
Des militants du collectif Lever les voiles mènent depuis le début du mois d’août une campagne de tractage dans le Finistère pour informer sur les dangers du groupe Bolloré, dont les médias diffusent une idéologie d’extrême droite.
Par Chloé RICHARD
Fouesnant (Finistère), reportage
À l’entrée de la cale de Beg-Meil, située à Fouesnant (Finistère), Cathy et Morgan distribuent des prospectus aux passants. De prime abord, la première page du document laisse croire à un flyer touristique somme toute classique. On y voit une photo d’une île vue du ciel, avec en grosses lettres : « L’île du Loc’h », qui fait partie de l’archipel des Glénan, situé non loin de là, en baie de Fouesnant. « On précise bien aux gens qu’il ne s’agit pas d’une brochure touristique », sourit Cathy, en tendant un flyer à deux promeneuses qui descendent vers la plage.
En s’attardant sur le prospectus, très vite, le lecteur comprend en effet qu’il s’agit ici d’un document un peu plus engagé : le tract raconte l’histoire de cette île de 42 hectares et de son unique occupante depuis un siècle, la famille du milliardaire breton Vincent Bolloré.

« On tient à informer les gens sur qui est vraiment Vincent Bolloré », explique Morgan, dont la pile de dépliants se réduit petit à petit. Le prospectus en question a été confectionné par Lever les voiles, un collectif breton opposé à l’empire Bolloré qui a vu le jour en 2024, après les révélations du média La Lettre portant sur le recrutement du néonazi Marc de Cacqueray-Valménier — ex-membre de l’organisation de l’extrême droite Groupe Union Défense condamné pour l’agression de militants de SOS Racisme en 2021 — pour garder la maison de Vincent Bolloré sur l’île du Loc’h.
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En une dizaine de pages, le flyer distribué dans les rues de Beg-Meil rappelle ainsi dans les grandes lignes ce qui se cache derrière l’empire Bolloré, comme la mainmise sur les médias opérée par le milliardaire. Le dépliant raconte aussi comment l’île du Loc’h a d’abord hébergé d’anciens résistants après la Seconde Guerre mondiale avant d’accueillir, huit décennies plus tard, le néonazi précité. « Je connais déjà l’histoire. Je suis contre tout ce que Bolloré dégage et tout ce qu’il fait », dit Pierre, vacancier, qui prend le temps de feuilleter le dépliant.
Marion, elle aussi en vacances ici, découvre avec joie le contenu du prospectus, bien accueilli par les passants. « C’est bien d’informer les gens. Bolloré possède beaucoup trop de choses, un humain ne doit pas pouvoir détenir autant », dit la jeune maman. « Je croyais qu’on venait de me distribuer un guide touristique ! » s’étonne Alain, de passage dans le coin. « Ce n’est pas un personnage que j’apprécie », ajoute-t-il.
Une réponse au greenwashing de Bolloré
L’action de tractage du collectif fait suite à d’autres manifestations locales contre l’empire Bolloré, et s’inscrit plus largement dans la campagne Désarmer Bolloré, portée par des dizaines de collectifs et associations en France. Ainsi, en mai 2025, une première manifestation de Lever les voiles, à la fois en mer et à terre, s’était tenue en baie de Fouesnant, non loin de l’île du Loc’h.
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La distribution de ce tract est aussi une réponse à celui que le groupe Bolloré a lui-même produit, portant précisément sur l’île du Loc’h. Quelques semaines après la manifestation de mai 2025, il « a fait distribuer dans les boîtes aux lettres à Fouesnant et à Concarneau un flyer qui présente l’île du Loc’h comme un écrin de verdure. C’est une opération de greenwashing, il cherche à donner une image vertueuse de son île. C’est pourquoi on a aujourd’hui produit notre propre flyer, en réponse à cette brochure », expliquent Cathy et Morgan au nom de Lever les voiles.

Sur une dizaine de pages là aussi, sur un document de format A5 floqué des logos Bolloré et Financière de l’Odet, la holding située au sommet de la cascade financière du groupe (depuis renommée Compagnie de l’Odet), l’île du Loc’h était présentée en détail comme un lieu riche en biodiversité — l’archipel abrite en effet une réserve naturelle. L’histoire religieuse du site est aussi présentée, l’île abritant les ruines d’une chapelle. Il est également fait mention de Georges Pompidou, l’ancien président de la République, venu en vacances au Loc’h, qui apparaît sur le dépliant en photo aux côtés de Michel Bolloré, le père du milliardaire.
Ailleurs dans le Finistère, que ce soit au Guilvinec, ou encore à Concarneau et à Pont-l’Abbé, des centaines de flyers ont également été distribués depuis le début du mois d’août. « Au total, on a imprimé 5 000 dépliants », précise Morgan. L’action de tractage devrait se poursuivre tout le mois d’août.
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