
Au contraire de ce que racontent les leaders d’extrême droite ou les autocrates qui volent au secours de Marine Le Pen, la condamnation, dont elle et 24 autres élus ou membres du RN font l’objet, est le signe d’une démocratie qui fonctionne.
Par Ivan du ROY , Journaliste, co-fondateur et co-rédacteur en chef de Basta!.
Une « attaque contre la démocratie ». Telle est la substance des messages de soutien envoyés à Marine Le Pen par de nombreux leaders d’extrême droite occidentaux ou des autocrates du monde entier, des nationalistes flamands jusqu’au Kremlin de Poutine, en passant par le Hongrois Orbán (« Je suis Marine ») et des membres de l’administration Trump, le tout cartographié par Le Grand continent. « Ils ne parviendront pas à faire taire la voix du peuple français », a même osé déclarer le leader du parti d’extrême droite espagnol Vox, oubliant que le « peuple français » avait largement, par deux fois, rejeté Marine Le Pen dans les urnes.
Que l’on soit puissant ou petit, médiatisé ou invisible, et soumis à une même application de la loi, cela les dérange. Le jugement qui sanctionne les détournements de fonds publics européens opérés par le FN/RN (plus de 4 millions d’euros de préjudice), est justement la preuve que la démocratie peut, encore, fonctionner. Au contraire de ce que prétendent ces xénophobes et autocrates. « Ce jugement représente un effort pour que la démocratie aille mieux. La réaffirmation de l’État de droit est tout à fait indispensable et légitime », estime le politiste Luc Rouban dans The Conversation.
« Le niveau de confiance des citoyens envers la classe politique et dans la justice est très bas, il doit être restauré. Cela passe notamment par le fait que la justice s’applique à des personnalités qui détournent des millions d’euros, et pas uniquement à des caissières de supermarché qui se font licencier et sont poursuivies au pénal pour le vol d’une barre chocolatée. »
Plusieurs politiques français, de Ciotti à Mélenchon en passant par Bayrou, ont eux aussi du mal à accepter cette idée d’une justice qui s’appliquerait de manière égale envers chacun, quelle que soit sa condition sociale ou son niveau de popularité. Là où un employé lambda accusé de vol passerait en comparution immédiate dans les heures qui suivent son arrestation, les puissants disposent encore de moyens conséquents pour faire traîner une procédure judiciaire. Celle concernant Sarkozy a pris 10 ans, et celle contre le parti lepéniste dure depuis 9 ans avant d’aboutir au procès et à une peine d’inéligibilité, qui s’ajoute à une peine de prison et à des amendes, prononcées ce 31 mars.
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« Mais pour les politiques, c’est encore trop rapide. Depuis vingt-quatre heures, ils sont nombreux à vouloir faire marche arrière et souhaitent revenir sur une loi votée en 2016, dans la foulée du séisme provoqué par l’affaire Cahuzac. À l’époque, pour répondre à une forte demande populaire en faveur de plus d’exemplarité, les parlementaires ont décidé d’introduire dans le Code pénal une peine d’inéligibilité obligatoire pour les atteintes à la probité », rappelle Mediapart.
Des élus qui s’empressent de remettre en cause des lois, qu’ils ont pourtant votées en toute conscience, dès qu’elles se révèlent défavorables à leur carrière : c’est aussi cela le mépris pour la démocratie, qui a bien besoin d’une cure de probité et d’éthique.
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