
Bien que la France ait été reléguée au 23e rang européen, avec 2 709 enfants qui perdent la vie avant leur premier anniversaire, le ministère de la Santé refuse de rendre public un rapport éclairant de l’Igas qui contredit les politiques menées depuis plus de vingt ans.
Par Anthony CORTES
La réponse du gouvernement pour lutter contre la mortalité infantile ? Enterrer les travaux qui posent un constat sur la situation. Alors que le taux de décès d’enfants avant leur premier anniversaire a grimpé à 4,1 pour 1 000 naissances en 2024, soit 2 709 enfants, le Canard enchaîné révèle qu’un rapport de 304 pages de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dort dans les tiroirs du ministère de la Santé depuis janvier 2026. Et pour cause, ses conclusions sont à rebours des intuitions gouvernementales et sont particulièrement critiques des politiques publiques menées jusqu’ici.
Aujourd’hui, la situation est si catastrophique que la France se place au 23e rang sur les 27 pays de l’Union européenne. Ce qui aurait pu être évité, à en croire le document. « Si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3 pour 1 000, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024. Et, si la France avait obtenu les résultats de l’Italie ou du Portugal, soit une mortalité infantile de 2,5 pour 1 000, elle aurait cette fois évité le décès avant 1 an de 1 057 enfants », souligne ce rapport de l’Inspection générale des affaires sociales. Deux pays qui connaissent pourtant les mêmes tendances que la France, soit des mères de plus en plus précaires et âgées.
Fermetures d’établissements et ruine de la prévention
La France a donc un problème structurel. Les politiques menées depuis plus de deux décennies, en particulier les fermetures massives de maternités sans penser à l’équilibre du maillage territorial, sont en cause. Une orientation que l’Académie de médecine entend pousser à l’extrême, estimant que les petites maternités sont la principale cause de nos défaillances.
D’où sa demande récurrente de fermer les maternités faisant moins de 1 000 accouchements par an, soit 111 établissements. Or, le rapport de l’Igas note que même si la Suède, qui a regroupé les naissances dans des immenses maternités pratiquant 8 000 à 9 000 accouchements par an, affiche une mortalité basse (2,1 pour 1 000), l’Italie – qui dispose toujours d’un maillage de petites maternités – obtient un résultat presque aussi satisfaisant (2,5 pour 1 000).
D’autre part, le document honni par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, note que la France présente d’immenses défauts dans l’accompagnement des mères touchées par la pauvreté, en particulier celles « nées hors UE ». Ce qui atteste des immenses défaillances de notre système de prévention. En France, par leurs difficultés, les centres de protection maternelle et infantile ont vu le nombre de mères et d’enfants suivis être divisé par deux depuis 1995. Alors que les besoins, eux, ont augmenté.
Pour lutter contre ce fléau, une proposition de loi déposée par le député Liot Paul-André Colombani a été adoptée le 15 mai 2025 par l’Assemblée nationale. Depuis, le texte, qui contient un moratoire sur la fermeture des petites maternités et la mise en place d’un registre des naissances, attend à l’entrée du Sénat. Une paralysie due à l’offensive des lobbys des médecins, hostiles au maintien de certaines petites maternités, et au manque de volonté du camp gouvernemental, comme l’Humanité l’a documenté. L’urgence attendra.
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