
Propos recueillis par Agnès CLERMONT
Naguère frileux sur la colocation, les propriétaires y ont sérieusement pris goût. Mais les étudiants et les jeunes actifs lui préfèrent l’appart meublé rien qu’à soi, selon une agence nantaise spécialisée.
Est-ce déjà le moment de penser à la rentrée ? Les étudiants qui arrivent à Nantes n’ont pas le choix. Il est encore temps, pour eux, de trouver une chambre en ville, mais les offres commencent à se tarir. État des lieux, tendances du marché : le point avec Alexandre Bourel, responsable de location pour Bed and school, agence spécialisée dans le logement étudiant, qui existe à Nantes depuis sept ans. Et qui s’est installée il y a un an quai Magellan.
Comment ça va sur le front du logement étudiant, à Nantes, cet été ?
C’est une année un peu particulière, du fait notamment de la nouvelle disposition de la loi Climat et résilience, qui interdit de louer les passoires thermiques (1). Certains bailleurs ont engagé des travaux pour améliorer la performance énergétique de leurs biens. Mais d’autres ont décidé de vendre ou ont arrêté de louer. Pour eux, c’est parfois compliqué d’engager une rénovation quand il faut se coordonner avec les syndics de copropriétés. Ou à cause du manque d’artisans. À la louche, je dirais qu’on a perdu presque 10 % de biens à louer.
Ça fait un gros trou dans la raquette, non, dans un secteur déjà hyper tendu comme Nantes ?
En fait, on a pu pallier grâce aux chambres en colocation. Il y a eu un vrai engouement pour ce type de location, après les confinements. Dès 2021, les propriétaires, qui étaient un peu sur le frein en la matière, s’y sont mis massivement. Parce que c’est très rentable. Mais il y a de la vacance locative, du coup, pour ce type d’hébergement. Avec plus de propositions que de demandes.
Pour les locataires, ça reste intéressant, une colocation ?
Oui, dans la mesure où tout est compris dans le prix du loyer. En ce moment, par exemple, le site de la Carte des colocs, sur lequel nous publions aussi nos annonces, affiche des prix entre 350 et 600 €. Mais tout est compris : eau, EDF, internet, etc. Désormais, pour louer en coloc, il vaut mieux proposer quelque chose qui sort de l’ordinaire, avec jardin ou une déco soignée, un peu comme pour un Airbnb.
Les étudiants, ils recherchent quoi prioritairement ?
Pour eux, clairement, la star, ça reste le studio ou le T2. Meublé ! Pour le propriétaire aussi, ce modèle-là est intéressant fiscalement et il peut récupérer son bien plus facilement s’il en a besoin. Il suffit de prévenir trois mois à l’avance. Quant au locataire, ça lui évite de sortir de grosses sommes pour s’équiper. Le T3 fonctionne bien aussi, lorsque deux étudiants cherchent à se loger ensemble. Studio, T2, T3, ça part très vite. En une matinée, tous nos créneaux de visite (six à huit par appartement) sont généralement pris.
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Que vous reste-t-il en ce moment ?
Une vingtaine de biens, dont dix chambres en colocation. On n’a plus de studios actuellement, ils partent très vite, en juin surtout. Mais de nouvelles offres peuvent toujours tomber. Nos bons mois ? Juin, juillet, août. Le bon conseil à donner, c’est de ne pas attendre septembre pour chercher une location. On a encore des demandes, mais beaucoup moins d’offres.
L’inflation change-t-elle le comportement de vos clients ?
Oui, cette année, on nous demande systématiquement la lettre DPE du logement. Entre le A et le F, pas de problème. À partir de G, ça tique. À présent, les gens veulent connaître l’estimation de la consommation. Typiquement, ces données-là, on ne nous les demandait pas systématiquement, avant. Enfin, l’inflation a provoqué l’augmentation des loyers. Là où on était à plus 3 ou 4 % par an, on a facilement 20 à 30 € de plus aujourd’hui.
(1) Depuis janvier 2023, les logements notés G + au titre d’un diagnostic de performance énergétique et consommant plus de 450 kWh/m2, ne peuvent plus être mis en location ni voir leur bail renouvelé. Depuis le 25 août 2022, les loyers des logements notés F et G sont gelés. Et l’interdiction de location touchera aussi les G en 2025, les F en 2028 et les E en 2034.
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