Versement nucléaire universel : le prix de l’électricité désormais entièrement libéralisé (H.fr-1/01/26)

Avec le versement nucléaire universel, 50 % des revenus d’EDF seront prélevés et redistribués aux consommateurs lorsque l’électricité nucléaire sera vendue au-delà de 78 euros le MWH.
Mario Fourmy/ABACAPRESS.COM

Un nouveau mécanisme de fixation des prix de l’électricité nucléaire entre en vigueur le 1er janvier. Il prévoit l’échange sur les marchés de l’intégralité de la production d’EDF, dont les revenus seront taxés en cas de tarifs trop élevés. Le ministère assure qu’aucune hausse de facture n’est à prévoir dans l’année.

Par Marie TOUGOAT.

Les Français s’apprêtent-ils à être exposés à une extrême volatilité des prix de l’électricité ? Le mécanisme de fixation du prix de l’électricité nucléaire est amené à changer, alors qu’a pris fin l’Arenh au 31 décembre 2025. En place depuis 2011, l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique cède la place à un nouveau dispositif, le versement nucléaire universel (VNU).

2026 enterre ainsi un mode de calcul du prix de l’électricité nucléaire qui faisait la quasi-unanimité contre lui. Il permettait aux fournisseurs d’électricité alternatifs d’acheter jusqu’à 100 TWh d’électricité au prix de 42 euros par MWh. L’énergéticien historique était ainsi tenu de brader une large partie de sa production à des concurrents sans qu’ils aient à assumer le coût des infrastructures et investissements. Ce dispositif, dont l’unique but était d’encourager la concurrence sur le marché de détail de l’électricité, est de longue date décrié de toute part.

L’Arenh, un mécanisme défaillant

« Notre modèle économique est grevé depuis 13 ans par un dispositif qui est l’inverse d’une aide d’état, qui nous contraint de vendre de facto les deux tiers de notre production nucléaire en dessous de son coût de production », s’émouvait ainsi Luc Rémont, PDG d’EDF, en avril 2025. « L’Arenh revient à biberonner une concurrence faussée dans le secteur de l’électricité, qui est pourtant un bien de première nécessité », abonde Gwénaël Plagne, secrétaire CGT du comité social et économique central d’EDF.

En plus de ce travers, l’Arenh présentait aussi de nombreuses défaillances. Les acteurs du monde de l’énergie en tiennent pour preuve la crise du coût de l’électricité qui a suivi le début de la guerre en Ukraine, et qui a forcé le gouvernement à déployer un très coûteux bouclier tarifaire. Nombre de concurrents d’EDF ont aussi tiré profit du dispositif en s’adonnant parfois à des pratiques illicites. En 2024, ainsi, Omh Energie a été sanctionné par la commission de régulation de l’énergie pour avoir vendu son surplus d’électricité acheté à EDF, à tarif fixe, sur les marchés.

Le VNU permettra-t-il de combler les lacunes de son prédécesseur ? Sur son site internet, EDF ne cache en tout cas pas son enthousiasme. Ce nouveau mécanisme « vise à protéger tous les consommateurs d’énergie électrique contre les hausses de prix de marché tout en assurant à EDF les moyens de réaliser les investissements nécessaires à la transition énergétique », écrit l’énergéticien.

Au contraire de l’Arenh, le VNU prévoit d’ouvrir l’intégralité de la production d’électricité nucléaire au marché. Les prix subiront ainsi les nombreuses fluctuations imposées par la libéralisation de l’énergie, étant susceptibles de baisser drastiquement en cas de surproduction comme d’exploser en cas de crise. Pour contrebalancer cette totale dérégulation, le VNU prévoit de taxer une partie des profits qu’EDF réalise en vendant son électricité, lorsque son prix dépasse un certain seuil.

Des consommateurs insuffisamment protégés

Ces bénéfices seront ensuite redistribués aux consommateurs. Lorsque l’électricité nucléaire sera vendue au-delà de 78 euros le MWh, 50 % des revenus de l’énergéticien seront prélevés. Au-delà de 110 euros le MWh, l’impôt passera à 90 % des revenus d’EDF. « Ce prélèvement permet de redistribuer la rente nucléaire, d’en faire bénéficier l’ensemble des consommateurs, mais aussi de permettre à EDF et à la France d’investir et de bénéficier d’une électricité décarbonée, stable, souveraine, à des prix compétitifs », se félicite Bercy.

Le gouvernement a-t-il ainsi résolu l’équation qui permettra d’un côté de satisfaire les injonctions de libéralisation émises par la Commission européenne, et de contrôler les prix de l’électricité de l’autre ? Syndicats et associations de consommateurs n’y croient pas une seconde. « L’Arenh offrait à prix cassé, a minima, 25 % de la production d’électricité nucléaire d’EDF à la concurrence. Avec le VNU, c’est 100 % de cette production qui sera offerte au marché », dénonce la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT), qui pointe du doigt une « déréglementation totale ».

L’UFC-Que Choisir blâme de son côté un fonctionnement qui ne protégera pas assez les consommateurs. « Un ménage composé de quatre personnes résidant dans une maison de 150 m² chauffée à l’électrique recevrait 7,50 € avec les règles retenues par l’État, contre 250 € avec celles défendues par l’UFC-Que Choisir », détaille la présidente de l’association Marie-Amandine Stévenin.

Face aux critiques, le ministère de l’Économie se veut rassurant. « Les prix sont anticipés comme étant stables pour 2026 au regard des prix bas de l’énergie décarbonée française pour la plupart des Français », soutiennent les services de Bercy. Qu’en sera-t-il toutefois dans les années à venir ? Pour éviter de jouer à la roulette russe avec les prix de l’électricité nucléaire, la FNME-CGT martèle sa solution : « Avoir l’électricité la moins chère, c’est sortir du marché et rétablir le monopole public. »

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Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/cgt-energie/versement-nucleaire-universel-le-prix-de-lelectricite-desormais-entierement-liberalise

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