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Alors que les négociations sur la réforme des retraites se poursuivent, la CGT demande des explications au premier ministre, François Bayrou, dont la méthode ne convainc pas. Le syndicat lui a adressé une lettre, avant le round de jeudi, afin d’avoir « des éclaircissements » sur son objectif réel.
Par Tom DEMARS-GRANJA.
Rendu public le 20 février, le rapport de la Cour des comptes consacré aux régimes des retraites a contredit la communication de la Macronie. Tandis que le Premier ministre, François Bayrou, n’a cessé d’agiter un supposé déficit de 55 milliards, la Cour des comptes estime que le déficit atteindrait 6,6 milliards d’euros en 2025, se « stabiliserait » jusqu’en 2030 autour des 15 milliards d’euros, puis se dégraderait de manière « nette, rapide, croissante », jusqu’à atteindre 30 milliards en 2045, et ce, « malgré la réforme de 2023 ».
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’était alors réjoui que le rapport représente un « démenti cinglant aux chiffres farfelus retenus par le Premier ministre », sur le plateau de BFMTV. Depuis, les représentants des principaux syndicats sont reçus chaque jeudi par Matignon, pour des concertations entamées le 27 février et qui devraient se conclure le 22 mai prochain.
« Nous vous avions indiqué l’urgence d’abroger la réforme »
La CGT ne compte cependant pas laisser François Bayrou dérouler son plan comme prévu. « Dès votre nomination à Matignon, lorsque vous avez reçu les organisations syndicales, nous vous avions indiqué, pour la CGT, l’urgence d’abroger la réforme des retraites, étape vers la retraite à 60 ans que nous défendons », rappelle ainsi le syndicat dans une lettre envoyée au Premier ministre, vendredi 7 mars, en vue du nouveau round qui doit avoir lieu jeudi 13 mars.
« Lors de votre déclaration de politique générale vous avez annoncé la mise en place de concertations sur les retraites, avec pour seule exigence de ne pas dégrader l’équilibre financier, rappelle le texte. Le rapport de la cour des comptes a confirmé les chiffres du Cor (le Conseil d’orientation des retraites, N.D.L.R.), indiquant qu’il n’y a ni déficit caché, ni dérive incontrôlée des régimes de retraites. » Selon la CGT, la réforme de 2023 doit donc bien être abrogée, tandis que les discussions devraient se concentrer sur « les leviers pour augmenter les recettes de nos régimes de retraites ».
Signé par Sophie Binet, ce texte vise à « demander des éclaircissements » sur la stratégie du Premier ministre. Quatre points ont été soulevés. La CGT souhaite, dans un premier temps, que François Bayrou se justifie sur son « exigence de rétablir l’équilibre financier des retraites à horizon 2030 ». Exigence que le syndicat estime illusoire face aux prévisions : « L’addition est ainsi alourdie de 6,6 milliards en 2030 et 15 milliards en 2035, ce qui change considérablement la donne et laisse à penser que ces concertations visent à réaliser une nouvelle réforme ».
La CGT demande ensuite à ce que la « loi actuelle » ne soit pas appliquée par défaut, au cas où aucun accord ne serait trouvé. « Ceci revient à placer le patronat en position de force. Il le martèle, il tient à cette réforme, et n’aura donc aucun intérêt à faire des concessions puisqu’il sait qu’en l’absence d’accord, elle continuera à s’appliquer », tance le syndicat des travailleurs.
« Il s’agit aussi d’un enjeu démocratique »
« La réforme des retraites a été imposée sans vote du parlement, contre l’avis d’une large majorité de Françaises et de Français et malgré une mobilisation sociale historique, il s’agit donc aussi d’un enjeu démocratique », ajoutent les auteurs du texte. C’est pourquoi la CGT souhaite que François Bayrou laisse le choix final aux électeurs et aux élus. « C’est le parlement ou le peuple qui auront le dernier mot. »
Sophie Binet s’en prend ensuite à l’introduction de la « capitalisation » au sein des concertations en cours. L’offensive du patronat (Medef, CPME, U2P) pour confier « nos retraites à des fonds spéculatifs » ne doit pas conduire à la remise en cause du système par répartition, insiste-t-elle. « C’est ce système qui est notre meilleure garantie face aux incertitudes financières, environnementales, voire géopolitiques qui menacent nos sociétés », estime-t-elle.
Une alerte d’autant plus important que s’amplifient les attaques contre les droits des salariés sur un autre front avec les récentes déclarations du président du Cor, Gilbert Cette. Sous couvert du contexte international et de « l’économie de guerre », ce proche d’Emmanuel Macron a estimé, dans une note publiée le 5 mars sur le site Telos, que loin du retour à 62 ans la « question deviendra plutôt, en ce domaine et parmi bien d’autres décisions à prendre, comment augmenter rapidement » l’âge de départ « au-delà des 64 ans décidés dans la loi de 2023 ».
Le dernier point abordé par la lettre de la CGT se veut être une alerte envers le « périmètre des discussions en maintenant un « format du 17 janvier », associant certaines organisations syndicales et patronales, mais pas toutes ». La CGT demande ainsi au gouvernement Bayrou de ne sélectionner ses interlocuteurs. « Les discussions sur le régime général doivent se tenir avec les organisations représentatives, et toutes les autres discussions plus transversales, ayant un impact sur l’ensemble des régimes, doivent associer l’ensemble des organisations syndicales et patronales », souligne le syndicat. La balle est dorénavant dans le camp de François Bayrou.
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