13 000 entreprises affectées, des sites Seveso menacés, 40 000 touristes évacués… Face à l’incendie en Gironde, l’économie locale et les travailleurs asphyxiés (H.fr-28/07/26)

Les professionnels du tourisme et de la restauration, confrontés à un désastre économique, espéraient un peu plus que des pensées de la part du gouvernement. © Philippe Lopez / AFP

Dans l’attente des mesures d’urgence promises par l’exécutif, l’économie girondine suffoque. 7 000 entreprises artisanales et 6 300 commerces ont été évacués, dont les salariés craignent pour le maintien de leur salaire. Ceux qui continuent à travailler s’inquiètent pour leur santé.

Par Chloé BODIN-SZCZYGLAK, Clémence LE MAITRE et Cécile ROUSSEAU

Pour épauler les entreprises contraintes de s’arrêter ou prévenir les risques pour la santé des salariés qui continuent de travailler dehors, malgré les fumées, les ministères se mettent lentement en branle. « Mes pensées vont à toutes celles et tous ceux qui sont aujourd’hui touchés par les incendies », a déclaré, mardi, dans un communiqué, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités. Les professionnels du tourisme, de la restauration comme les saisonniers, confrontés à un désastre économique, espéraient un peu plus que des pensées.

Si le gouvernement a présenté, lundi, des premières mesures à destination des plus de 13 000 entreprises dont l’activité est directement affectée par les feux de forêt frappant la Gironde, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a promis d’apporter « des réponses plus précises à leurs préoccupations » lors d’une réunion convoquée ce jeudi à Bercy. Et ce mardi après-midi, le ministère du Travail a donné pour instruction « de traiter en urgence les demandes d’activité partielle des entreprises affectées ».

Un flou à clarifier sur les mesures d’urgence

L’exécutif avait déjà annoncé la possibilité de recourir au chômage partiel pour les 100 000 à 150 000 travailleurs concernés. L’employeur versera au salarié une indemnité correspondant à 70 % de sa rémunération. « Nous sommes favorables à ce que l’État prenne en charge ce chômage partiel à 100 %, les personnels ne sont pas responsables de la situation », martèle Virginie Neumayer, secrétaire confédérale de la CGT, qui a participé à la réunion de lundi.

Les questions pratiques sur sa mise en œuvre restent floues. « Il faut aussi clarifier quelles entreprises sont éligibles : seulement celles dont l’activité est arrêtée ? Les employés qui ne peuvent se rendre sur leur lieu de travail rendu inaccessible pourront-ils en bénéficier aussi ? s’interroge-t-elle. On ne peut pas se contenter des déclarations d’intention des ministres. »

Autre point dans le viseur du gouvernement : la question des conséquences pour l’activité économique de la pollution de l’air. « Des problèmes sanitaires demeurent en suspens, notamment sur les expositions aux particules fines, estime Virginie Neumayer. Il faut mettre en sécurité les ouvriers travaillant sur les chantiers et instaurer un suivi médical de moyen à long terme. » À part le recours, quand c’est possible, au télétravail, et aux masques FFP2 à l’extérieur, les mesures de prévention préconisées par le ministère du Travail se réduisent à « limiter les déplacements et les activités physiques en extérieur ».

Les entreprises à la trésorerie asséchée n’ont que l’Urssaf vers laquelle se tourner pour un possible échéancier. Ainsi, pour la cégétiste : « Il faudrait réussir à sortir de la gestion de crise pour travailler à des réelles mesures structurelles. »

Une saison touristique terminée

La saison touristique est « terminée » en Gironde, regrettait, ce mardi, sur France Info, Lionel Pujade, président du Syndicat de l’hôtellerie de plein air du département et propriétaire d’un camping. Plus de 40 000 vacanciers ont dû quitter les campings de Gironde et des Landes. Un établissement a été détruit et trois autres ont subi des dégâts.

Pour l’hôtellerie de plein air, aux premières loges du drame, comme pour la restauration, l’activité s’est effondrée du jour au lendemain. Si le coût économique exact de cette catastrophe reste encore difficile à mesurer, l’onde de choc est massive. La vague d’annulations des réservations touche désormais les établissements de communes totalement épargnées par les flammes, menaçant l’ensemble du territoire.

