
Par Benoit ROBERT
Ça s’est passé en… 1953. Cet été, la rédaction fait un bond dans le temps pour retrouver l’actualité qui a façonné l’histoire estivale de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Aujourd’hui, Saint-Nazaire sort du long conflit.
En pleine Guerre froide et alors qu’en Asie, le conflit qui oppose Américains et Soviétiques a définitivement divisé la Corée en deux parties, le port de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) salue, durant cet été 1953, le lancement du premier pétrolier construit pour le compte d’un armement étranger. Signe de reprise pour la ville portuaire ? Alors qu’en France, l’été 1944 a sonné l’heure de la Libération, Saint-Nazaire a dû attendre neuf mois de plus avant de connaître à son tour la délivrance. La réfection et le redressement de toute une ville pèsent lourd. Quelques années plus tard, c’est donc dans un climat d’espoir mais aussi de contestation sociale que se reconstruit Saint-Nazaire.
Un navire à la mer
Ce 29 juillet 1953, en fin d’après-midi, le pétrolier glisse dans l’eau au son de l’hymne libérien. Sous la direction de monsieur Lafont, directeur adjoint du Chantier de Penhoët, la cérémonie de lancement du Persian gulf tient ses promesses face au millier d’estivants curieux. La bouteille de champagne baptise le navire, les sirènes des remorqueurs retentissent et l’harmonie du chantier joue à qui mieux mieux. Il s’agit quand même du premier pétrolier construit dans un chantier français pour le compte d’un armateur étranger. En plus, le tableau des constructions de pétroliers affiche complet.
40 000 visiteurs à la foire commerciale
Avec, en marge, le comice agricole, la foire commerciale se tient du 11 au 20 juillet. Comme d’habitude, le succès est au rendez-vous, même si la Marseillaise a dû être exécutée au pick-up, « faute de toute société musicale ». Sur la place du futur hôtel de ville, on vient caresser les bêtes, chevaux, bovins, cochons et poules. À quelques mètres de là, les plus curieux peuvent découvrir, via l’association des combattants prisonniers de Saint-Nazaire, un genre d’attractivité d’un goût douteux : la Mercedes blindée… d’Adolf Hitler. 200 CV, 80 km/h, 60 litres/100 km pour une autonomie de 200 km. Le connaisseur appréciera.
Une reine en technicolor
« Le spectateur suivra sans se faire bousculer, mieux encore que s’il était allé à Londres. » Dans son édition du 1er août, le journaliste de Ouest-France revient sur une projection jugée d’une qualité exceptionnelle : celle, seulement présentée à la presse, du couronnement de la reine Élisabeth II d’Angleterre, en juin dernier, un film monté en technicolor, « probablement la meilleure réalisation en couleurs qui n’ait jamais été produite ».
Du monde au vélodrome
Du cyclisme ? Et non. Au vélodrome, ce jour d’août, le record d’entrées établi par la venue de Robic est battu. Car les milliers de personnes qui entourent l’anneau du Plessis sont là pour regarder filer des bolides motorisés qui filent à 100 km/h. « Viendra un jour, sans doute, où l’on regardera les coureurs cyclistes comme des phénomènes. »
Un bananier en essais mer
Le Fort-carillon, qui vient de sortir des Chantiers de Bretagne, a quitté Nantes pour descendre la Loire et effectuer ses essais officiels en mer. Ce 6 août, une visite réglementaire au port de Saint-Nazaire s’impose. Peint d’une couleur blanche, il sera utilisé pour le transport des bananes. Direction la Guadeloupe.
Des coups de pédale
Toute la matinée de ce 12 août, la ville a connu une forte animation. Partie de Nantes, le passage de la course du Tour de l’Ouest, organisée par Ouest-France, a suscité l’attention de milliers de personnes. À Penhoët, plusieurs centaines d’ouvriers des chantiers ont tenu à voir passer la caravane et voir les coureurs en plein effort. Sous vos applaudissements.
Un meeting puis la grève illimitée
Les ouvriers du bâtiment écoutent avec attention ce 18 août l’intervention du représentant de la CGT à l’intérieur de la Bourse du travail. Au final, la décision est prise : mouvement de grève des chantiers jusqu’à la satisfaction des revendications, grève sur le tas au bassin, au Grand marais et à la nouvelle gare. La CFTC réagit en toute hâte sous forme de communiqué : « Il est indispensable qu’une consultation générale des travailleurs ait lieu. Car le meeting a été organisé sans que nous soyons prévenus. » Les demandes restent les mêmes : augmentation horaire de 25 francs, prime de congés, paiement des jours fériés et liberté de disposer de huit jours de congés payés. Conséquence de la grève des ouvriers de Penhoët cette fois : le bac de Mindin, qui transporte des centaines d’ouvriers de chantiers pour se rendre au travail et rejoindre Saint-Nazaire n’a pas fonctionné. Plus tard, le 23 août, le conseil municipal vote un crédit d’un million de francs pour venir en aide aux grévistes.
« Vive la mariée ! »
Un cri sorti du cœur… Alors qu’elle sort de la mairie, celle d’avant l’actuelle sortie de terre en 1960, la mariée nazairienne ne se doute pas, ce 27 août, qu’elle tombera sur 10 000 travailleurs rassemblés à deux pas, devant la sous-préfecture. « Les travailleurs, disciplinés, s’écartèrent pour former la haie d’honneur. Et l’autocar se retrouva noyé dans un flot humain. »
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