Nantes-Transition écologique : ils innovent pour faciliter l’accès au foncier agricole (OF.fr-6/08/23)

Les fondateurs de FEVE. | PHOTO FEVE

Par Julie Reux (Presse Ocean)

La start-up bordelaise FEVE arrive en Loire-Atlantique. Elle propose aux particuliers d’investir dans le foncier agricole, pour aider les porteurs de projets en agroécologie.

L’histoire de Fermes En ViE (FEVE), c’est celle de deux ingénieurs agronomes (Marc Batty et Simon Bestel) et d’un autoentrepreneur (Vincent Kraus) qui ont cherché comment participer à  la transition agroécologique ».  Plutôt que de chercher à changer les pratiques des agriculteurs déjà installés, permettre à ceux qui portent un projet vertueux de le développer , résume Vincent Kraus.

« Le prix du foncier agricole est un frein à l’installation »

Comment ça fonctionne ? Née en 2021, FEVE est une « foncière », une entreprise qui  achète la terre puis la loue à des agriculteurs, avec une option d’achat. Ils peuvent donc l’acheter quand et s’ils le souhaitent .

Pour financer l’achat des terres, FEVE s’adresse aux particuliers : chacun peut investir, le montant minimal est de 500 €. L’investisseur (qui n’est pas un donateur) ne finance pas un projet particulier, comme dans le crowdfunding. Et ce n’est pas non plus un prêt, mais bel et bien un produit d’investissement ou d’épargne  sans risque puisqu’il s’agit de terre », mais à très faible rendement (FEVE évoque sans s’engager 1 à 2 %). Il n’y a pas non plus de dividendes :  Les loyers payés par les agriculteurs et agricultrices sur les fermes sont réutilisés pour investir dans de nouveaux projets au sein de la foncière ». L’entreprise ayant l’agrément « économie sociale et solidaire », l’investissement donne également droit à une réduction d’impôt de 25 % du montant de la souscription.

L’entreprise a déjà levé 9 millions d’euros auprès de 800 personnes (et la Banque des Dépôts et BPI France). 700 hectares de terres ont été achetés en Occitanie et Normandie, soit huit fermes. Le premier projet en Loire-Atlantique a été signé en juillet 2023 à Saint-Philbert-de-Grandlieu.

 Le prix du foncier est un frein à l’installation, a constaté Vincent Kraus. Il s’ajoute aux investissements nécessaires pour une installation, les bâtiments, les machines… Ça monte vite près du million d’euros, dont 400 000 € en moyenne rien que pour le foncier.  Dans ces conditions, les « NIMA » (non issus du milieu agricoles) sans patrimoine foncier peuvent être pénalisés.

Projets bios obligatoires

L’objectif des fondateurs de FEVE est de contribuer à l’effort commun de la transition agroécologique, les projets agricoles doivent donc adhérer à une charte. Les règles sont celles  du label bio, la base. Soit ils sont déjà en bio, soit ils lancent la conversion, ils ont cinq ans maximum. Et on y ajoute des principes comme la diversification des cultures, la préservation des sols, de l’habitat naturel , énumère Vincent Kraus. Le non-respect de la charte est un motif de résiliation du bail et de l’option d’achat.

Au-delà de l’agronomie, le cahier des charges comprend aussi une dimension sociale et sociétale, du bien-être animal à la priorisation des circuits courts, en passant par l’indépendance des fermiers vis-à-vis de leurs approvisionnements et services extérieurs.

Explication : Terre de Liens, vingt ans de foncier solidaire

Tanguy Martin, médiateur foncier des Pays de la Loire. | PHOTO DAUREU TILWING

Association. Né en 2003, le réseau Terre de Liens partage certains objectifs avec FEVE : favoriser l’accès des paysans à la terre, et appuyer une agriculture respectueuse de l’environnement, notamment. Ce mouvement regroupe aujourd’hui 19 associations territoriales, une foncière solidaire et une fondation. Il propose aussi à des particuliers et des institutions d’investir dans la foncière (à partir de 105 €), qui à son tour acquiert des terres agricoles.  Mais l’agriculteur ne peut pas racheter la terre, Terre de Liens reste propriétaire , explique Tanguy Martin, médiateur foncier des Pays de la Loire. Notre projet va au-delà du service utile, il est politique, il s’agit de démarchandiser la terre, gérée comme un bien commun. C’est aussi un vrai projet associatif, qui implique des bénévoles.  En Loire-Atlantique, Terre de Liens possède 290 hectares, répartis entre 17 fermes, et 27 paysans et paysannes.

