise la Déclaration de 57 pour avaliser « le passage au socialisme en France par la voie parlementaire », et pour justifier la position de compromis avec le pouvoir colonial afin de parvenir à « la paix en Algérie ». Si l’Indépendance de l’Algérie, qui n’est pas indiquée, était arrachée par le peuple algérien, cette politique de recherche du compromis vise, dans les faits, au nom des « intérêts de la nation », à préserver les avantages du colonialisme et jeter les bases d’une politique néocolonialiste.
Une conclusion s’impose : deux lectures différentes, opposées, de la Déclaration de 1957 ! Ici, le CC du PCF choisit un passage de la Déclaration en laissant de côté un autre passage rappelant les enseignements du léninisme : « Le léninisme enseigne, et l’expérience historique confirme, que les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir… ».
Notes:
1 https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/3596-mouvement-communiste-international-tirer-les-lecons-de-lhistoire
2 https://www.marxists.org/history/international/comintern/sino-soviet-split/other/1957declaration.htm. Cette référence est accessible sur Google en anglais, rien en français !
3 ref : « Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International », Editions Pékin, 1965, p.271.
4 J. Staline, Œuvres tome 11
5 J. Staline : « Les problèmes économiques du socialisme en URSS », 1952.
6 Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International, Editions de Pékin, 1965, p.559).
7 https://vivelemaoisme.org/les-divergences-entre-la-direction-du-p-c-u-s-et-nous-leur-origine-et-leur/ ; Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International, Editions de Pékin, 1965, p.61.
8 Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International, Editions de Pékin, 1965, p.507.
9 Débat sur la ligne générale du Mouvement Communiste International, Editions de Pékin, 1965, p.112.
10 https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/11/23/les-partis-communistes-du-bloc-oriental-publient-une-declaration-commune-le-socialisme-doit-etre-realise-sans-recours-a-la-guerre-civile_3133925_1819218.html
11 Comité Central du PCF, Ivry-sur Seine, 5 décembre 1957
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URL de cet article: https://lherminerouge.fr/les-divergences-au-sein-du-mouvement-communiste-international-debut-des-annees-60-prc-7-01-26/
