Réforme des retraites : deux ans après les débordements des manifs, Vannes est devenue « terre de mission » de la CGT (LT.fr-22/03/25)

Comme toujours en tête de cortège, Manuel Caramante aux couleurs de la CGT, avec sa collègue de la CFDT, lors de la 14e et dernière manifestation contre la réforme des retraites, le 6 juin 2023. (Le Télégramme/Anne Paulou)

14 manifestations, 10 000 manifestants dans les rues de Vannes, des gardes à vue jusque dans les rangs de la CGT… Deux ans après, retour sur le mouvement contre la réforme des retraites, qui a redonné du souffle à l’engagement syndical à Vannes.

Un nuage de gaz lacrymogène transpercé par la lueur des fumigènes. Des manifestants qui caillassent les forces de l’ordre, dixit la préfecture… Il y a deux ans, le 23 mars 2023, des opposants à la retraite à 64 ans forçaient un barrage policier sous le pont de la RN165, au giratoire Pompidou, pour occuper la nationale. Une pluvieuse 9e journée de manifestation contre la réforme, qui a dégénéré sans crier gare. « Les policiers ont reculé. Et quand on est monté sur la nationale, des jeunes, des retraités en couple, une mamie, sont venus me voir pour me dire « Merci, c’est super, enfin ça bouge », se souvient Manuel Caramante, le secrétaire général de l’union locale de la CGT.

Trois mois plus tard, il était placé en garde à vue, avec deux autres manifestants du 23 mars. Confirmation, s’il en fallait, du caractère exceptionnel de ces débordements à Vannes. « L’élément déclencheur de ces arrestations, c’est l’affrontement sous le pont. Les syndicats ne maîtrisaient plus rien », estime un policier.

Des heurts inédits depuis longtemps à Vannes, le 23 mars 2023, sous le pont de la RN165, à la sortie du giratoire Pompidou. La 9e manifestation contre la réforme des retraites avait mobilisé 3 900 protestataires selon la police, 5 000 selon notre comptage, et 7 000 selon les organisateurs.
Des heurts inédits depuis longtemps à Vannes, le 23 mars 2023, sous le pont de la RN165, à la sortie du giratoire Pompidou. La 9e manifestation contre la réforme des retraites avait mobilisé 3 900 protestataires selon la police, 5 000 selon notre comptage, et 7 000 selon les organisateurs. (Le Télégramme/Fanny Coconnier)

Maîtriser les transgressions

Des arrestations a posteriori également dictées par les cinq autres manifestations très mobilisatrices qui avaient eu lieu entre-temps. Celle du 13 avril s’était déjà soldée par des gardes à vue – dont, là encore, celle de Manuel Caramante. « Il était visible aux avant-postes, justifie le policier. On s’est dit « à force de transgresser, ça va devenir pour eux une légitimité qu’on ne pourra plus maîtriser » ».

« Au rond-point du port, les policiers ont arrêté – selon moi arbitrairement – deux jeunes lors d’un contrôle d’identité, raconte Manuel Caramante. Des adhérents se sont mis en colère contre les policiers, mais il n’y a eu aucun jet. Et une adhérente a été arrêtée. C‘est là qu’on a décidé d’aller devant le commissariat, de façon pacifique. J’ai été arrêté trois minutes après la première sommation de nous disperser – je ne l’avais pas entendue ! ». Il a, pour cela, écopé d’une amende de 1 000 euros. « À la première garde à vue, ils m’ont menotté – alors qu’on se connaissait, je n’allais pas me sauver. Franchement, quelle mise en scène ! À la seconde, ils m’ont mis dans une geôle, je ne peux pas dire d’autre mot, avec une porte bruyante, en bois avec des fers forgés ».

Le « petit Poucet » qui grandit

Cuisant souvenir pour le syndicaliste ? Tout le contraire, du pain béni pour la CGT du pays de Vannes. « On a 1 433 adhérents, ça a augmenté de 2 % entre 2021 et 2024. Ce qui nous place en deuxième position derrière Lorient dans le Morbihan – avant c’était Lanester », se félicite Manuel Caramante. L’union locale (UL) avait déjà été surprise par l’afflux de manifestants à Vannes lors des quatorze journées contre la réforme des retraites, emmenées par une intersyndicale, mais avec les couleurs – et le camion – de la CGT omniprésente en tête de cortège.

Le tout en terre peu syndiquée, où la CFDT domine les élections professionnelles. « Le pays de Vannes, c’est une terre de mission pour la CGT », résume Françoise Guiot, de l’UL de Vannes. Et peu importe que les manifestations aient échoué face aux 49.3 du gouvernement. « La manif, ça libère. Il faut occuper le terrain pour nourrir l‘espoir », martèle Françoise Guiot.

Plus prosaïquement, pour les prochaines manifestations, la CGT a investi. « Depuis mes gardes à vue, on a acheté un mégaphone, indique, un brin ironique, Manuel Caramante. Comme ça le jour où il y aura des sommations, je parlerai dans le mégaphone pour leur dire « Vous devez parler plus fort ! »».

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Source: https://www.letelegramme.fr/morbihan/vannes-56000/reforme-des-retraites-deux-ans-apres-les-debordements-des-manifs-vannes-est-devenue-terre-de-mission-de-la-cgt-6783598.php

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