
Dans la capitale bretonne comme ailleurs, le mouvement lycéen a été durement réprimé ces dernières semaines.
Julien Marsault
L’impression de tourner en rond et pas dans le bon sens. Ce matin-là, rendez-vous est donné au rond-point du Leclerc de Cleunay, à l’ouest de Rennes. Alors que la plupart des autres points de blocages ont été rapidement évacués par les forces de police, celui-ci semble tenir bon. Des grappes de manifestants parsèment la route. Les automobilistes passent au compte-goutte.
Par Julien MARSAULT
Encore une fois, les moins de trente ans sont à l’avant-poste. C’est le cas d’Enzo1, étudiant et membre de Révolution permanente. Lui était présent très tôt dans la journée à la fac de Rennes 2 pour s’y préparer : « L’objectif était d’organiser des blocages économiques un peu partout dans la ville. On a pas mal joué au chat et à la souris avec les flics avant de se rendre jusqu’au stade. Puis ils se sont mis à nous charger assez violemment, sans sommation. »
Maël se fait écho de coups de matraque subis par ses camarades à d’autres endroits de Rennes. Mais aussi d’une quinzaine d’interpellations, confirmées par la préfecture. Dans la capitale bretonne comme ailleurs, le mouvement lycéen a été durement réprimé ces dernières semaines. Celui du 17 octobre ne semble pas dire autre chose. « Je pense que cette journée va au-delà des Gilets jaunes, c’est plus une mobilisation de la jeunesse en général. Il y a une forme de convergence avec les lycéens. »
Hôpitaux surchargés, salaires faibles et augmentation des prix
En témoigne la présence de Ness, étudiant étranger. Lui est venu ici avec sa bande de copains pour revendiquer un accès aux APL dont il ne bénéficie plus et, plus généralement, réclamer des mesures contre la précarité. « Si on quitte notre pays d’origine, ce n’est pas par plaisir mais pour avoir un meilleur avenir », résume-t-il.
À ses côtés, son amie Lucia évoque aussi les hôpitaux surchargés, les faibles salaires des enseignants, l’augmentation des prix. « Il y a une colère générale, toutes nos revendications sont légitimes, estime la jeune femme qui peine à trouver du travail depuis de longs mois. Malgré le fait que l’on ait peur de la police, on est quand même présents car il faut bien se mobiliser ! »
Un masque de ski sous le menton, Naser est venu pour les mêmes raisons, mais aussi « pour lutter contre la montée du fascisme ». Lui raconte « qu’un ami extrêmement politisé n’a pas souhaité participer à cause de la répression policière. Moi j’essaye de faire attention Il est faux de dire qu’en restant calme, il ne se passera rien. »
« Il est temps que les gens sortent de l’attentisme »
Pendant ce temps-là, la foule profite d’une ambiance plutôt joyeuse. Çà et là, ça fume des clopes, ça joue au ballon. Une fanfare féministe rythme le temps qui passe tandis qu’une jeune femme peaufine sa pancarte dans l’herbe. On peut y lire « Éteignez la télé, regardez par la fenêtre ». Là encore, sans forcément refaire le mouvement des Gilets jaunes, les manifestants picorent dans des modes d’action qui lui font écho : affubler son gilet de slogans incisifs, laisser passer les voitures qui en arborent un, tenter de convaincre les passants récalcitrants.
Laurent, 56 ans, est venu seul tôt ce matin pour participer et les soutenir. Cet AESH est l’un des rares présents à avoir participé au mouvement des Gilets jaunes : « Je ne suis pas quelqu’un qui manifeste beaucoup mais aujourd’hui, je viens à nouveau pour défendre mon métier. Nous travaillons dans des conditions difficiles, dans des bâtiments délabrés. Je comprends totalement les lycéens. »
Comme à l’époque, lui espère que les blocages tiendront et que le mouvement perdurera. « Rien ne change. Il y a un ras-le-bol total, une vraie précarité. Beaucoup d’automobilistes qui passent par ici sont solidaires, Certains nous amènent du café, de quoi grignoter. Mais il est temps que les gens sortent de l’attentisme. »
Gaz lacrymogène et feux d’artifice
Il est bientôt 13 heures Un peu plus loin, au niveau de la rocade, la situation se tend. Les forces de police situées à quelques mètres des barricades se positionnent. Pas question que la foule ne déborde sur la nationale. Un premier jet de gaz lacrymogène sonne la fin de partie. Des feux d’artifice sont tirés par les manifestants. En face, on n’a pas l’air de vraiment vouloir calmer le jeu. La désescalade, ça sera pour un autre jour.
Les CRS chargent. Lucia et les autres décampent. « Je fais 1m50, j’vais pas prendre de risque inutile ! », lance la jeune femme. Quelques minutes plus tard, le rond-point est évacué manu militari tandis que la foule converge vers le centre-ville pour manifester. L’odeur des lacrymogènes se diffuse, rue après rue. Affaire à suivre.
- Les prénoms ont été modifié ↩︎
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