
Dans les océans Indien, Atlantique et sur le continent américain, plusieurs mobilisations ont eu lieu jeudi 5 novembre dans les départements français les plus éloignés. Tour d’horizon des actions et des revendications.
Par Axel NODINOT
Loin des yeux, loin du cœur économique du pays. Les populations ultramarines souffrent elles aussi de l’inflation des derniers mois. Cela vient s’ajouter à des difficultés déjà chroniques en matière de pouvoir d’achat, d’accès à l’eau ou de transport, mais aussi d’éducation, les départements d’outre-mer étant les premiers à avoir fait émerger des révoltes lycéennes.
À La Réunion, un début de convergence des luttes
Ce jeudi 5 novembre était synonyme de rentrée sociale pour l’île Bourbon. Après la grève de la fonction publique le 29 septembre dernier, l’intersyndicale organisait deux manifestations à Saint-Denis, au nord, et Saint-Pierre, au sud, où sont venues quelque 4 000 personnes. « Cette première interprofessionnelle est très réussie, se félicite Bertrand Capelotar, secrétaire confédéral de la CGTR. Nous avons pu discuter avec des jeunes, des étudiants, des retraités, des personnes sans emploi, nous commençons à avoir une convergence des luttes, nous allons donc nous organiser. »
Des actions ciblées ont précédé cette matinée, au sein de l’entreprise de ramassage de déchets Nicollin, mais aussi chaque samedi avec des collectifs citoyens menés par les étudiants et leurs parents. « Avec la hausse des prix du carburant et aucun transport, à part les bus qui roulent sur les mêmes routes que les voitures, tous les ingrédients sont là pour que ça pète, continue Bertrand Capelotar. On est assis sur une poudrière, et si ça pète, on ne sait pas si nous, syndicats, pourrons maîtriser la situation. »
À Mayotte, des lycées sans toilettes et insalubres, deux ans après Chido
Sur l’île au lagon, foyer oublié du mouvement lycéen, la mobilisation s’axe sur l’éducation. La jeunesse, qui représente plus de la moitié de la population mahoraise, déplore ses établissements scolaires insalubres et surchargés, deux ans après le cyclone Chido. La CGT Éduc’action et le Snep-FSU ont organisé trois manifestations au nord et au sud de l’île, ainsi que devant le rectorat, à Mamoudzou. Ils réclament un « plan d’urgence et des moyens pour rénover le bâti public », le classement de l’île en éducation prioritaire et la création massive de postes d’enseignants et de personnels.
Les jeunes ont rejoint le mouvement, bloquant notamment le lycée Younoussa-Bamana de Mamoudzou. Sud éducation Mayotte a réfuté que la situation serait due à la « pression migratoire », comme a osé le dire Emmanuel Macron, interviewé par la chaîne HugoDécrypte. « Les problèmes scolaires de Mayotte sont dus à un refus d’anticipation des besoins d’un département jeune », répond le syndicat, qui dénonce un « discours d’extrême droite qui rejette les responsabilités sur les étrangers ».
En Guyane, on manifeste pour le blocage des prix des produits de première nécessité
C’est à l’aube que les travailleurs de Guyane et leurs représentants ont foulé le pavé, dès 7 h 30 à Cayenne, puis à Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. Comme dans le reste du pays et des outre-mer, on manifeste « contre la vie chère, pour l’augmentation du pouvoir d’achat et l’augmentation des salaires ». Mais aussi pour le blocage des prix des produits de première nécessité, la baisse des loyers, et pour des investissements dans les services publics. Reçus il y a deux mois par le préfet, les secteurs public et privé déplorent encore l’incurie de l’État dans le département.
Enfin, l’éducation n’est pas en reste, après le soulèvement des lycéens en septembre, l’un des premiers mouvements du genre en France. Une cinquantaine d’établissements étaient fermés ce jeudi 5 novembre dans l’ensemble des villes du département. D’autres conflits continuent de s’y dérouler, comme la grève des agents de la Société guyanaise des eaux, notamment contre Suez.
En Martinique, les grévistes se sont aussi rassemblés par centaines devant la Maison des syndicats
Les travailleurs martiniquais avaient le choix : bloquer leur lieu de travail ou manifester. Alors, ce jeudi matin, ils ont été nombreux à entamer des grèves dans leurs entreprises, surtout dans des collèges et lycées du centre de l’île. Ils se sont aussi rassemblés par centaines devant la Maison des syndicats, à Fort-de-France, avec en ligne de mire des revendications locales (prix de l’alimentation et du carburant, éducation, algues sargasses). Mais aussi nationales, avec la dénonciation des budgets 2027 et la mise en garde contre le danger de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.
« On marque le coup, affirme Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGT Martinique. Nous réclamons de meilleures pensions et salaires, des mesures contre la vie chère et la hausse des prix du carburant, car chez nous, le sans-plomb a pris 25 centimes en deux mois ! Nous avons donc demandé une audience au préfet, qui ne nous a pas encore répondu. »
En Guadeloupe, l’intersyndicale prépare le 11 novembre
Pas de manifestation ce jeudi, mais une conférence de presse de l’intersyndicale et de différentes organisations telles que le LKP pour appeler à une grande mobilisation le mercredi 11 novembre et « faire mieux que 2009 », ambitionne Rony Tillé, secrétaire général de la CGTG-CHU. « Nous organisons les travailleurs pour obtenir un rapport de force et des avancées concrètes, explique-t-il à l’Humanité, car notre situation sociale est particulièrement préoccupante. La vie chère fait que les travailleurs n’arrivent plus à vivre dignement de leur salaire, et que les familles s’appauvrissent. Le prix du carburant est en hausse, et cela fait plusieurs années que les coupures d’eau intempestives coupent le robinet des familles pendant parfois plusieurs jours. »
Les syndicats guadeloupéens réclament donc l’indexation des salaires et des retraites sur le coût de la vie, 2 à 3 milliards d’euros d’investissements pour refaire les canalisations, la sécurisation des routes, ou encore la reconnaissance par l’État de l’empoisonnement des îles de la Guadeloupe et de la Martinique au chlordécone. « Nous ne pouvons plus continuer à se laisser écraser et piller par le système capitaliste et les patrons qui pleurnichent sur la misère », prévient Rony Tillé, qui n’oublie pas de soutenir le mouvement lycéen dans toute la France.
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