L’inquiétude monte pour les salariés du secteur. Face à la fermeture d’établissements, de nombreux saisonniers s’interrogent : faut-il partir ou espérer une reprise ? La situation des travailleurs fragiles alerte les syndicats. Stéphane Obé, secrétaire général de l’UD-CGT en Gironde, pointe les failles des premières annonces gouvernementales : « Les saisonniers dont les contrats n’ont pas encore débuté ne bénéficieront pas du chômage partiel. »

La perspective d’un désastre économique s’amplifie alors que le secteur du tourisme pèse plus de 40 000 emplois, 3,2 milliards d’euros de retombées directes et 7 % du PIB départemental. La consigne donnée par la préfète de région, Sophie Brocas, d’« envisager une autre destination » passe mal auprès des professionnels. « La Gironde, c’est très grand », rappelle Franck Chaumès, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih Gironde), qui espère un rectificatif pour « sauver le mois d’août ». Mais alors que les feux persistent, la deuxième destination touristique de France craint de voir la crise s’installer dans la durée.

Des PME dans une situation critique

Les petites entreprises redoutent d’importantes pertes d’exploitation et des risques de faillite. « Pour les artisans, la situation devient critique », alerte Gérard Gomez, président de la chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) Nouvelle-Aquitaine. 9 600 entreprises artisanales sont concernées en Gironde et dans les Landes selon lui.

« Certains ont dû fermer leur atelier, leur laboratoire ou leur boutique. Ils ne savent même pas dans quel état ils vont retrouver leurs biens. » Les difficultés touchent aussi les acteurs hors zone, confrontés au manque de clients et aux chantiers à l’arrêt. D’autant que les artisans ne sont pas tous assurés de la perte d’exploitation. « Nous les accompagnons pour accéder aux dispositifs d’aide pour leurs salariés et sur les aspects psychologiques », explique-t-il.

Les 500 salariés évacués des entrepôts logistiques de Cdiscount à Cestas sont pour la plupart en situation de chômage technique. Au moins jusqu’au mercredi 29 juillet, « avec le maintien du salaire à 100 % », selon Rémi Dias-Veiga, délégué CGT de C-Logistics. « Nous sommes fortement sollicités par les salariés et nous gérons la crise en lien direct avec la direction », souligne-t-il. Un élan de solidarité grandit entre les travailleurs, « ceux qui sont dans l’incapacité de travailler viennent en aide aux familles évacuées », affirme le représentant syndical.

Ailleurs, l’activité continue dans les fumées. Si certains sont en télétravail, les travailleurs de l’énergie chez GRDF et Enedis poursuivent leur activité, même dans les zones fermées à cause des feux. Ils viennent sécuriser en urgence les réseaux électriques. Une cellule a été ouverte à Biscarrosse avec les techniciens et les pompiers pour intervenir en toute sécurité et maîtriser de potentiels risques.

Les sites Seveso et l’industrie sous haute surveillance

Autour de Bordeaux, les flammes se sont rapprochées de plusieurs sites Seveso, menaçant de provoquer des ravages encore plus tragiques dans la région. Les entreprises et les syndicats ont fait appel aux autorités. Vendredi 24 juillet, le premier ministre s’engageait à mettre en place des « dispositifs de protection » pour les infrastructures classées Seveso.

Ces établissements industriels présentent en effet des risques majeurs en raison des quantités importantes de matières inflammables et explosives qui y sont manipulées, fabriquées ou entreposées. Et sept des trente-cinq sites Seveso localisés dans le département se trouvent à moins de 10 kilomètres des incendies. Selon le site Géorisques, sept autres installations « classées non Seveso manipulant des substances et mélanges dangereux » sont également situés dans l’agglomération bordelaise, des sous-traitants du secteur de la construction navale ou des vins et spiritueux.

À l’ouest de la ville sont notamment implantés les groupes Ariane, Safran, Thales ou Dassault, spécialisés dans l’aéronautique, la défense et le spatial. Les sites d’Ariane ont tous pu être évacués depuis lundi matin et « toutes les mesures nécessaires ont été prises pour les sécuriser », selon un porte-parole du groupe. Même chose chez Dassault, qui a procédé au transfert de ses « équipements sensibles » depuis les sites de Martignas et de Cestas vers celui de Mérignac.

La CGT réclame « un état des lieux exhaustif » de ces sites à risque, ainsi que « la mise en place de cellules départementales de suivi associant les organisations syndicales ». Reste qu’une « vigilance particulière » devra s’appliquer dans les prochains jours ; des pompiers spécialisés dans les risques industriels sont déjà sur place.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/chomage-partiel/13-000-entreprises-affectees-des-sites-seveso-menaces-40-000-touristes-evacues-face-a-lincendie-en-gironde-leconomie-locale-et-les-travailleurs-asphyxies

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