7-Octobre : entre deuil et colère, comment la société israélienne commémore les attaques (H.fr-7/10/26)

L’opacité des décisions politiques avant et après les attaques du 7-Octobre est un sujet ultrasensible en Israël. © AHMAD GHARABLI / AFP

Traumatisée par les attaques meurtrières du Hamas, la société israélienne se recueille aujourd’hui pour la troisième année consécutive. Malgré l’unité nationale affichée, le deuil et la tristesse ravivent toutefois le mécontentement face à la gestion opaque de la crise sécuritaire la plus grave de l’histoire du pays.

Par Sylvain MERCADIER

En ce jour anniversaire des attaques meurtrières du Hamas, les drapeaux blanc et bleu sont en berne dans tout le pays. Le 7 octobre 2023 a laissé une profonde cicatrice en Israël. Les commémorations de cet événement ont commencé dès 6 h 29, quand une minute de silence a été observée à l’heure exacte du début des attentats.

Sur le site du festival Nova, les familles des victimessont venues se recueillir sur un mémorial spécialement installé pour l’occasion. Dans ce terrain vague aux abords de la bande de Gaza, 378 personnes ont été tuées et 48 autres ont été capturées puis emmenées dans l’enclave palestinienne. Une stèle a été dressée pour chacun des morts avec leur portrait et une légende évoquant leur vie.

Cette commémoration est la première depuis la libération de l’intégralité des otages israéliens capturés en octobre 2023. Si elle a permis le ralliement de la société autour d’un événement traumatique, elle a aussi fait l’objet de récupération de la part du gouvernement, soucieux de redorer son image à la veille d’élections législatives cruciales pour l’avenir du pays et, surtout, de faire oublier ses défaillances.

Instrumentalisation politique

Deux jours avant les commémorations nationales, une première cérémonie a donc été organisée. Benyamin Netanyahou en a profité pour tenter de faire oublier sa responsabilité criante dans les défaillances sécuritaires. Les récentes révélations de journalistes israéliens sur l’inaction injustifiable du premier ministre israélien ont ébranlé le pays et affaibli davantage sa défense hasardeuse, lui qui est déjà rattrapé par des affaires de corruption depuis plusieurs années.

Qu’importe, Benyamin Netanyahou s’est étalé sur les prouesses militaires de l’armée israélienne, s’attardant longuement sur la menace existentielle que représente selon lui la République islamique d’Iran avant de marteler l’idée que « le Hamas ne gouvernera jamais plus la bande de Gaza » et de fustiger les acteurs internationaux qui ont osé critiquer sa politique génocidaire dans l’enclave.

Instrument de diversion, ce discours martial tente de faire oublier que l’impasse politique et militaire à Gaza est totale et que la question des otages a été traitée de manière secondaire, sinon superficielle, par le gouvernement et l’armée israéliens. Face à cette tentative de récupération contestée par les adversaires de Netanyahou, des familles d’otages très mobilisées depuis 2023 en ont profité pour faire entendre leur voix.

Mobilisation des familles

Figure de cette contestation, Yoram Yehudi, dont le fils est tombé au festival Nova, l’a rappelé face aux caméras : « Personne ne rend des comptes, ce qui serait la moindre des choses de la part de notre gouvernement. » Autre figure de cette fronde, Einav Zangauker a tancé le gouvernement et son chef. « Ils essaient de nous faire oublier ce qui est arrivé le 7-Octobre. Mais nous n’oublierons pas. Nous demandons la vérité », a-t-elle exigé publiquement.

L’opacité des décisions politiques avant et après les attaques du 7-Octobre est un sujet ultrasensible en Israël. Le premier ministre s’est catégoriquement opposé à la création d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les défaillances sécuritaires majeures qui ont permis le passage à l’acte du Hamas en 2023.

Des collectifs de familles d’ex-otages ont fait part de leur indignité et de leur colère contre le gouvernement. En signe de protestation, ils ont déposé des véhicules calcinés des victimes du festival Nova devant la Knesset et organisé des sit-in devant les résidences de plusieurs membres du gouvernement, dont celles de Benyamin Netanyahou, du chef du Parlement Amir Ohana, ainsi que celles de plusieurs ministres en fonction. Au moins trois manifestants ont été arrêtés devant les domiciles des politiciens visés.

« Nous nous souvenons de nos proches disparus aux mains des meurtriers du Hamas, mais nous avons un autre devoir : celui de comprendre comment l’État d’Israël a pu permettre une telle chose d’arriver », a dénoncé le collectif des familles des otages. Aussi légitime que soit l’exigence de transparence demandée par les familles des victimes, ces dernières éludent totalement les abus et les crimes perpétrés contre les Palestiniens par Tel-Aviv après mais aussi avant les attaques du 7 octobre 2023.

Source: https://www.humanite.fr/monde/gaza/7-octobre-entre-deuil-et-colere-comment-la-societe-israelienne-commemore-les-attaques

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