
Les vagues de chaleur qui s’enchaînent depuis fin juin harassent les poules du Pépin et la Plume, à La Roche-Maurice. Celles qui n’en sont pas mortes pondent moins. « On n’arrive plus à sécuriser notre production à cause de l’aléa climatique », déplore le gérant de l’exploitation.
Par Etienne LANNUZEL
Plus d’œufs, mi-juillet, sur les étals du magasin Biocoop du Relecq-Kerhuon. À 25 km de là, son fournisseur, Le Pépin et la Plume, ne peut plus suivre la cadence. Il est contraint de « répartir équitablement » la production entre ses clients.
Ses poules vont mal, en effet. Elles étouffent. Les épisodes de canicule qui se succèdent depuis fin juin ont même fait périr 50 % des pondeuses dans certains bâtiments. Et celles qui ont survécu sont physiologiquement perturbées.
Coupe-faim
« On dit qu’une poule pond par son bec, décrit Mickaël Pont, le gérant de cette ferme biologique à La Roche-Maurice. Lorsqu’elles ont chaud, elles sont moins actives. Comme nous, les humains. Elles ont moins d’appétit et donc elles pondent moins. »
Les œufs qu’elles parviennent encore à produire ont la coquille plus claire, et sont surtout plus petits, parfois même en deçà du calibre minimal autorisé (53 grammes).
L’éleveur rochois estime la baisse de productivité de ses poules à 25 %. Il devrait y perdre plusieurs milliers d’euros.
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Un vide sanitaire qui n’arrange rien
Le coup de chaud n’est pas le seul coupable dans l’affaire. Il y a plus globalement une « crise de l’œuf, sur tous les labels », rappelle Mickaël Pont. En bio, l’offre ne suit pas le regain de demande des consommateurs.
Et Le Pépin et la Plume doit composer simultanément avec un vide sanitaire (période de repos obligatoire pendant laquelle un bâtiment agricole est vidé de ses animaux pour être nettoyé et désinfecté, NDLR) dans l’un de ses quatre poulaillers. Nombre de ses poules sont « temporairement hors production ». Le « combo » fait mal.
Le changement climatique remet en question nos méthodes. Ce qui semblait être acquis ne l’est plus.
« Pas de solutions miracles »
Le retour à des températures plus supportables, ces derniers jours, permet aux volailles de reprendre progressivement de la vigueur. En septembre, il en aura fini avec le vide sanitaire et fera entrer de nouvelles poulettes. « La situation devrait s’améliorer début octobre », prévoit Mickaël Pont.
Mais comment l’agriculteur compte-t-il affronter les prochaines vagues de chaleur, amenées à se multiplier ? Quelles solutions s’offrent à lui ? « On ouvre, on ventile, on change l’eau des poules plus régulièrement, on les arrose… On n’a pas beaucoup d’outils pour protéger les animaux sur de si longues périodes. Il n’y a pas de solutions miracles. »
« Cela fait dix-sept ans que je fais ce métier et je n’avais jamais manqué d’œufs, poursuit l’exploitant. Depuis trois ans, nos méthodes sont en perpétuelle remise en question. Ce qui nous semblait acquis, que ce soit pour l’animal ou le végétal (le maraîchage sous abri représente 50 % de l’activité du Pépin et la Plume), ne l’est plus. Les périodes humides sont trop longues en hiver, comme les sécheresses en été. On a de plus en plus de mal à être précis sur ce que l’on va pouvoir produire à cause de l’aléa climatique. Cela risque de poser un réel souci de souveraineté alimentaire dans les années à venir. »
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