Comment s’expliquent les bas prix en Loire-Atlantique ?

Spécificités. Les raisons du bas prix du foncier agricole en Loire-Atlantique sont agronomiques, historiques et politiques. Ce ne sont pas les meilleures terres de France , résume Tanguy Martin, expert du foncier agricole et médiateur à Terre de Liens.  Mais c’est aussi grâce aux syndicats agricoles, qui ont fait leur boulot en évitant que les prix augmentent et la spéculation entre agriculteurs. Individuellement, des prix qui montent ont un intérêt pour les agriculteurs, à la revente. Mais collectivement, pour toute la profession, non.  Enfin historiquement, Tanguy Martin relève une spécificité du département,  où les agriculteurs valorisent moins la propriété foncière qu’ailleurs . Enfin, le prix moyen des terres agricoles en Loire-Atlantique est à relativiser : le prix des terres viticoles est plus élevé (environ 10 000 €/ha), de mêmes que celles de la vallée maraîchère (30 à 35 000 €/ha).

Témoignage : à 52 ans, il reprend une ferme céréalière à Saint-Philbert-de-Grandlieu

Agriculteur dans le Finistère, Franck Quelven vient de redémarrer avec 240 hectares de céréales à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, avec l’aide de FEVE pour l’investissement de départ.

Franck Quelven, nouvel agriculteur à Saint-Philbert-de-Grandlieu. | PHOTO F. QUELVEN

Demandez à Franck Quelven pourquoi il a quitté la région de Concarneau pour celle de Grandlieu, il dira que c’est à cause  de la pluie. Je voulais avoir moins d’eau et en plus là-bas ça caille.  Mais aussi une envie de se rapprocher de sa fille vivant à La Roche-sur-Yon. Et de revoir certaines priorités après un accident avec une vis à céréales. J’ai été immobilisé un an, on a le temps de réfléchir , évoque-t-il pudiquement.

FEVE indispensable

En décembre 2021, il décide donc de recommencer en Loire-Atlantique. Mais les banques ne valident pas son projet : trop vieux. Il faut dire que Franck a choisi une ferme de 240 hectares bien équipée, un investissement de plus d’1 million d’euros. Une vie de labeur et les terres familiales lui valent d’avoir un apport, mais ça ne suffit pas. En plus d’un crowdfunding sur Miimosa, Franck opte pour Fermes en Vie, solution proposée par son courtier, pour environ la moitié de l’investissement.  C’est pratique, c’est simple, ça va vite. Ils sont très proches du projet, sont venus voir la ferme, contrôler. 

 Ce genre de système de financement va devenir indispensable , prédit-il.  Ce sont des échelons : soit la banque dit oui, soit elle dit non, et dans ce cas, on va voir FEVE, puis Terre de Liens. On devient agriculteur de quelqu’un d’autre , explique-t-il.

Grâce à cet apport, il est installé depuis avril 2023 à Saint-Philbert-de-Grandlieu. Il cultive des céréales  pour nourrir les humains, pas les animaux  en bio. Il s’y trouve bien. Mais je suis étonné du nombre de fermes de grande taille à vendre, sans personne qui s’y intéresse. Une ferme comme celle que j’ai reprise, ça n’existe pas dans le Finistère !  Et si en plus, il fait beau…

Source: https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/transition-ecologique-ils-innovent-pour-faciliter-lacces-au-foncier-agricole-cce2117a-288e-11ee-819b-a0b0a7db3714

URL de cet article: https://lherminerouge.fr/nantes-transition-ecologique-ils-innovent-pour-faciliter-lacces-au-foncier-agricole-of-fr-6-08-23/

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