
Moins de quinze jours après les révélations du Télégramme, le collectif breton « Saint-Pierre – Kerhuon » dénombrait, ce mardi soir, 85 cas de violences infligées par des professeurs d’un collège breton. Les témoignages, dont les plus anciens remontent à 1964, courent désormais jusqu’en 1996.
Par Hervé CHAMBONNIERE.
« L’afflux de témoignages ne faiblit pas. La parole se libère. On enregistre au moins deux ou trois nouveaux signalements par jour. Certains sont extrêmement poignants. » Moins de deux semaines après les premiers témoignages publiés dans nos colonnes et la création d’un collectif d’anciens élèves victimes de violences infligées par des professeurs du collège privé Saint-Pierre, au Relecq-Kerhuon (29), dans la métropole brestoise, 85 cas sont désormais recensés. « Sur notre boucle WhatsApp, on dit ce qu’on ne pouvait pas révéler à l’époque. C’est profondément libérateur », loue Frédéric, l’un des deux cofondateurs du collectif, également membre du collectif de Bétharram.
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De 1964 jusqu’à 1996
La plupart des témoignages se concentrent sur les années 1970-1980. Les faits les plus anciens remontent à 1964, et les plus récents, à 1996. « Contrairement à ce qu’indiquait la direction du nouveau collège, les violences ne se semblent pas s’être arrêtées avec le changement du nom de l’établissement, devenu « Saint-Jean-de-la-Croix », en 1988 (mixité adoptée en 1985, NDLR) », pointe Frédéric, avec deux témoignages à l’appui.
Celui de F. évoque des « maltraitances physiques » tout au long de sa scolarité, de 1992 à 1996 : « J‘en ai gardé un traumatisme pendant longtemps, et passé sous silence parce que non entendu par des adultes à l’époque… », consigne-t-il. La conjointe d’un autre ancien élève, scolarisé au collège en 1995-1996, mentionne « les souvenirs de violences sur les élèves, de comportements sadiques pour qu‘ils ratent leur bus, d’humiliations publiques, d’insultes et de sévices (à genoux sur l‘estrade sur un compas en bois ouvert) ». Sollicité pour réagir à ces développements, le diocèse de Quimper indique qu’il communiquera « très prochainement ».
« Il se frottait à moi »
Un troisième témoignage, recueilli par nos soins, rapporte non pas des violences physiques, mais des faits de « harcèlement » entre 1989 et 1990. « J’ai passé une année en enfer dans ce collège », témoigne Marie, 47 ans, qui passait ses « récrés aux toilettes ou au CDI (centre de documentation et d’information, NDLR) » pour échapper à des élèves harceleurs, mais aussi à un professeur. « Il avait sans doute perçu que j’étais isolée et fragile. Il me gardait seule avec lui en classe le soir, sans aucune raison. J’avais 11 ans. C’était un professeur et je ne me voyais pas lui répondre non. Il me faisait monter sur l’estrade. Il me demandait de tourner et n’arrêtait pas de dire que j’étais jolie… À mon bureau, il passait derrière moi et se frottait à moi. » Marie dit avoir dû son salut « à la varicelle », qui l’a écartée du collège « pendant un mois ». « Ma mère a fini par téléphoner pour demander pourquoi j’étais très régulièrement retenue le soir par ce professeur. Je ne sais pas ce qui s’est dit et passé mais, après cet appel, cela a pris fin. Le prof a quitté l’établissement l’année suivante, me semble-t-il. » Marie a changé de collège, elle aussi.
Audition par la commission d’enquête parlementaire
Le collectif Saint-Pierre échange désormais avec celui de Bétharram et de quatre autres collectifs créés en France, via une boucle WhatsApp dédiée. « Le but est notamment d’apporter une assistance technique à ceux qui en ont besoin, explique Pascal, membre du collectif de Bétharram et initiateur de cette boucle inter-collectifs. Il n’est pas exclu qu’une action commune soit, un jour, engagée. Nous militons également pour qu’il n’y ait plus aucun délai de prescription empêchant la justice d’être saisie de violences exercées contre les enfants. »
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« Le but est d’obtenir la reconnaissance de notre statut de victimes », ajoute Frédéric, du collectif finistérien. Étape qui passe, selon lui, par l’ouverture d’une information judiciaire, sur la base d’un signalement effectué auprès du procureur de la République de Brest, « probablement la semaine prochaine », ou de plaintes individuelles, ou d’une plainte collective.
Fait nouveau : la commission d’enquête parlementaire, créée le 20 février dernier, sur les violences dans les établissements scolaires entendra également les représentants du collectif finistérien, le 20 mars.
Pratique
collectifsaintpierrekerhuon@yahoo.com
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