
Il est de retour à Quimper depuis quelques heures seulement et se dit prêt à repartir. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 2026, Hugo David, 24 ans, bénévole de la Croix-Rouge française depuis neuf ans, s’est rendu en Gironde, en proie à de terribles incendies.
Par Sophie BENOIT
Vous êtes l’un des bénévoles finistériens de la Croix-Rouge française à vous être rendus en Gironde. Comment le départ s’est-il organisé ?
Sept bénévoles ont pris le départ vendredi soir et sont arrivés là-bas dans la nuit. Moi, j’ai pris le départ à 3 h du matin depuis Rennes, avec d’autres bénévoles d’Ille-et-Vilaine. On est rentrés entre cette nuit et ce matin. Et six autres bénévoles finistériens sont partis ce lundi matin.
Quand des événements de cette envergure se produisent, avec des besoins importants, le centre opérationnel national de la Croix-Rouge reprend la main sur l’organisation, en lien avec le département touché. Il y a eu une demande de renfort national, transmise à l’ensemble des volontaires de la Croix-Rouge. Dans les heures qui ont suivi, on a réussi à mobiliser près de 200 bénévoles.
Votre décision a forcément été rapide à prendre…
Oui, parce que ce sont des missions durant lesquelles on sait que chaque minute compte. C’est une culture de la réponse à l’urgence que l’on a globalement à la Croix-Rouge française mais aussi individuellement lorsqu’on en fait partie. On sait que les conditions là-bas sont rudes, on voit les images, on voit comment les sapeurs-pompiers travaillent de manière exceptionnelle et on sait que les besoins sont réels et concrets.
À lire sur le sujet « Plusieurs semaines, voire plusieurs mois » : pourquoi la lutte contre le feu en Gironde pourrait-elle encore durer longtemps ?
Quel a été votre rôle, et celui des autres Finistériens, sur place ?
Il y a plusieurs activités, notamment autour de la logistique car faire venir des dizaines et des dizaines de bénévoles français sur un même lieu nécessite une organisation. Il faut mettre en place une base vie, une base logistique. On participe aussi à la mise en place des centres d’hébergement d’urgence pour accueillir la population évacuée, en lien avec les services de l’État et les autres associations de sécurité civile. On participe également à l’évacuation des Ephad, en transférant les personnes âgées vers des hébergements d’urgence, notamment celui de Bordeaux. C’est actuellement le plus gros centre, et qui peut encore augmenter sa capacité en fonction des besoins.
Avez-vous apporté du matériel, des équipements particuliers ?
Depuis le Finistère, non, car les départements à proximité de la Gironde en ont déjà. On fait donc venir le matériel le plus proche, en grande quantité. Mais on pourra effectivement amener du matériel supplémentaire, notamment les lits picots.
Qu’est-ce qui vous a d’abord marqué sur place ?
La forte mobilisation de l’ensemble des organismes, des habitants qui apportent leur soutien aux sapeurs-pompiers, aux personnels mobilisés. Une forte mobilisation, une forte réactivité, en si peu de temps. Avec, parfois, des personnes qui ont traversé la France pour venir aider.
Que dire des sinistrés ?
Ils font preuve de résilience car certains ont vécu les grands feux de 2022, qui étaient moindres que ceux que l’on vit aujourd’hui en Gironde mais qui étaient déjà importants. Ils savent qu’on ne peut pas lutter, malheureusement, qu’il faut écouter les consignes, évacuer, et s’adapter à la situation qui peut évoluer d’heure en heure.
Comment avez-vous vécu cette mission ?
Les nuits sont courtes, l’activité est intense, entre la fatigue, la chaleur, les fumées… On sent qu’on est à proximité du feu lorsqu’on y est. On le voit, rien qu’aux paysages, à la fumée. On avait des cendres qui tombaient et qui nous empêchaient de rester à l’extérieur, sauf si on arrivait à porter un masque FFP2. Sinon, ça devenait compliqué de respirer car il y avait une forte odeur de fumée alors même que nous n’étions pas au contact des flammes. Ce qui laisse imaginer les conditions pour les sapeurs-pompiers. C’est aussi cette odeur qui marque et qui reste. Et qui nous rappelle pourquoi on est là.
Vous avez déjà été mobilisé sur les incendies des Monts d’Arrée, vous vous êtes rendu à Mayotte après le passage du cyclone Chido… Mais est-ce la première fois que vous vivez une situation comme celle-ci ?
À ce point, oui.
La Croix-Rouge lance-t-elle d’ores et déjà un appel aux dons ?
Pas pour l’instant, en tout cas pas à l’échelle nationale. Un appel a été lancé en Gironde pour financer de l’achat de matériel et pouvoir tenir dans la durée. On sait que c’est toujours plus facile d’acheter à proximité que de faire venir depuis l’autre bout de la France.
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