
© Aliocha Kerckhove pour L’Humanité
Face au manque de moyens et à la destruction de l’hébergement d’urgence, la grève historique des agents du Samu social de Paris fédère désormais bien au-delà du secteur. De l’éducation aux transports, la convergence des luttes s’organise alors que s’ouvrent des négociations cruciales.
Par Clémence LE MAITRE
Après 45 jours d’un mouvement inédit, environ 250 personnes se sont rassemblées jeudi 6 août sur le parvis du Samu social de Paris. À l’appel de la CGT du Samu social et de la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale, salariés et soutiens se sont mobilisés en nombre pour accentuer le rapport de force et porter les revendications des grévistes.
Une grande solidarité et une colère palpable ont rythmé ce rassemblement. Des représentants syndicaux venus de divers secteurs, des syndicats étudiants ainsi que des associations comme le Droit au Logement (DAL) sont venus montrer leur soutien aux grévistes et aux familles sans abri qui occupent le parvis depuis plus de deux semaines.
Sur l’esplanade, le constat est largement partagé : la crise qui frappe le Samu social fait écho à celle de l’ensemble des services publics. « Nous nous reconnaissons dans cette lutte et nous la suivons de près depuis le début », constate Hugo Poupelin, membre de la CGT Éducation 95 et professeur de lycée. Nous rencontrons les mêmes problématiques : un manque de moyens et un manque de reconnaissance ».
« Les missions du Samu social sont à l’image de celles de la Bibliothèque nationale de France : nous sommes au service de la population », explique Gaël, membre de la CGT BnF, en ajoutant qu‘« une grève reconductible d’une telle ampleur, c’est exemplaire, d’autant que c’est difficile de tenir pendant plus d’un mois aujourd’hui ». De son côté, Moussa, de la Fédération cheminots CGT Masséna, précise : « Nous sommes venus en solidarité aujourd’hui et pour montrer que d’autres corps de métiers sont concernés par la lutte et les revendications du Samu social. »
« Une grève d’une dignité et d’une force incroyable »
Cette convergence démontre la force du secteur social. Une représentante CGT de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris salue « une lutte inspirante, qui dure depuis trop longtemps », tandis que Nathan Lequeux, coordinateur de l’antenne de Paris d’Utopia 56, dénonce la dégradation de la situation : « C’est une grève d’une dignité et d’une force incroyable. Nous visibilisons la souffrance des travailleurs et la destruction méthodique de l’hébergement d’urgence en France. ». Des représentants des familles à la rue, des mères isolées et le Collectif des jeunes du parc de Belleville ont également pris la parole pour remercier les soutiens présents et affirmer leur droit à un hébergement digne.
Face à cette pression inédite, la direction du Samu social a accordé la tenue d’un conseil d’administration extraordinaire, réuni une heure après le début du rassemblement. « 45 jours de lutte, ça n’était jamais arrivé. Arracher un conseil d’administration extraordinaire à la direction, ça n’était jamais arrivé », a assuré au micro Jordan Bernard, secrétaire général de la CGT Samu social de Paris. Obtenu après de multiples interpellations auprès des ministères, ce conseil réunissant l’État, les ministères de la Santé, du Logement et du Travail, l’Agence régionale de Santé (ARS) et la mairie de Paris a entendu en visioconférence une délégation syndicale.
Tous les services unis par une même lassitude
Initialement menée par les écoutants du 115, la mobilisation s’est progressivement élargie aux autres services de la structure, tous unis par la même lassitude et le même besoin de considération : « Mon métier c’est pas d’être gréviste », scande un écoutant du 115, avant de rappeler : « On demande vraiment le minimum : être reconnu pour notre travail. »
Concrètement, les grévistes réclament des revalorisations salariales pour l’ensemble des personnels ainsi que des financements à la hauteur des besoins du terrain. Ils exigent également l’arrêt immédiat des remises à la rue — alors que plus de 300 personnes dorment à même le sol devant le bâtiment — et demandent le respect strict du principe légal de continuité de l’accueil inscrit dans la loi DALO de 2007, qui garantit qu’aucune personne ou enfant pris en charge ne puisse être remis à la rue sans solution adaptée.
En un mois et demi de mobilisation, les agents ont déjà arraché plusieurs avancées. Ils ont obtenu l’octroi d’une prime de suractivité de 150 euros brut dans le cadre du « Plan Grand Froid » (renforcement national du service du 115 et mobilisation des services de l’État pour accroître les capacités d’hébergement d’urgence, du 1er novembre au 31 mars). Une gratification qui avait été accordée à tous les salariés sauf aux écoutants du 115 jusqu’alors, selon un travailleur.
Ils ont également décroché l’ouverture de groupes de travail pour traiter les dysfonctionnements du service, ainsi qu’un accord sur le déroulement des parcours professionnels et l’accès à la formation. Pour l’ensemble du personnel, la lutte a également permis de valider la révision du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) afin d’y intégrer les risques psychosociaux.
Au-delà du parvis, la solidarité s’organise activement sur les réseaux sociaux comme Instagram, où des syndicalistes du secteur social, de l’Éducation nationale, de l’hôpital ou de la sécurité sociale se relaient face caméra. « Cette journée est une énorme réussite. Nous remercions les soutiens qui nous donnent le courage de continuer la lutte », réaffirme Jordan Bernard. Pour inscrire ce combat dans une dynamique plus large, la Fédération CGT Santé et Action Sociale appelle à une grande journée de grève nationale le jeudi 15 septembre afin de dénoncer le manque d’effectifs, la baisse du pouvoir d’achat et la dégradation des conditions de travail, tandis que les grévistes attendent les retours officiels du conseil d’administration prévus le 7 août.
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