
Des pompiers de la France entière se relaient pour tenter de contenir le gigantesque feu de forêt qui dévore la Gironde, depuis le 22 juillet 2026. Du 22 au 25 juillet, le lieutenant Rivoal a dirigé une équipe de vingt Morbihannais volontaires qui ont tenté de protéger des habitations. Interview.
Par Maxime SOENEN
En Gironde, le feu de forêt de Landiras continue de ravager le département, en particulier le long de la presqu’île de Gascogne.Avec une trentaine de pompiers, le lieutenant Jérôme Rivoal a participé à la lutte contre les incendies de Gironde, de mercredi 22 juillet à samedi 25 juillet 2026.Ce militaire de 42 ans, chef de groupe de sapeurs-pompiers à Port-Louis (Morbihan), revient de son expérience sur place.
42 000 hectares partis en fumée, et le bilan continue de s’alourdir. Les gigantesques incendies de la Gironde continuent de brûler forêts et habitations. 2 500 pompiers sont déployés sur place pour tenter de les contenir. Ils viennent de toute la France.
Le Morbihan n’est pas en reste, avec une trentaine de combattants du feu qui se relaient au front. Le lieutenant Jérôme Rivoal y a dirigé une équipe de 21 personnes venant de tout le département, réunies au sein d’un Groupe d’intervention feux de forêt (GIFF), avec quatre camions. Partis le mercredi 22 juillet, ils sont revenus le samedi 25 juillet. Il témoigne.
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Comment ont été choisis les pompiers morbihannais qui sont allés aller au front, en Gironde ?
Nous avons tous reçu un mail en amont pour solliciter des volontaires. Ensuite, tout dépendait des disponibilités. J’ai dû poser des jours de congé pour pouvoir me libérer à titre personnel, d’autres étaient déjà en vacances quand ils ont accepté. Nous sommes finalement partis le mercredi 22 juillet 2026, à 14 h, avec un Groupe d’intervention feux de forêt (GIFF) de 22 pompiers morbihannais. Des collègues du département ont pu prendre notre relève ce samedi 25 juillet.
Quelle était votre mission sur place ?
Nous étions placés aux abords du feu, à Lège-Cap-Ferret, sur la presqu’île. Nous empêchions les habitations de se faire dévorer par les flammes. Au total, on a réussi à en sauver une cinquantaine. D’autres ont brûlé… Certaines maisons sont très proches de la forêt de pins, sans débroussaillement. Avec la chaleur intense et le vent qui tournait, les flammes pouvaient s’allonger sur 20/30 mètres. Le foyer devenait hors de portée de nos lances, et nous étions forcés de céder du terrain.
Dans le Morbihan, nous ne voyons pas de tels feux de forêt. N’est-ce pas difficile ou dangereux de s’adapter ?
Dans le Morbihan, nous sommes plus habitués aux feux de chaume, de champ, où nous intervenons avec des sortes de bâches d’eau. Mais nous étions bien formés aux feux de forêt, avec des techniques bien définies. Nous étions prêts.
Y a-t-il eu des moments de peur ?
Oui, un peu. Il y a eu de l’appréhension notamment quand on a tenté une ligne d’appui, pour stopper le feu avant qu’il ne touche une autre forêt. On s’est retrouvés face à un tel mur de flammes. Nous n’avions jamais vu cela. J’avais déjà combattu les feux de forêt de 2022, mais là, c’était beaucoup plus grand, plus intense.
Psychologiquement, voir Lège-Cap-Ferret devenir une ville fantôme nous a marqués aussi. Les gens sont partis à toute vitesse, en laissant tout derrière. Il y avait des barbecues prêts à être allumés, des scènes de vie interrompues soudainement.
D’autant plus que nous étions bien fatigués. Sur quatre jours, nous n’avons fermé les yeux que cinq heures. Nous étions censés dormir à Saint-Hélène, mais dès la première « nuit », on nous a appelés pour revenir en renfort. Ensuite, ce n’était que des minutes de sommeil grappillées dans les véhicules quand on le pouvait.
Pensez-vous que vos collègues vont réussir à éteindre l’incendie prochainement ?
Avec le vent qui tourne et la vague de chaleur qui arrive, je ne sais pas. C’est la première fois que l’on voit un tel phénomène climatique. Dans tous les cas, même si on fixe le feu, je pense que les pompiers girondins vont devoir y travailler quatre ou cinq mois, le temps d’éteindre tous les foyers dans le sol et les arbres calcinés. Maintenant, il va falloir penser au futur, avec plus de moyens investis, notamment aériens, comme les canadairs.
Si on vous rappelle, vous y retournez ?
Bien sûr. Nous allons tenter de faire tourner les effectifs, car les rotations risquent de durer longtemps, mais si c’est nécessaire, on y retournera tous. Le jour où ça arrivera chez nous, on sera bien contents que les collègues des autres régions fassent le déplacement pour nous aider. Nous sommes tous rentrés épuisés, mais avec le sentiment du devoir accompli.
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